4.2 La terre promise

Kolbo

1 – Au commencement…

Tombée du ciel, mon île,

Un écrin où s’empilent,

Mille trésors pour l’âme,

Atours de l’Une Dame,

Fut un vert panthéon

Vierge de dieux colons.

Incrusté, un bijou.

Miroite à rendre fou.

De ses doigts l’océan

De son souffle, le vent

Du regard, le soleil

Sculptèrent la merveille.

Au loin, la Désirade

A distance d’œillades

Veille sur le trésor

Dans son clair coffre-fort.

On conte, que les dieux

Jadis, choisirent ce lieu.

Pour en faire un cénacle

Et rendre leurs oracles.

Yocahù[1] sous son charme

Y attacha son âme,

Par le don du soleil,

Son fils, qui au réveil.

S’arrache de la mer,

S’élève dans les airs

Enflammant terres et cieux,

Eblouissant les yeux.

La Pointe des Châteaux.

Alors divin joyau

Irradie l’océan

Et luit au firmament.

2 – Le serpent de mer

Surgit des entrailles de la mer,

Non loin de notre chapelet d’îles,

Emergea un génie marin.

Il s’enflamma de passion

Pour les sirènes caribéennes.

Comment en effet résister

Au regard clair de lune de la Désirade,

A la douceur romantique de la Marie-Galante,

Au sourire ensoleillé des saintes,

Aux seins généreux de la Basse-Terre,

Et au ventre fécond de la Grande-Terre,

Que déjà, il imaginait

Gorgés de sucre.

Mais pire que le pirate

Il força les portes du paradis

Viola la terre,

Tua les « bestioles »,

Et importa d’Afrique

« Des bêtes de somme ».

En alourdissant leur chaîne

Par un joug spirituel.

En une pincée d’hivernage

Et une poignée de carêmes,

Les îles souillées  perdirent leur piété,

Et devinrent malédiction.

La mer se souleva

Et dévora la côte.

Le soleil s’échauffa

Et brûla jusqu’au duvet.

Le vent  s’irrita

Et balaya tout autour de lui.

La lune se métamorphosa en marchand de sable.

Les îles crées paradisiaques

Se couvrirent alors de stigmates,

Flanc déchiqueté,

Visage grillé,

Souffle venteux,

Regard noir.

Une pluie de lamentations cosmiques,

Finit par s’abattre sur l’Afrique,

Libérant les énergies mystiques de la Terre Mère.

Les dieux arrachés de leur torpeur,

Entre les deux mondes,

Tracèrent alors un raccourci.

Les loas,

Furent dépêchés sur place

Pour venir battre discrètement le tam-tam.

A force de tambouriner

La porte du temps fut déverrouillée.

Ici et là,

Des oasis furent aménagés

Et les fils déportés

Trouvèrent où bivouaquer.

Dans des bulles d’éternité

Emergèrent des lambeaux de paradis

Et la vie recouvra sa nature créatrice.

Le vent joua de la flûte.

La mer,

A l’ombre des cocotiers,

Installa des lits de sable fin.

Le soleil,

A l’aube et au crépuscule,

Peignit sur la voûte céleste.

La lune pleine

Pailleta les refuges « marron ».

Le temps passant,

Les bulles fusionnèrent

Ouvrant le chemin de croix

Jusqu’au Golgotha.

Le héros expira

Mais la liberté triompha.

La « Porte d’enfer »

S’ouvrit alors sur un purgatoire.

 

3 – Le purgatoire

Si l’obscurité se dissipe,

Les yeux embués

Retardent le levé du jour.

La misère en embuscade

Frappe  et libère un  hurlement,

Ecorchant une oreille sensible.

Un courant d’air corrompu,

Emmené par l’alizé infatigable,

Vient titiller des narines

Dilatées par l’essoufflement.

Un flot de paroles empoisonnées

Jaillit d’une gueule venimeuse

Et asperge le nouvel affranchi.

L’air chauffé à blanc

Par un soleil de carême torride

Brûle une peau stigmatisée.

Tandis que le corps irradié

Se dissout dans la terre,

L’âme, enfin dégagée,

Cherche alors la voie des cieux.

Mais elle ne trouve

Que le chemin du royaume d’Agoué[2].

A sa grande surprise,

Elle est accueillie en élue.

Invitée à partager

La mystique quiétude des profondeurs,

Des mains invisibles

Lui prodiguent mille caresses,

Soulevant des vagues d’émotions,

Jusque là inconnues

Qui la plonge dans une béatitude.

Le verbe alors s’éteint.

L’ouïe perd sa finesse,

L’odorat n’est plus inspiré.

Seule la vue garde son pouvoir.

Elle traverse des murs d’eau.

Et s’engage dans un voyage allégorique,

A elle s’offre un monde nouveau,

Qu’elle croit magique.

Des myriades de fleurs,

Aux couleurs arc-en-ciel

Jonchent, à perte vue

Le plancher océanique,

Tantôt colline,

Tantôt plaine.

Des nappes d’eau radiantes,

Emettent des reflets envoûtants

Suggérant quelque divine clarté.

Des sirènes coralliennes

Mues sans doute,

Par les sept rythmes du Ka,

Evoluent par vagues

Et donnent à ce décor paradisiaque

Une touche de vitalité « marronne ».

Leurs tenues d’apparat,

Pailletés de poussières d’or et d’argent,

Scintillent,

Tantôt comme un soleil,

Tantôt comme une lune.

L’âme alors envoûtée s’abandonne.

Elle a enfin trouvé la paix

Que sur terre la vie lui refusait.

Affranchie pour la seconde fois,

Elle peut librement poursuivre son voyage,

Par les abysses.

Un jour sans doute

Elle retrouvera son corps

Et renaîtra dans un jardin d’Eden.

4 – L’Eden créole

Acomat boucan,

Gommier blanc,

Mapou baril,

Châtaignier,

Bois-rouge carapate,

Des piliers vivants

Qui supportent une voûte végétale,

Parsemée d’étoiles.

Source de lumière céleste

Dont la rémanence

Diffuse

Une clarté mystérieuse et feutrée

Dans la verte cathédrale

Aux colonnes majestueuses,

Des oiseaux,

Tous de ce paradis,

Kio,

Pipirit,

Tapeur,

Ramier

Perdrix,

Grive,

Zozio kabrit,

Voltigent,

Et psalmodient en langage des cieux,

Invitant au recueillement.

Un parcours sacré,

Aux antipodes du chemin de croix,

S’entortille autour d’une rivière.

Jourdain caribéen,

Qui arrose le lieu saint

Et propose à chaque bassin

Un baptême

Sans imposer le Baptiste.

Une colonne,

Sans doute renversé,

Par un duo de temps

Tantôt long et usant

Tantôt impétueux et destructeur,

Git dans ce lit providentiel.

Hôte encombrant

Que le propriétaire des lieux

Avec la complicité du courant

Tente de faire glisser

Sur la calotte de mousse

Qui coiffe les pierres couleur d’ébène.

Autres intrus

Qui témoigne d’un passé ardant

Quand la montagne vomissait alors sa bile.

L’eau cristalline

Qui sourde des flancs de la roche mère.

A lavé les colères d’hier.

Et charroie,

Les trésors d’aujourd’hui.

Mulets,

Dormeurs,

Colle-roche,

Poisson banane,

Grogneur croco,

Dents de chien,

Selon l’humeur du cours d’eau,

Et selon la foi du passant,

S’exposent à la vue.

Le soleil déclinant,

Un monarque[3] américain

Tantôt loas, tantôt ange,

Accompagne dans leur nid

L’Adam noir et l‘Eve blanche

Qui lavés du péché originel

Renaissent dans cet Eden créole,

Inconnu du serpent.


[1] Yocahù : Dans la mythologie Taïnos (ethnie amérindienne) le père créateur.

[2] Agoué : Dans la mythologie Vaudou, le maître des flots et de la mer.

[3] Monarque américain : papillon migrateur célèbre en Amérique et présent aux Antilles.

Publié dans : ||le 7 mars, 2017 |Pas de Commentaires »

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