1.1 Mon Vitalisme intuitif

Profession de foi

1.1 Mon Vitalisme intuitif larbre-de-vie-150x150

Dieu ?

Mes premières interrogations sur Dieu sont nées dans ma tendre enfance, lorsque je pris conscience de l’existence douloureuse que menaient certaines de ses brebis. La maladie et la mort, sur fond de misère, frappaient sans ménagement autour de moi, chahutant quelque peu mes certitudes. Mais celles-ci furent réellement ébranlées au cours d’un séjour en Haïti, effectué quelques années plus tard. Des images me sont entrées par les yeux et sont allées jusqu’à mon cœur me déraciner l’âme.  

Tandis que mes croyances progressivement s’évaporaient et que le doute s’installait, la Vie  à travers le spectacle de la nature faisait naître en moi quelques vibrations émotives qui  mystérieusement préservèrent ma spiritualité. L’existence du créateur survécut avec néanmoins quelques transformations. L’image d’un dieu au contour humain fit peu à peu place  à une puissance indéfinissable. Plus tard mon questionnement me fit passer des cieux philosophiques à l’océan scientifique. Dans une mer de documents destinés au grand public, je nageai jusqu’à perdre le souffle. Je me serais sans doute noyé si un courant naturel ne m’avait ramené sur la terre ferme, enracinant en moi la certitude que la quête du créateur passait par la communion avec la création. Je poursuivis donc mon exploration des idées tout en longeant le balisage de la nature. 

L’errance

Plus j’avançais dans ma quête, plus je m’éloignais du concept philosophique qui tendait à enfermer la Vie dans un dessein, pour beaucoup l’œuvre d’un grand architecte malheureusement trop souvent soumis aux caprices de l’homme. J’avais, en effet, du mal à accepter qu’un plan conçu par un génie créateur puisse comporter autant de failles dans sa réalisation et générer tant d’injustices et de souffrances. En gros je ne pensais pas que la perfection puisse engendrer une telle imperfection. Quant à l’explication qui justifiait ces bégaiements par un choix délibéré, motivé par une exigence de liberté, pour moi elle ne pouvait être que d’essence humaine. A l’autre bout, la science avançait à grands pas. L’idée par conséquent qui consistait à attacher la vie aux seules lois de la physique et de la chimie et liait son évolution exclusivement aux circonstances environnementales gagnait du terrain.  Mais elle avait peu d’écho en moi. Pourtant je n’épargnai points mes efforts à jalonner tout un éventail de théories à l’aide d’ouvrages à ma portée. C’est ainsi que je tombai sur celui dans lequel Jacques Monod y développe son schéma mécaniste pour expliquer que l’apparition de la Vie et son évolution n’étaient que le fait du hasard et de la nécessité. Pour moi, un système si complexe, si finement ajusté et dont la splendeur suscite tant d’émotions ne pouvait être réduit à une mécanique soumis au seul caprice de l’environnement.

Donc, ni finalisme, ni mécanisme mais pas tout à fait le vitalisme à travers lequel néanmoins, je commençais à voir se dessiner un passage. Au début, je marquai le pas devant certaines des thèses de la doctrine. L’idée d’un principe spirituel présent dans les organismes vivants pour expliquer leur différence fondamentale avec les objets inanimés me renvoyait à certaines recettes du finalisme. Je ne cherchais d’ailleurs pas à distinguer le vivant de l’inanimé. Pour moi l’un et l’autre étaient le résultat d’un seul et même plan dont j’ignorais les tenants et les aboutissants. Cela a été mis en évidence par l’Allemand Friedrich Wöhler qui réussit à obtenir une molécule organique à partir de substances purement minérales. Cependant loin de condamner le vitalisme comme l’on fait certain, j’éprouvai de l’intérêt sur le plan philosophique pour le concept d’élan vital d’Henri Bergson qui fondait l’idée que la Vie est la liberté s’insérant dans la nécessité pour la tourner à son profit. Peu à peu un sentiment nouveau prenait forme en moi. Celui d’être moi-même une parcelle d’expression d’une œuvre énigmatique en cours de création sur un tableau vivant. Dans le même temps s’affichait sur celui-ci, le reflet de la formule du philosophe grec Anaxagore : « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent puis se séparent de nouveau ». A la longue je pris conscience que le respect et l’admiration que je témoignais aux autres créatures évoluant dans mon environnement m’avait nourri de sentiments vitalistes. Cette prédisposition m’avait préparé à rencontrer certains penseurs dont les idées enrichirent mon esprit. Très tôt Léon Tolstoï va m’imprégner avec sa conscience réfléchie qu’il présentait comme une parcelle divine infuse dans toute créature et qui renfermait la conscience individuelle. Beaucoup plus tard je croisai le regard contemplatif sur la vie de Georges Canguilhem  et sa conception de l’homme cellule de l’univers organisme fit écho en moi. De telles idées qui pour moi véhiculaient à peu près le même message ont fortement contribué à la formation de mon vitalisme. Celui-ci n’avait pas fait disparaître Dieu mais l’avait au contraire élevé au-delà de la Vie, loin de nos cultures et donc hors de portée de nos créations philosophiques. 

A mes yeux le dogmatisme assurait et légitimait la domination  d’un petit nombre au détriment de la multitude tandis que le tout matérialisme écrasait l’homme et détruisait la nature. Il était par conséquent réconfortant de penser que l’évolution de la Vie n’obéissait pas à un plan qui s’exécuterait jusque dans nos sociétés inégalitaires où l’homme serait, en quelque sorte, la finalité.  Il était tout aussi enthousiasmant d’échapper à l’idée qu’elle ne se réduisait pas au déterminisme physico-chimique. En revanche admettre qu’elle obéissait à un mouvement créateur qui traverse les êtres était source d’espoir pour un futur qui pourrait s’étendre bien au-delà de l’aventure humaine. Rien ne nous permet en effet d’imaginer que le mouvement s’arrête avec nous. 

 La voix intérieure

L’homme comme tout être vivant n’est qu’une cellule, un microcosme en quelque sorte, d’un tout dont le contour lui est évidemment inaccessible. Si nos interrogations philosophiques nous entraînent au-delà de ce macrocosme, les réponses elles se construisent à partir d’éléments prélevés dans notre environnement. Notre cerveau à partir de ces informations nous donne une interprétation de ce que nous supposons être la réalité. Si les images et les actions qui sont produites sont en général cohérentes avec nos attentes nous pouvons être quelque fois troublés par des productions fortuites. Intéressons-nous à celles qui sont de nature intuitive.  L’intuition est pour moi une forme de communication émotionnelle qui aujourd’hui paraît en recul face au développement de la communication culturelle. Mais si cette dernière est essentielle dans notre lutte à maîtriser, voir hélas à dominer notre environnement, nous gagnerons à nous appuyer également sur la première dans notre quête de sens.

L’intuition se révèle dans les événements les plus ordinaires, tel celui du randonneur qui revient sur ses pas. Tant qu’il ne se préoccupe pas de retrouver son chemin, il avance naturellement en suivant généralement la bonne piste comme si, à l’aller, celle-ci s’était imprimée en lui à son insu. Si dans une bifurcation il s’interroge, cette lecture intérieure cesse aussitôt. L’intuition alors recule pour laisser la place au raisonnement qui introduit le doute. Notre randonneur ne retrouvera son chemin qu’en s’appuyant sur une réflexion méthodique qui fera appel à des donnés matérielles prélevées dans l’environnement.  Après avoir fait usage des deux modes de perception il finira tout de même par revenir à son point de départ.

Dans son numéro du 7/11/2008 le Figaro a publié un article sur un colloque qui avait réuni des chercheurs français et allemands, à la Fondation Simone et Cino del Duca, sous l’égide de l’Académie des sciences pour mieux cerner l’importance de l’imagination et de l’intuition dans le monde des sciences et des découvertes. Retenons cette déclaration d’Yves Jeannin, professeur émérite à l’université Pierre et Marie Curie : « Élaborer de nouveaux développements sur la base de connaissances existantes, c’est l’imagination. Pressentir de nouveaux développements dans un domaine inexploré, c’est l’intuition. »    

Beaucoup de découvertes ont été faites par hasard et ont contribué à faire avancer la recherche. Citons le cas, parmi d’autres, de la détection du rayonnement fossile du big bang par deux jeunes radioastronomes américains, Penzias et Wilson. Le physicien russe Georges Gamow dès 1948 en avait eu l’intuition et plusieurs scientifiques travaillant sur l’univers primordial avaient cherché à détecter sans succès ce « fond diffus cosmologique ». Certains savants ont exprimé ce phénomène par des formules remarquables comme « Accord anticipateur de la nature » de Hans Christian Oersted ou de « Sensation au bout d’un doigt  » d’Albert Einstein. Dans son numéro du 19 août 2013 « National Géographic » a écrit un article  sur ce sujet. Le document cite le biologiste Alexander Fleming découvreur de la pénicilline qui au siècle dernier insistait sur les vertus de la recherche libre: « … Il se peut que rien de pratiquement utilisable ne sorte d’un laboratoire pendant des années. Soudain, quelque chose sera trouvée, qui n’aura peut-être rien à voir avec ce que l’on cherchait … »

Et que dire de la physique de l’infiniment petit qui est pour le coup qualifiée de contre-intuitive tant elle déboussole la recherche et remet en question nos réalités basées sur la physique classique. Alors qu’au début du vingtième siècle les succès de l’électromagnétisme et de la thermodynamique laissaient penser que la physique était une science quasiment achevée, la notion de dualisme entre onde et particule est venue ouvert la voie à la physique quantique. Si aujourd’hui on profite déjà des bienfaits de la première révolution quantique l’avenir nous réserve bien des surprises.

Si de la Vie, nous ne percevons qu’une vue saisie par le petit bout de la lorgnette qu’elle nous offre, quelle est donc la part qui nous échappe ? Au fil de mon parcours et de mes interrogations s’est peu à peu développée l’idée que la Vie, en dépit de sa complexité, pouvait amplement s’ouvrir à notre curiosité. Celui qui prend le temps de l’observer, de l’écouter, de la sentir, de la vivre tout simplement, s’offre un bouquet d’émotions qui pourraient l’entraîner tout au fond de lui-même, à l’abri de la dissonance culturelle. Peut-être est-ce là la source de toute chose. L’homme de science qui  sait écouter avec son cœur y percevrait sans doute l’écho du Big Bang.

La voie extérieure

Dans notre quête de sens, l’œil du chercheur nous est cependant indispensable car l’approche expérimentale nourrit, sans conteste, la réflexion philosophique. Si l’on prend la paléontologie par exemple, elle nous a permis de remonter le passé et de tracer un chemin à l’évolution biologique. Avec elle nous comprenons que pour arriver jusqu’à l’homme la voie n’a pas été directe. Certaines ont été suivies puis abandonnées tandis que d’autres furent brutalement interrompues. C’est le cas notamment avec les dinosaures dont la disparition à favoriser l’émergence des mammifères desquels l’homme est sorti. Partant de ces observations la Vie donne le sentiment d’avancer à tâtons tout en opérant les choix les plus judicieux. De sorte que si l’on analyse l’évolution biologique depuis  l’apparition de la vie, il y a environ 3,8 milliard d’années, on a l’impression que celle-ci sait où elle va et qu’en plus elle connait la direction. Cependant elle avance  parfois avec hésitation comme si elle cherchait le chemin le mieux adapté. En est-il de même pour l’évolution culturelle commencée réellement avec l’homme ?

Il a fallu plus de 200 millions d’années depuis l’avènement des mammifères pour arriver au cerveau humain. A l’arrivée une merveille qui engagea la vie sur les sentiers de la culture. L’homme, comme tous les êtres vivants a d’abord appris à s’adapter à son environnement. En passant de la chasse à l’élevage et de la cueillette à l’agriculture, il s’appliqua au fil de ses découvertes, à soumettre la nature à sa volonté. Entraîné par un savoir galopant, en peu de temps Homo Sapiens édifia un monde artificiel dans lequel les besoins vitaux liés à l’instinct de survie suscitèrent des passions de plus en plus gourmandes en plaisir qui constituèrent, peu à peu, le moteur de son existence. Celle-ci du coup lui parut trop courte et il imagina l’éternité.

Des premières interrogations sur soi sont sortis, des philosophies, des doctrines, des dogmes qui avec le temps sont devenus des forteresses de certitudes et ont engendré la diversité pour le meilleur et pour le pire. Chaque peuple traçant sa propre voie, nos sages, nos poètes, nos penseurs, nos savants selon leurs origines interprètent et expérimentent à partir de la moindre information réelle ou imaginaire. Pendant ce temps des communautés donnent naissance à des civilisations qui croissent, exploitent et finissent par décliner avant de disparaître. Mais en inventant la mondialisation l’homme moderne a élargi son espace de croissance et accentué de fait sa pression sur la nature.

La Vie, à l’instar d’un excellent metteur en scène, n’a probablement pas épuisé pour son spectacle terrien, toutes les possibilités que lui offre le plus jeune et le plus prometteur de ses comédiens. Cependant n’oublions pas que par le passé d’autres espèces ont dominé la planète sans partage, créant sans doute un certain déséquilibre dans l’espace scénique. Elles ont fini par quitter le spectacle ouvrant la voie à de nouveaux actes et donc à de nouveaux acteurs. De même, si notre prestation continue à desservir la vie plutôt qu’à la servir, contribuant à sa destruction plutôt qu’à sa construction, notre rôle pourrait disparaître du jeu bien avant la fin de la représentation. Nous devrions peut-être y penser avant d’agir.

Mon crédo

L’homme comme tout être vivant, animal ou végétal, est une expression de la vie et notre culture aussi éblouissante soit-elle, est comme un verni à la surface de cette mystérieuse odyssée. Je crois par conséquent que chaque sujet est une aventure qui remonte jusqu’aux origines. La quête de l’inconnu au lieu donc de nous diviser, devrait plutôt nous unir dans nos tâtonnements.

Occupant, sans doute pour un temps, la tête du peloton dans la course à l’évolution, nous nous sommes attribués un droit de domination  plutôt qu’un devoir de coopération. Je crois que nous gagnerons à engager notre savoir dans la quête d’une vie durable plutôt que dans la poursuite d’un développement durable.

Le brouhaha de nos sociétés modernes parasite les messages intuitifs qui émanent de la vie et qui sont destinés à nous informer. Je crois qu’il est nécessaire d’imposer régulièrement le silence en soi pour recueillir ces vitales informations qui compléteront avantageusement nos créations culturelles.

En conclusion, si mon savoir ne me permet de connaître ni l’origine de la vie, ni sa finalité, je crois néanmoins qu’elle a une direction et que celle-ci passe par mon expérience de vivant. L’accompagner avec intelligence et sagesse est sans doute mon devoir en tant qu’homme.

« Ni dieux, ni hommes, la Vie nous sommes »

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Charles-Henri MARICEL-BALTUS

@ Qui est Timoun Kὸlbo ?

Publié dans : ||le 28 janvier, 2013 |1 Commentaire »

1 Commentaire Commenter.

  1. le 21 avril, 2016 à 10:35 bourge sylvie écrit:

    Bonjour,

    une série de synchronicités, m’ont amenée à découvrir vos créations dont la notion de vitalisme intuitif. Je me demande si le moyen d’harmoniser intelligence et émotion (« La vie en face »), ne s’appellerait pas l’intelligence intuitive du coeur ?
    Sylvie Bourge

    Répondre

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