2.3 La vie en face

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Dans ce deuxième roman nous retrouvons Taali  d’abord en Terre sainte avec ses préoccupations existentielles. Quelques temps plus tard, il revient en Guadeloupe après 30 ans d’absence et trouve asile chez Yaya, une ancienne connaissance de sa grand-mère. Le drame qui frappe Maud, la petite fille de cette dernière, celui de toute une jeunesse et le mode de vie des habitants du quartier lui font très vite prendre conscience qu’en marge de la vitrine dans laquelle s’affiche ostensiblement l’image d’une société prospère, se joue une réalité bien différente. Il lutte pour rétablir le lien intergénérationnel et s’acharne à faire de Kòlbo une communauté multiethnique.  Il cherche à faire partager ses inquiétudes sur le devenir d’un territoire qui dépend entièrement de l’extérieur pour sa survie.

Préface 

(René PHILOGENE  Président de l’Artchipel Scène nationale dela Guadeloupe)

          Charles-Henri MARICEL-BALTUS ne répugne pas aux exigences d’une pensée libérée. Il ne cesse de confronter sa foi, sa croyance originelle aux évènements historiques et aux produits de la science. Il s’interroge en permanence et est en quête d’une vérité entre toutes les autres. Son ouvrage « La vie en face », son deuxième roman en porte un témoignage éloquent.

Si Charles-Henri MARICEL-BALTUS évoque la mort c’est pour mieux donner un sens à la vie, avec ses contradictions, ses interpellations et son expression du devenir de l’homme. L’auteur, au travers du personnage de Taali, (Ali dans premier roman ) évoque un problème de société dans un cocktail, bien dosé, de relations amoureuses, d’adolescence, de délinquance sur fond de technologie nouvelle et de rapport Tradition – Modernité, voire de conflit de génération. Du « royaume d’Hadès » à « la flamme de vie » en passant par « retour aux sources », c’est un ouvrage séduisant dans le temps et dans l’espace que nous sommes invités à découvrir…

… Cette histoire est contée dans un langage châtié où l’élégance  du style est en équation avec la beauté des images.

 

Extraits

 Maud 

…Installée devant son ordinateur, Maud avait, une fois de plus, délaissé le réel pour le monde virtuel, où le temps compressé ou étiré, selon les besoins perdait sa fonction de repère. Depuis quelle heure chattait-elle sur le Net ? Une heure, deux heures, trois heures ? Cela de toute façon ne semblait avoir aucune importance. Enfermée dans sa chambre, elle pouvait y passer toute la nuit. Marie à la fin, pour se rassurer s’était efforcée d’admettre qu’après tout leur fille était plus en sécurité dans sa chambre que dehors. Minuit passa sans même prendre la peine de se signaler, tandis que Maud pianotait inlassablement sur son clavier. Elle conversait avec un garçon qui se faisait appelé Phil et qu’elle avait croisé sur la toile quelques semaines plus tôt… 

…Phil après avoir abusé de sa confiance l’avait abandonnée dans cet enfer. Mais pourquoi ? Qu’avait elle fait ? Ou que n’avait-elle pas fait ? Elle se prit la tête à deux mains comme pour forcer la réponse qui lui échappait, à sortir. Mais elle n’entendit que les reproches de man Ya, les inquiétudes de sa mère et le reniement de son père.  Perdue, perdue, oui je suis perdue, pensait-t-elle. Elle songea à se sauver mais y renonça presque immédiatement car d’une part elle ne savait où aller et d’autre part elle s’accrochait  toujours à l’espoir d’un retour de l’homme qu’elle aimait encore par-dessus tout. L’idée d’utiliser son téléphone pour tenter de joindre quelqu’un en Guadeloupe lui vint également à l’esprit mais s’avéra impossible car cet appareil était limité en appel. De toute façon elle n’avait aucune envie de se retrouver face à ses proches après ce qu’elle leur avait fait. Et une fois de plus c’est dans son amour et l’espérance aveugle qui l’accompagnait qu’elle puisa ses dernières forces… 

Marie

 Elle avait encore en mémoire cette affaire de photos pornographiques qui circulaient sur le Web, ou ces liaisons dangereuses qui y prenaient naissance. Le pire dans tout cela c’était que l’on ne pouvait rien contrôler. C’était comme une sorte de mal insidieux qui vous mangeait l’âme sans même que vous puissiez le reconnaître. Mais en même temps, pensait elle, on ne pouvait priver les enfants des outils de leur époque. Ce serait leur enlever les armes dont ils avaient besoin pour se battre dans le monde sans pitié qui les attendait. Mais lorsqu’ils se blessaient en jouant avec ces armes, que devait-on faire ? Mon Dieu comme la vie était devenue complexe !  … 

…Jusque là il ne lui était jamais venu à l’idée que Maud avait pu quitter la Guadeloupe. Une éventualité qu’elle considéra  avec effroi et qui lui fit envisager pour la  première fois la probabilité que sa fille soit tombée dans le filet d’un réseau de prostitution. Cette pensée lui colla à l’esprit pendant des jours au point de lui provoquer insomnies et maux de tête…Elle fréquenta de nouvelles associations de familles en difficultés et participa à de nombreuses réunions… Ce parcours du combattant lui fit prendre conscience de la profondeur du drame humain qui frappait son île et qui jusque là lui avait été complètement masqué par un emballage complexe entretenant l’illusion d’une société prospère. Ces grosses voitures, ces soirées au champagne et ce luxe démesuré qui s’affichait dans les magasins n’étaient que du vent dans un pays au passé non encore assimilé et à l’avenir non pensé. Si les jeunes étaient les premières victimes de ce système factice, elle voyait des lendemains très difficiles pour cette société inconsciente… 

Man Ya

…A presque quatre-vingt ans Yaya, qui croyait avoir soldé tous ses comptes, se retrouvait une nouvelle fois face à l’injustice de l’existence… En consultant les archives de sa pensée, elle balaya sa longue vie et remonta le plus loin qu’elle put. Elle réfléchit longuement sur le déclin de la société pour enfin arriver à sa petite fille, craignant le pire pour elle. Elle se mit alors à penser tout haut : 

« Seize ans ! Un bourgeon qui éclot. Un soleil qui s’étire au-dessus de la Pointe des Châteaux. Un manguier qui fleurit. Mais que se passe-t-il dans ce monde, pour que les bourgeons se détachent avant les feuilles, pour que le soleil se couche au pied de la Pointe des châteaux, pour que les manguiers perdent leurs fleurs sans jamais porter de mangues ? … »

Roger

…Roger, quant à lui, avait été doublement touché, d’abord dans son amour car Maud, sa seule enfant, lui était, malgré tout, chère, mais également dans son orgueil car il était issu d’une famille au fonctionnement tribal qui tenait à son image. Le clan n’avait jamais complètement accepté Marie… Instinctivement, il se rapprocha de sa famille et celle-ci faisant fonctionner ses grands principes de sauvegarde jugea de tels évènements, auxquels elle associa mère et fille, incompatibles avec ses propres valeurs. Roger, placé sous cet éclairage, se devait de choisir son camp une fois pour toute. Tiraillé entre deux logiques il finit par s’installer dans la sécurité de son clan plutôt que d’aller affronter la vie aux côtés de sa compagne…   

Taali 

« … Je crois finalement que la société dans laquelle je vais débarquer est aux antipodes de celle que j’avais laissée. Il va me falloir d’abord chercher à m’y intégrer. Refaire en quelque sorte le parcours effectué en débarquant à Paris…. D’abord, je crois que ma quête s’arrêtera avec la fin de mon existence, même si je pense que j’ai bien avancé jusque là. Et ce que j’en ai tiré, peut se traduire par cette pensée : En remontant en soi on pourrait peut-être atteindre la source de vie, mais ce ne serait pas encore Dieu. »… 

« … Le fait est que je n’ai aucun objectif bassement politique ou même religieux. Ces choses là ne m’ont même pas effleuré l’esprit. Mon seul objectif c’est la vie et très modestement la vie en communauté à Kôlbo, au-delà de nos appartenances  ethniques, religieuses ou politiques. Précisément avec notre diversité, nous pouvons tous ensemble faire quelque chose pour que la vie soit meilleure. Kôlbo en a besoin. La Guadeloupe en a besoin. »…

«…Pourquoi ! Il est effarant de constater à quel point, ici on est dépendant de la métropole. Un système d’une perversité incroyable paralyse tout esprit d’initiative et de responsabilité… As-tu essayé d’imaginer les conséquences d’un largage qui me semble d’ailleurs tout à fait probable  étant donné l’évolution du monde et la préoccupation des nouveaux dirigeants européens ? » 

 

Témoignages

 Voici quelques témoignages de lecteurs

« Tous les parents d’adolescent et les adolescents eux-mêmes, devraient lire ce roman. Celui-ci vous plonge dans le drame qui frappe cette famille comme si vous y étiez et ne peut vous laissez indifférent »  Un lecteur Marie-Galantais

« Je savais qu’Internet pouvait être dangereux pour les enfants mais j’en ai vraiment pris conscience qu’après avoir lu votre livre »  Une directrice d’école

« Un soir j’ai commencé à lire votre livre et je n’ai pu m’en détacher qu’au petit matin et c’est parce que je devais prendre l’avion, le soir pour la métropole ».  Une lectrice martiniquaise

« J’ai toujours pensé que la voie associative pouvait être une solution pour compenser la faillite des organes sociaux traditionnels. Et je m’en réjouis de voir avec quelle force cela est démontré dans votre livre »  Un responsable d’association

Un autre signe de la conquête culturelle de ce livre est son adaptation au théâtre par le dramaturge René Philogène, Président de l’Artchipel, scène national de la Guadeloupe. Une première rencontre avec sa troupe d’acteurs a eu lieu le 23 octobre et les répétitions démarrent ce mois-ci. La pièce sera jouée au mois de mai 2010.

René Philogène précise à propos de cette adaptation. « Quand j’ai lu le manuscrit de mon ami Charles-Henri suite à sa proposition de me faire l’honneur d’écrire la préface, j’ai pris à ce moment-là, la décision, avec son accord bien sûr, d’adapter au théâtre cette histoire si bien écrite et  qui raconte, avec un rare réalisme, notre société en crise. Ce message méritait d’être relayé sous d’autres  formes pour en toucher le plus grand nombre ».

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Publié dans : ||le 4 mars, 2009 |Pas de Commentaires »

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