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Janvier 2012

 

  A new life for a new year 

I had a dream : Inside the current cacophony hides some sublimate harmony which will be born in all the hearts. Happy new year   

  Le masque intemporel

N’est-ce pas le carnaval ? Quoi de plus naturel que de commencer l’année avec une histoire de masque. Bonne lecture et Bonne Année.

  

PRESENTATION DU BLOG 

 

 (Vie, nature, mémoire, devenir)

 

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      Ce blog littéraire célèbre la vie et met en valeur le patrimoine naturel et culturel de mon île, la Guadeloupe. Chaque mois qui passe, emmène ses nouveaux articles et ainsi s’élève sur la toile, un monument intemporel qui sublime le réel.

Ecrivain, je vous invite à emprunter ma pirogue autobiographique pour naviguer dans mon oeuvre  qui va de la poésie à la prose. Ensuite, par les différents sentiers de la littérature (nouvelles, poésie, contes, récits, etc…) vous pourrez vous enfoncer dans la forêt d’articles publiés et parcourir mes textes inédits sur la nature et la mémoire. Un balisage des évènements influençant mon existence et ma pensée peut vous conduire, par moments, à traverser mon intimité. Vous déboucherez enfin sur une savane où à l’ombre d’un baobab feuillu d’épopées et de lyrismes, poètes disparus et poètes en herbe palabrent pour tenter de sauvegarder le lien intergénérationnel.

Qui que vous soyez, ce site vous offre une réelle occasion d’évasion dans un Eden tropical au passé tourmenté et à l’avenir incertain. Naviguer à votre guise en choisissant, ci-contre, votre ballade. Il vous suffit de prendre le lien qui vous tente. Il n’y a aucun risque de vous égarer car une boucle de retour vous permet de revenir, à tout moment, au point de départ.

 

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N’oubliez pas de faire un détour par la page Bibliographie pour découvrir mes oeuvres publiées ou à paraître.

 

Publié dans : |le 12 août, 2009 |5 Commentaires »

Le masque intemporel

 

Elin allait pieds nus sur le sentier rocailleux sans se soucier des pierres sur lesquelles il pouvait, à tout moment, venir cogner l’un de ses gros orteils et choper un nouveau « gyin ». Et voilà un souci de plus pour la pauvre « Gabou » qui n’aurait nul besoin d’une telle goutte pour faire déborder sa terrine. Elin était vêtu d’un short et d’un haut visiblement trop grands pour sa petite taille. Il avait en main un seau de fortune, fabriqué à partir d’une marmite qui avait jadis servi d’emballage à des queues de cochon salées. L’anse était constituée d’un fil de fer rigide, véritable objet de supplice pour la main qui voudrait se servir d’elle pour transporter le récipient rempli. Cela ne risquait pas d’être le cas pour le petit garçon qui portait sa charge sur la tête comme la plupart des gens de son hameau. « Ti source », où il allait puiser l’eau du soir, était maintenant à portée de vue et il pressa le pas comme s’il avait hâte d’y arriver.

 En réalité, il n’était pas rassuré, car on était en pleine période de « mas » et sa petite tête était hantée par tout un tas de pensées effrayantes. Si celle des « nèg mawon » évoquée par les anciens qui avaient connu l’esclavage lui causait une certaine frayeur, la seule idée de croiser un « bwabwa » le paniquait. Ces grandes marionnettes lui avaient toujours fait penser aux morts. Et pour couronner le tout, les affreux « mas » qu’il avait vus la veille près du lolo de Monsieur « Gwo Léon » lui collaient carrément à l’esprit. Le petit homme qu’il était dans le monde des vivants, pouvait se targuer d’être téméraire. En revanche, l’univers de la mort était son vrai cauchemar. La vue de son grand-père exposé sur son lit lui avait provoqué une insomnie qui avait duré de longs mois. Il le voyait toutes les nuits, au point de se réveiller parfois en sursaut et d’entraîner quelques autres avec lui. Cet évènement remontait à cinq ans mais lorsqu’il lui arrivait d’y repenser, il éprouvait toujours la même angoisse. Les vieilles personnes qui savaient à peu près tout, disaient de lui qu’il était « nékwafé »

Elin, du haut de ses quatorze ans, était le troisième enfant d’une fratrie de neuf, mais en sa qualité de premier garçon, certaines tâches comme aller chercher de l’eau à la source lui étaient dévolues en priorité. Et comme il n’y avait pas d’hommes à la maison, il lui arrivait aussi d’aller chercher du bois pour faire du feu et même des légumes dans le petit jardin créole situé à une demi-heure de marche du domicile familial. Ce dernier comprenait deux cases de dimensions inégales. La plus grande comportait trois pièces dont deux pour dormir, l’autre faisant office de séjour. Cette construction à laquelle ont été ajoutés une petite galerie à l’avant et un espace limité par des feuilles de tôle en guise de salle d’eau à l’arrière, constituait l’habitation principale. La seconde formée d’une seule pièce qui abritait un foyer composé de trois pierres rondes et un réchaud à charbon servait à préparer les trois repas de la journée. Gabou l’occupait avant le lever du jour pour la préparation du café dont l’arôme à lui seul suffisait à réveiller bien des dormeurs. Le soir elle ne la quittait qu’après avoir lavé toute la vaisselle du dîner à la lumière d’une petite lampe à pétrole.

 Comme l’après-midi ne tarderait pas à toucher à sa fin, Elin se dépêcha de remplir son seau fabrication maison et s’empressa de faire demi-tour, forçant le pas afin de prendre le soleil de vitesse dans sa course vers l’horizon. Mais tout à coup son regard s’accrocha à un objet insolite, situé à une portée de vue plus loin et posé simplement sur une pierre au milieu du sentier. Son sang se glaça immobilisant son corps sur le coup. Il ouvrit grands les yeux comme pour mieux s’assurer de l’image qu’ils lui renvoyaient. Pas de doute, il s’agissait bien d’un masque. Mais que diable pouvait faire une telle chose dans un lieu pareil ! Il envisagea d’abord de le contourner mais cela lui faisait faire un crochet à l’intérieur du bois et il craignit de tomber nez à nez avec le « mas » qui s’était découvert le visage, une évocation qui lui donna la chair de poule. Il opta pour la seconde solution. Passer son chemin à grandes enjambées en regardant droit devant lui. Il prit son élan et fonça sans se soucier de l’eau qu’il renversait dans sa précipitation. Mais comme il arrivait à hauteur de la chose redoutée.

-          Jeune homme, on ne vous a pas appris à dire bonjour

Il voulut se mettre à courir, mais curieusement les jambes semblaient échappées au contrôle du cerveau et firent tout à fait le contraire. Il s’arrêta net, n’osant même pas tourner la tête du côté où il avait cru percevoir la voix.

-          Comment t’appelles-tu ?

Cette fois la voix semblait sortir du sol… à moins que… non, Il devait sans doute vivre quelque cauchemar. Il n’allait pas tarder à se réveiller.

-          Alors tu ne veux pas me dire ton nom ?

-          Elin. Je m’appelle Elin

C’était sorti tout seul. Il lui semblait même que quelqu’un d’autre avait répondu à sa place. Mais en tout cas cette fois il était sûr que la voix venait du masque.

-          Ne sois point troublé Elin ! Pourquoi as-tu si peur des morts ?

-          Euh…

-          T’ont-ils déjà causé un tort ?

-          Non… Non !

-          Alors pourquoi en as-tu si peur ?

-          Mais… je n’ai pas peur.

-          Pourquoi trembles-tu si fort alors ?

-          J’ai seulement froid… car… je me suis mouillé à la source.

-          Tu mens très mal Elin et ce n’est pas bien pour un enfant de mentir.

-          Pardon Monsieur !

-          Comment sais-tu que je suis un homme car tu ne me vois point ?

-          Euh… je l’ai deviné… à votre voix.

-          Bien joué, mais tu as perdu car dans le royaume des morts, il n’y a ni homme ni femme et ni parent ni enfant.

-          Car vous êtes… vraiment… un…

-          Termine ta question

-          Je voulais dire… un… un moooort

Alors la voix se mit à rire à gorge déployée glaçant un peu plus le sang du pauvre garçon qui profita pour jeter un coup d’œil furtif sur le masque. Celui-ci semblait figer sur sa pierre et n’avait nullement l’aspect d’un objet animé. Elin, paniqué, crut qu’il allait échouer à son tour dans le séjour des  morts. Une pensée qui n’échappa point à son mystérieux interlocuteur.

-          Holà ! Pas si vite mon cher Elin. Tu as toute une vie devant toi et crois-moi tu la vivras jusqu’à la dernière seconde. Bon passons aux choses sérieuses. Pose ton seau parterre !

Elin s’exécuta sans la moindre protestation.

-          Maintenant prend le masque et met-le sur ton visage.

Alors là, c’était trop lui demander et il eut un mouvement de recul comme s’il voulait prendre la fuite mais s’immobilisa aussitôt et ne bougea plus.

-          Alors ?

-          C’est que … je n’en ai pas tellement envie

-          Pose le masque sur ton visage ! insista la voix calmement et fermement, ne laissant aucune place à la désobéissance.

 Tandis qu’Elin se penchait pour le ramasser, il s’aperçut au passage que celui-ci représentait le visage d’un garçon de son âge et n’avait pas la laideur de ceux qui lui collaient à la mémoire. Cela le rassura quelque peu. Il allongea alors doucement la main et non sans quelque appréhension, se saisit de « la chose ». Son cœur battit un peu plus vite mais il ne se passa rien. Le silence pesa tant qu’il lui préféra la voix et voulut lui dire… n’importe quoi…  avant d’y renoncer par manque de courage. Cependant, le plus dur restait à faire et l’idée de fuite lui traversa à nouveau l’esprit mais comme possédé par une force mystérieuse, il finit par s’exécuter. A peine avait-il posé le masque sur son visage qu’il fut happé par un courant d’air et se retrouva dans une sorte de passage obscur. Il était comme entraîné par une force mystérieuse et irrésistible, mais curieusement il n’éprouvait plus aucune crainte. Cela dura un temps qu’il était incapable d’évaluer et il finit par échouer dans un monde qu’il sut immédiatement étranger.

  

La première chose que ses sens perçurent fut un mélange d’odeurs qui lui provoquaient une sensation d’étouffement et le mettaient mal à l’aise. Suffocant presque, il lui fallut un certain temps pour reprendre son souffle. Entretemps, un entrelacement de bruits inconnus dominés par un éventail de sons musicaux étaient venus lui percuter le tympan au point de l’étourdir. Ses yeux comme pour lui donner le temps de s’accoutumer ne s’étaient toujours pas ouverts. Lorsque sa vue enfin se porta sur le monde extérieur, il faillit partir à la renverse. Le nuit apparemment était tombée mais là où il avait échoué était éclairé comme en plein jour. Il était au milieu d’une foule de gens qui regardaient passer… quoi au juste. Des « mas » en si grand nombre et d’une telle variété que jamais son esprit n’aurait pu imaginer pareille chose. Ces personnages somptueusement costumés n’avaient plus rien à voir avec ses « mas » à lui. Ils allaient à pied et défilaient en bande autour d’un objet qui devait sans doute représenter quelque chose mais qui ne lui disait rien. Il vit de drôles de formes et fut particulièrement impressionné par un cylindre métallique en suspension et terminé par un bout pointu dressé vers le ciel. Il y avait porté dessus, l’inscription « Navette spatiale ». Un groupe présentant un camp de « neg mawon » et un autre des arbres agonisants sous les caresses « d’hommes déchets » retinrent toute son attention et suscitèrent en lui une profonde réflexion sur la signification de ces tableaux. Il ne put s’empêcher de s’arrêter sur les femmes, le plus souvent légèrement vêtues, montrant ainsi généreusement leurs charmes et belles à couper le souffle. Il s’intéressa aux musiciens qui frappaient d’énormes marmites produisant un rythme proche de son « gwo ka » familier. Il y avait aussi ces énormes boites, desquelles sortaient une musique très puissante produisant toute une variété de sons, à la fois un supplice et un délice pour l’oreille. Il était en admiration devant ces luxueuses voitures, qu’il reconnut par déduction en les comparants aux deux ou trois modèles rudimentaires archivés avec ses souvenirs. Complètement subjugué par une telle manifestation, il resta longtemps à admirer cette singulière procession qui mélangeait les hommes et les femmes, les enfants et les grandes personnes et même les blancs et les noirs. Une fois de plus, il dut admettre qu’il n’aurait pas pu s’imaginer que pareil spectacle puisse exister.

Les cris de joie d’un enfant, juché sur les épaules de son père debout juste à ses côtés, le fit reporter son attention sur la foule de spectateurs dont il faisait, lui-même, parti. Autour de lui tous étaient impeccablement vêtus et diversement parfumés. Certains dégustaient des friandises inconnues mais dont l’arôme lui mettait l’eau à la bouche. Lui qui ne connaissait guère que l’eau et le rhum découvrit toute une variété de boissons que tous semblaient beaucoup apprécier. Là  aussi il était impressionné par le mixage des gens. Hommes, femmes, enfants, adultes, se côtoyaient sans gêne. Le mélange de personnes de races différentes le troubla profondément car il avait du mal à imaginer des noirs et des blancs, debout côte à côte ou se divertissant dans le même spectacle. Il remarqua au passage que le métissage était beaucoup plus important ici que dans sa communauté. En tout cas d’où il venait la seule relation qui pouvait exister entre ces deux couleurs de peau opposées était celle dictée par les lois du travail et dans laquelle chacun restait à sa place. C’était à ne rien comprendre. Il aima, en tout cas, ce brassage d’hommes et de femmes et se réjouit à l’idée que l’on pouvait vivre en toute fraternité sans distinction de race. 

Il fut brutalement arraché à ses réflexions par les cris d’affolement d’une grand-mère debout à quelques pas de lui. Il eût juste le temps de voir un homme la frapper sans ménagement et lui dérober son sac avant de se fondre dans la foule. Il y eut un bruissement parmi les spectateurs mais personne ne chercha à arrêter le malfaiteur. Beaucoup gardèrent un œil sur la rue et l’autre sur la victime, juste pour satisfaire leur curiosité lui sembla-t-il. Lui d’instinct avait voulu se porter au secours de cette grand-mère et s’aperçut, à ce moment-là, qu’il n’avait pas une existence réelle dans ce monde. Il était seulement spectateur et ne pouvait pas agir sur la réalité. Il vit alors une femme sortir une petite boite de son sac, la coller à son oreille et murmurer quelques mots. Il ne comprit pas grand-chose à ce stratagème. Quelques instants plus tard un voiture bleue hurlant à tue tête, après s’être frayée un passage à travers la foule vint s’immobiliser devant la victime. Trois hommes en uniforme et armés, surgirent et commencèrent à interroger les témoins. Une seconde voiture, de couleur rouge cette fois, signala son arrivée. Un homme et une femme, eux-aussi en uniforme, en sortirent avec une sorte de brancard et après un court entretien avec la victime la chargèrent et la transportèrent dans leur voiture sous les regards de la foule qui, pour le coup, avait complètement abandonné le spectacle de la rue. Les deux voitures finirent par quitter les lieux dans un concert de hurlements qui étouffèrent tous les bruits aux alentours. Dès qu’elles disparurent les gens reprirent leur occupation tandis que lui pensait encore à cette pauvre femme qui lui rappelait sa propre grand-mère. Il n’avait plus le cœur à la fête et décida de quitter cet endroit.

Elin se laissa porter par ses pieds et se retrouva dans une rue quasi-déserte. Il était impressionné par ces hautes maisons en pierres colorées et ses arbres sans feuillages sur lesquels étaient accrochés des lampes qui éclairaient sans le secours d’aucune flamme. Un coup d’œil à travers une large porte vitrée, à l’étage d’un de ces bâtiments, lui renvoya l’image d’une famille réunie autour d’une table, probablement pour le dîner. Comme il était imperceptible aux autres, il décida d’aller, incognito, leur rendre visite. La première image que capta son regard, fut celle de la table copieusement garnie avec toutes sortes de mets succulents et aromatiques qui lui ouvrirent l’appétit d’un coup. S’il parvint à identifier quelques aliments, la plupart lui était totalement inconnue. Ces gens-là étaient probablement riches, pensa-t-il, à en croire le luxe de la pièce dans laquelle il se trouvait. Il découvrit des objets qui lui étaient complètement étrangers et s’interrogea sur leur utilisation. Il admira un fauteuil dans lequel était assise une grand-mère. Il pensa qu’une telle chaise irait bien à « maman Gabou », avec sa grosseur. Il poursuivit sa découverte en s’attardant sur une chambre et fut émerveillé par la beauté du lit et des meubles fabriqués dans des matériaux qui lui étaient inconnus. Un bruit l’attira dans une autre pièce où un garçon de son âge était assis devant une curieuse boite qui produisait des images. Un fil reliait l’objet à deux coquilles placées sur ses oreilles. L’enfant, nullement effrayé, s’amusait à tirer sur des monstres à partir d’un objet qu’il tenait en main. Sa curiosité enfantine fut attisée et il se tint debout à ses côtés le regardant faire sans trop y comprendre. Une agréable voix, le ramena dans la grande pièce où la famille était toujours entrain de manger. Il découvrit une sorte de tableau posé sur un meuble et sur lequel une charmante jeune femme semblait raconter des histoires quand soudain, elle laissa la place à des images d’une cruauté inouïe. On montrait une foule d’individus squelettiques et estropiés sous la garde de soldats en arme. Sans pouvoir s’expliquer cette magie, il comprit néanmoins qu’il était question d’une guerre. Il en avait déjà entendu parler autour de lui mais les images qu’il avait sous les yeux dépassaient de loin celles qu’il s’était construit à partir de ces récits. Autour de la table, le dîner se poursuivit sans que personne ne semblât prêter attention à ces horreurs. Profondément troublé, il n’eut plus faim et se hâta de quitter la place.

Dehors il fut accueilli par un éventail de bruits qui couvrirent complètement le quartier. Une meute de chevaux mécaniques, apparut au coin de la rue. Ils étaient montés, chacun, par deux cavaliers une majorité d’hommes, et parmi eux quelques femmes. Autre mélange qui ne pouvait exister dans son monde, pensa-t-il. Il y avait environ une dizaine de ce drôle de machine. Ils s’arrêtèrent juste en face de lui. Il fut étonné de voir deux jeunes de son âge dans cette horde. La suite se passa si vite et le stupéfia tant qu’il eut à peine le temps de comprendre. Il vit un large rideau métallique céder sous la pression d’une vague humaine tandis qu’en même temps s’élevait un hurlement qui emplit la rue. Aussi rapide que l’éclair les assaillants  réapparurent avec des boites et des paquets, enfourchèrent les engins sur lesquels leurs partenaires attendaient et démarrèrent aussitôt. Pendant l’attaque Elin observa que les rares personnes qui s’étaient aventurées dans cette rue se hâtèrent de la quitter.

Soucieux, il se remit en marche et alla par les petites rues, de plus en plus désertes, jusqu’à ce qu’il soit arrêté par la mer. Il ne put cacher sa surprise à la vue d’un bateau d’une taille qu’il n’aurait même pas rêvé. Il se rappela d’une histoire évoquant un énorme paquebot, mais dans son imagination il  ne donnait pas de telles dimensions à ces drôles de « manman-dlo ». Il leva la tête pour mieux l’embrasser du regard. Il était non seulement gigantesque et majestueux mais la multitude de lampes qui l’éclairaient de toute part, lui faisait penser à un ciel étoilé. Il vit bouger quelques têtes au loin et succomba à la tentation d’aller jeter un œil. Dès qu’il mit les pieds à l’intérieur, il s’imagina avoir été, à nouveau, transféré dans un autre monde et se laissa guider par sa vue. Sans même chercher à interpréter ce que ses yeux découvraient, il erra ça et là, allant du restaurant aux cabines en passant par les salles de  jeux, pour finir par échouer, sur le pont supérieur qui contenait une mer intérieur. Ce monde, pour lui, était encore plus fantastique que celui d’en bas. S’il commençait à s’habituer avec le mélange des races, la vue d’un blanc au service de noirs le laissa totalement pantois. Il revint de ce voyage, complètement abasourdi, et une fois dans la rue il longea le port, avançant mécaniquement.

 

Son esprit vaquait encore sur le bateau, lorsqu’un bruit de bagarre le ramena sur terre. Le coin où il se trouvait était mal éclairé. Il perçut des ombres au loin et marcha vers elles pour découvrir deux bandes, entrain de s’affronter. Comme il arrivait sur place, il vit quelqu’un s’écrouler et quelques autres s’enfuir. L’un de ceux qui restèrent se pencha sur l’homme allongé parterre et sortit un fusil, moins long que ceux qu’il avait en mémoire. Deux bruits secs trouèrent le calme de la nuit et le reste de la bande s’évanouit dans l’obscurité. Elin, resté seul, se pencha sur la victime mais ne perçut aucun bruit. Il comprit que celle-ci s’était, lui aussi, volatilisée. 

De plus en plus désorienté, il reprit sa progression et arriva dans une zone qui n’était pas du tout éclairée. Il n’y avait pas un seul de ces arbres porteur de lumière. Il découvrit un amas de baraquements qui étaient à l’opposé de la riche habitation visitée quelques instants plus tôt. Il jeta quelques coups d’œil par les ouvertures et découvrit leur intérieur misérable grâce à l’éclairage que produisaient de modestes lumières qui lui rappelaient ses lampions. Il n’eut aucune envie d’y entrer. Ces huttes en tôle étaient certes plus proches de sa case mais il sut d’emblé qu’il n’aurait pas aimé les habiter. Elles étaient pitoyables et semblaient se soutenir mutuellement. Il avait l’impression que si l’une d’entre elles flanchait tout l’ensemble s’écroulerait. Il passa son chemin avançant sans se presser dans la moiteur de la tiède nuit tropicale.

Il avança d’à peine une cinquantaine de mètres  lorsqu’une odeur désagréable l’incommoda et lui provoqua une nausée doublée d’une sensation de picotement des yeux.  Quelques pas plus loin il échoua sur un monticule de déchets qu’en dépit de l’obscurité, il identifia sans peine comme étant la source des émanations responsables de ses troubles. La vue d’enfants fouillant dans ce volcan l’horrifia. Impuissant, il se hâta de changer d’air.

Perdu dans ces réflexions sur le sens de ce curieux voyage, il se déplaçait sans but et eut l’impression de marcher longtemps avant de déboucher sur une petite baraque de pêcheur faiblement éclairée. Il remarqua une voiture garée non loin. Des appels au secours venant de l’abri le forcèrent à presser le pas. Il pénétra  dans la cabane où trois hommes s’apprêtaient à agresser une fille qui lui renvoya l’image de sa sœur cadette. Une comparaison qui le mit dans une grande colère au point de lui faire oublier son absence de pouvoir sur ce monde. Il hurla quelque chose que les autres curieusement durent percevoir puisqu’ils lâchèrent leur victime et se retournèrent pour lui faire face. La jeune fille profita pour s’échapper et s’élança vers Elin qu’elle traversa, lui communiquant au passage la terreur qui l’habitait. Les agresseurs, croyant probablement que leur imagination leur avait joué un vilain tour, revinrent de leur surprise et s’élancèrent à sa poursuite. Mais, autre prodige, Ils butèrent sur  Elin en un choc si violent que tous les quatre  se retrouvèrent au sol. Les trois malfaiteurs furent les plus prompts à se relever. Ils paraissaient complètement désorientés. Ils regardaient tout autour d’eux cherchant à comprendre ce qui leur était arrivé et, visiblement effrayés, s’enfuirent au plus vite de cette « hutte hantée ». Le jeune homme sonné par le heurt eut tout juste le temps d’entendre la voiture démarrer avant de perdre connaissance et de basculer dans le néant. Il échoua dans le tunnel obscur par lequel il était arrivé. Il avait l’impression que le même courant d’air froid l’emportait, mais cette fois dans le sens opposé.

 

Toc toc toc. Il reconnut le bruit caractéristique du bec du tapeur sur quelque tronc d’arbre et comprit aussitôt qu’il était de retour chez lui.

 -          Déjà là ! Moi qui pensais ne pas te revoir sitôt.

Il se rappela de l’étrange voix à l’origine de son odyssée et ouvrit machinalement les yeux, mais ne put rien voir.

-          Tu ne peux pas voir dans ce monde avec le masque.

Il se redressa et découvrit son visage. Il vit qu’il était à nouveau au milieu du sentier d’où il était parti. Il reposa le masque sur la pierre où il l’avait ramassé. Le soleil était toujours à sa même place comme si durant son absence le temps s’était arrêté et retrouva, de même, son seau d’eau à l’endroit où il l’avait laissé.

-          Parle-moi de ton voyage au royaume des morts

-          Tu parles d’un voyage. Ca n’avait rien à voir avec le royaume des morts.

-          Ah bon ! Tu connais donc aussi bien le royaume des morts ?

-          Euh… Non. Mais en tout cas si c’est ça le royaume des morts, j’avais bien raison de le craindre et je ne suis pas pressé d’y aller.

-          Ah oui ! Pourtant tu as quand même vu de belles choses.

-          Oui c’est vrai, mais j’ai aussi vu de vilaines que je ne vais jamais oublier.

-          Mais ici aussi, il n’y a pas que du beau.

-          Le peu de temps que je suis resté là-bas, j’ai vu bien plus que durant toute ma vie ici et certainement davantage que durant toute celle de « maman Gabou ». C’est un monde complètement fou.

-          Tu as raison. Ce n’était pas le royaume des morts.

-          C’était quoi alors ?

-          C’était ton monde dans le futur.

-          Attends ! Tu veux dire que notre monde deviendra demain, ce que j’ai vu ?

-          Et peut-être pire encore. Mais ne soyons pas complètement négatif il y a tout de même des choses intéressantes.

-          C’est vrai, j’ai été enthousiasmé par certaines de mes découvertes et aussi par le mélange des gens, de tous âges et surtout de toutes races. Mais dans le même temps, j’ai été profondément horrifié par l’envers du décor. Pourtant ce monde semble loin d’être pauvre.

-          A quoi penses-tu ?

-          Je pense, par exemple à ce petit paradis sur le chemin du ciel, même si l’enfer n’était pas très loin.

-          Tu fais sans doute allusion à ce bateau de croisière. Un rêve flottant.

-          Un quoi ?  

-          (Ignorant sa question) Elin si je te disais qu’il n’y avait rien d’autre que la vie.

-          Qu’est-ce que tu veux dire par  là ?

-          D’abord sache que le royaume des morts, tel que tu le penses, n’existe pas. La vie seule existe en réalité.

-          Pourtant on meure bien. Où vont donc tous ces morts ?

-          Dans vos mémoires où ils prennent une place importante dans votre construction spirituelle. La vie, elle, est bien réelle et depuis l’origine elle poursuit sa longue course dans le temps, se renouvelant  et se développant, à travers les enfants de la Terre.

-          Et que dire du monde où tu m’as envoyé ?

-          L’homme croyant pouvoir échapper aux lois de la vie a créé son propre univers. Une jungle artificielle dans laquelle les prédateurs ne respectent aucune autre loi que la leur. Certains s’imposent avec leur argent, d’autres avec leur arme.

-          Je comprends mais j’ai du mal à m’expliquer l’existence de la misère dans une telle profusion de richesse.

-          Sache Elin que la terre est suffisamment riche pour nourrir tous ses enfants mais ses ressources bien que surexploitées sont détournées à des fins partisanes, le plus souvent pour donner vie à des rêves de pacotilles.

-          Comment sais-tu toutes ces choses ? D’abord qui es-tu, toi qui n’oses point se montrer et qui se cache derrière un masque ?

-          Comment la Vie pourrait-elle se cacher derrière un masque ?

-          La Vie !

-          Oui ! Disons que je suis une voix qui émane de la Vie et qui fait écho en toi.

-          Je ne comprends rien à ce que tu racontes.

-          Ce n’est pas grave, le plus important est de comprendre la raison de cette incursion dans le futur.

-          Pourquoi m’avoir choisi, moi, un enfant, pour un tel voyage ?

-          « Aux âmes bien nés, la valeur n’attend point le nombre des années ».

-          C’est quoi encore ça ?

-          Oh juste une citation. Sache tout de même que tu es la bonne personne, au bon moment et au bon endroit.

-          Comment-ça ?

-          La bonne personne parce que tu as l’esprit vierge et créatif donc propre à l’inspiration. Au bon moment, car le monde est sur le point de s’emballer et court à sa perte avec des risques de profondes mutations de la vie. Au bon endroit car ton pays, un échantillon de monde, est en devenir et peut encore choisir un autre voie et être, espérons-le, un exemple pour l’humanité.

-          Ce discours est bien trop savant pour moi. Je crois que tu t’es trompé de personne… et aussi de pays.

-          Pas du tout ! Pour mener une révolution dans un pays, il faut des personnes neuves. Eh bien pour mener une révolution sur terre il faut des personnes neuves et des pays neufs. Mais tu auras le temps d’apprendre tout ça. Dans l’immédiat, ce qu’il faut que tu comprennes, c’est qu’il est possible d’éviter ce que tu as vu, ou tout au moins éviter les mauvaises choses comme cette injustice, cette violence ou cette pollution. Il vous faudra tout simplement éviter de copier le modèle de monde qui vous aurez sous les yeux. Ce vieux modèle égoïste a été fondé sur un culte du soi et est basé sur une consommation à outrance à l’origine de beaucoup de maux.

-          Et c’est moi qui devrais faire quelque chose pour empêcher ça ?

-          Votre façon de vivre, jugée primitif par des sots qui se croient savants, est en fait en harmonie avec la vie et ne menace point celle-ci. Il suffit de faire évoluer votre communauté vers plus de justice et de fraternité pour qu’elle aboutisse à une société multiculturelle, respectueuses des lois naturelles et humaines. A l’instar de Moïse la Vie t’a choisi pour conduire ton petit monde à ce Canaan créole.

-          Moïse! Tu exagères !

-         Lui aussi pensait qu’il n’était pas fait pour ce boulot. Elin, comme lui, il te faudra lutter mais tu as suffisamment de ressource dans le cœur pour résister à l’adversité.

-          Lutter ! résister ! A quoi penses-tu ?

-          Rassure-toi ! Lutter et résister pour moi ne veulent pas dire faire la guerre. Les armes auxquelles je pense, sont ceux de l’esprit et du cœur. Et de toute façon, vos adversaires les plus coriaces seront dans votre camp. Et crois-moi, ce ne sera pas chose facile de faire tomber les masques qui seront à l’origine de vos hallucinations.

-          Un instant ! Tu as parlé de Canaan créole. C’est où ?

-          C’est ici-même.

-          Tes énigmes ne sont pas faciles à comprendre.  Si tu pouvais parler normalement.

-          Le temps viendra où tu comprendras tout, sans peine.

-          En parlant de comprendre, j’aimerais que tu m’expliques certaines choses que j’ai vues là-bas. D’abord dans leur … processions, les « nèg mawon » et les arbres agonisants signifiaient quoi au juste ?

-          Ce peuple est conscient de ses dérives. A travers les « nèg mawon », il évoque ses racines. Les arbres agonisants sont ses cris de désespoir face aux dégradations irréversibles de son environnement.

-          Tu veux dire qu’il est presque trop tard pour lui ?

-          Au point où il en est, il faudrait un petit miracle pour le dévier de sa trajectoire. Il est beaucoup plus simple d’éviter d’en arriver là.

-          Autre chose, comment s’est produite cette émancipation de la race noir.

-          Tu fais allusion au barman blanc que tu as vu servir à boire aux clients noirs ?

-           ??? Oui… entre autres.

-          La couleur de la peau, comme d’autres particularités physiques, est une adaptation de l’homme à son milieu naturel, par exemple au climat. Par contre les races sont une pure invention humaine et ont légitimé des conflits, des dominations et des exactions en tous genres. Ces barrières artificielles ne résistent pas au savoir galopant.

-          Je crois comprendre. Une dernière question. Que s’est-il passé avec les trois méchants qui s’étaient attaqués à la jeune fille.

-          Qu’est ce que tu n’as pas compris ?

-          Pourquoi avec eux j’ai pu agir comme si j’étais réel.

-          Les armes du cœur sont puissantes et tous les miracles viennent d’elles.

-          L’amour… Oui c’est ça. En projetant cet acte odieux sur ma sœur, j’ai traversé le mur du temps.

-          L’absence d’homme dans ton foyer te fait grandir un peu vite et te prépare pour ta mission.

-          Ma mission ! Par quoi vais-je commencer ?

-          Par le commencement que va t’inspirer ton cœur.

-          Tout cela me semble si compliqué. Enfin,  j’espère que je serai à la hauteur.

-          Il te suffira d’être à ta hauteur. Je dois te laisser partir maintenant car la nuit ne va pas tarder à tomber et il te faut rentrer avant qu’il ne fasse noir.

-          Je n’ai plus peur des morts après ce voyage.

-          Je ne pensais pas à toi, mais plutôt à tes proches qui eux le croient toujours et qui doivent continuer à le croire. Au milieu des siens, on a aussi quelquefois besoin de porter un masque sur le visage pour voir sans être vu.

 La voix se tut et le masque disparut. Le soleil enjambait l’horizon lorsqu’il se mit en marche. Il pressa le pas et tomba un peu plus loin sur sa maman et sa sœur aînée qui rendues inquiètes par son retard, venaient à sa rencontre.

 L’histoire ne dit pas ce qu’il est advenu d’Elin plus tard, mais nous savons tous que le monde qu’il a visité lors de son voyage extra-temporel s’est bel et bien réalisé.  

Charles-Henri MARICEL-BALTUS

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Publié dans : |le 1 janvier, 2012 |1 Commentaire »

A new life for a New Year

cosmos.jpg

 

While the time continues its running in the eternity, the space spreads out in the infinity. Between these both, Life came out. In a place of the universe it chooses a quite small planet for an experience, as uncertain as extraordinary. This one, after many experiments, ends at the Man. This new living being, as soon as his first thoughts, rushes in search of his origins and his fate, overflowing its existence to venture, sometimes into the universe, sometimes into the beyond, with the risk to getting lost.

apocalypse.jpg

Continuing its crazy running through the time, in some tens of thousands years, the humanity passes, from the most rudimentary tools to the most sophisticated factories and to the most destructive weapons. From the first questioning about oneself, went out, philosophies and dogmas engendering abuses and conflicts. Since a few decades, our societies develop to an alarming speed. To satisfy our overconsumption thousands of animal and vegetal species disappeared, and natural resources growing poorer. From now a human disaster threats in the global scale. 

The Man appears like a dissonance in the symphony of the creation. However let us make rather a dream for this New Year: Inside the current cacophony hides some sublimate harmony which will be born in all the hearts”

 

 

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Publié dans : |le 1 janvier, 2012 |4 Commentaires »

La vie est la vie

mereteresa.jpg

La vie est une chance, saisie-la !
La vie est beauté, admire-la !
La vie est béatitude, savoure-la !
La vie est un rêve, fais-en une réalité !
La vie est un défi, fais-lui face !
La vie est un devoir, accomplis-le !
La vie est un jeu, joue-le !
La vie est précieuse, prends-en soin !
La vie est une richesse, conserve-la !
La vie est amour, jouis-en !
La vie est mystère, perce-le !
La vie est promesse, remplis-la !
La vie est tristesse, surmonte-la !
La vie est un hymne, chante-le !
La vie est combat, accepte-le !
La vie est aventure, ose-la !
La vie est bonheur, mérite-le !
La vie est la vie, defends-la !

MERE TERESA

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Publié dans : |le 2 décembre, 2011 |Pas de Commentaires »

Ulysse

ulysse.jpg

Succédant

A la mousseline blanche,

Teintée de rosée,

Du  jour finissant,

La nuit tombe

En déployant ses langes noirs

Et absorbe mon âme.

Ainsi 

A travers mes jours et mes nuits

S’enfile le temps

Qui de sa pelote d’éternité

Défile indéfiniment,

Traversant ma vie, de part en part.

sirene.jpg

Mon obsession,

Présence encombrante le jour,

S’alourdit la nuit

Des pensées noctambules

Qui hantent mon sommeil,

Et l’agitent par rafales.

Tantôt une couronne de roses rouges

Inhume un rêve.

Tantôt un bouquet d’anémones

Ressuscite un cauchemar.

enfer.jpg

Au matin

Tel un mort-vivant,

J’émerge de ma tombe,

Corps dépouillé d’une âme

Asservie en enfer,

Où enchaînée par les mots,

Elle survit en les esquivant.

Mon esprit,

Eclairé par le soleil levant,

Tente de dégager,

De cet univers d’ombre,

Quelque pensée vierge.

Mais, sorcière matutinale,

S’envolant avant l’aube,

Dans mon inspiration

Elle se glisse,

Et ferme la boucle infernale.

venus.jpg

Mes immortels, 

En conclave au Panthéon,

Délibérèrent et élurent   Vénus,

« Ma guide astrale ».

Parée de lumière et d’amour,

Elle saura percer l’obscurité,

Traverser la brume,

Et libérer mon âme

Pour la ramener dans son berceau. 

Charles-Henri MARICEL-BALTUS

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Publié dans : |le 11 novembre, 2011 |2 Commentaires »

Repentance

repentance1.jpg

Little by little, 
I sank in the life’s pleasures, 
At first, I soaked my mind.
At the end, I flooded my soul.
Child, 
My food came from God
And I ate at the paradise. 
Man, 
In a funeral world,
I live among lawbreakers
And I supper with beggars.
This endless night, 
Is like a purgatory,
Not yet hell,
But, so far to my heaven.

As formerly Job,

Buried alive

But saved from Hades, 

I hope, one day,

From the bottom of my black hole

To get up

And find again my stars,

Gathered on the celestial material.

Maybe, I would recognize

The smiling face

Of my mother.

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Publié dans : |le 3 novembre, 2011 |1 Commentaire »

Ancelot Bellaire – Biographie

ab.jpg L’homme 

Ancelot BELLAIRE est né le 11 avril 1913 à Deshaies mais c’est à Pointe-Noire, au pied de la Belle Hôtesse qu’il grandit. Elève brillant il débute sa scolarité avec succès au bourg de Pointe-Noire.

Il poursuit ensuite ses études au lycée Carnot où il fait la rencontre de certains de ses illustres amis parmi lesquels Guy Cornelly qui deviendra plus tard son compère. Son bac littéraire en poche, le jeune Ancelot quitte la Guadeloupe pour la France métropolitaine où il fait des études de droit.

De retour en Guadeloupe, il entame une carrière de juriste. Il est d’abord greffier puis huissier qu’il quitte sur un coup de tête à la suite d’un sérieux incident. Il va alors se lancer dans le journalisme. Il travaille au « Nouvelliste » avec Guy .Cornely et Casimir .Létang. Il contribue en outre à la création de plusieurs journaux avant de créer ses propres publications Zagalas, Cancan et Les Heures Nouvelles ».

L’homme, avec son verbe coupant et sa plume piquante, ne pouvait s’empêcher d’entrer dans l’arène politique. En 1949 il se présente aux élections cantonales à Pointe Noire. Il est battu sur le fil du rasoir. Il y voit la complicité de la fraude. Déçu il quitte cette scène pour ne plus y remettre les pieds.

Après une période passée à l’Office du Tourisme comme conseiller, il termine sa carrière à la direction de la Mutuelle de Mare-Gaillard. Dans sa maison de retraite à Caraque aux Abymes, il rédige des courriers, des rapports, des tracts pour des particuliers et des associations.

Ancelot BELLAIRE n’est pas un héros qui meurt dans son film. Il fait sa traversée du désert avant de tirer sa révérence le 30 août 1996. 

bibliothequeab.jpg Le poète 

Ses poèmes sont publiés dans plusieurs journaux et revues qui le font connaître. Plusieurs de ses œuvres sont traduites en italien.

Ancelot BELLAIRE est titulaire de nombreux prix littéraires

-          Prix d’Outre-Mer à la Compagnie des écrivains Méditerranéens

-          Premier prix aux concours des amis de la société des amis des Pétrarque.

-          Prix d’honneur au prix International des écrivains.

-          Prix d’honneur et médaille de bronze du département de la Seine aux Violatti Picards et Normands.

-          Médaille de Vent Nouveau et de l’association des écrivains et artiste de l’enseignement.

-          Premier avec Hibiscus d’Or aux jeu Floraux de la Guadeloupe.

Le 10 août 2001 la commune de Pointe-Noire lui rend un hommage posthume et l’immortalise en donnant son nom à la nouvelle bibliothèque de la commune

tmoignage.jpg Témoignage 

Parmi d’autres j’ai retenu celui de Roberto Mandel, poète italien:

« De son style limpide et assuré, ce jeune aède chante son pays ensorceleur… avec des accents passionnés. Il nous fait aimer les visions de rêves de la côte splendide et les jolies antillaises, mais il élève aussi l’hymne à la justice, à la liberté, à la fraternité humaine.

… Ses sonnets d’amour et de tourment, tantôt profonds de pensée, tantôt riants de folklore, le placent parmi les meilleures promesses de la Littérature contemporaine. La voie du succès s’ouvre devant lui, droite et lumineuse, et nous souhaitons qu’il puisse la parcourir entière, jusqu’à la lumière éblouissante de la gloire, sans pour cela payer la lourde  rançon que la renommée exige des élus.

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Publié dans : |le 8 octobre, 2011 |2 Commentaires »

Ancelot Bellaire – Oeuvres

prdestin3.jpg Enfant prédestiné 

Avril semait des fleurs sur son parcours, 

Lorsque je vins au monde. 

Lumières et chants,

Rires et parfums… 

Présence dans la forêt profonde,

Miracle ou phénomène naturel,

J’étais là, près du cratère, à mon insu, intraitable.

La nature continuait à rouler ses cascades de morts et de vie

Mais lorsqu’une main délicate,

Autant qu’experte,

Vint me cueillir parmi les hautes herbes,

Un oiseau se mit à chanter :

Enfant prédestiné ! Enfant prédestiné !

Et depuis,

Le cœur débordant de sensibilité,

Traînant par ci, par là,

L’obscur déchaînement de ma fidélité,

Je vais…

Balloté,

Frêle esquif que l’orage tourmente,

Aveuglément, je vogue en ce triste ici-bas,

Mais pour ne pas sombrer sous la houle méchante,

Que de combats !

Que de fois pour braver la tempête,

J’ai du carguer la voile et tanguer en chantant !

Que de fois, j’ai dû, las,

Prendre à deux mains ma tête,

Et pester longuement contre le mauvais temps !

A chacun des tourments de ma route sinueuse

Le malin.

A chacun de mes pas,

Mes yeux de contestataire ont vu s’ouvrir l’abîme,

Mais dans mon âme, toujours,

J’ai cru voir une étoile.

J’ai fouillé le monde autour de moi,

J’ai sucé de chaque os, une moelle,

J’ai bu le vin que chacun boit,

Mais dans le monde, hélas !

Où la vie est cruelle,

J’ai trouvé la souillure, de la moelle des os.

J’ai craché de dégoût,

Et les vins les meilleurs 

Des vignes les plus pures 

M’ont laissé dans le cœur, 

Un vieux relent d’égout. 

J’ai vécu et je vis timide et solitaire, 

Déjection de la matière 

Regrettant d’être né Prédestiné… 

Que ce soit à l’école 

Ou plus tard, dans la vie, 

Quand l’âpre jouissance au plaisir vous convie, 

Lorsque j’ai dit : 

Je sais au professeur, 

Je t’aime à ma maîtresse, 

Je crois devant le ciel bleu, 

Tout l’appareil humain m’a crié : 

Anathème ! 

Mais dans l’ombre, 

Tout bas, 

Une voix me parlait. 

Je l’entendais, 

Je la voyais, 

Cette voix qui disait : 

Enfant prédestiné ! Enfant prédestiné !

monpays.jpg Le beau pays

Si voyageant un jour sous le ciel des Antilles,

Vous miniaturisez au creux de vos pupilles

Un bouquet chatoyant de verdure et de fleurs

Découpant finement son relief en couleurs,

Que vous soyez tout seul, que vous soyez en groupe

Visitez un instant la belle Guadeloupe…

Mon pays, cet Eden aux rives de corail

Vous émerveillera dans son moindre détail.

Voici le cocotier protégeant de sa palme

Une case en aissante au fond de l’anse calme,

Voici les flamboyants, les verts tamariniers,

Les orangers, les ananas, les bananiers !

Regardez ! Cette enfant qui passe et se pavane,

N’a-t-elle pas une souplesse de liane ?

Admirez ! Admirez la gamme des couleurs,

Depuis la noire chaude aux traits ensorceleurs

Jusqu’à la sémillante et coquette créole…

Ecoutez le patois dont l’étranger raffole !

N’est-ce pas un doux chant qui monte plein d’espoir

Vers toutes les beautés des choses du terroir ?

Oh ! Mon pays, combien je t’aime et t’idolâtre !

Lieux où mes souvenirs viennent souvent s’ébattre !

O longs Sauts du Carbet ! Cascade Vauchelet !

O pitons renouant l’antique chapelet !

Joli coin poétique et pur : Massabielle !

Merveilles que contient la Guadeloupe belle :

Gourbeyre, Matouba,… Eblouissants décors !

O plage de soleil, plage de sable d’or !

O majesté des Courbarils, des lauriers roses !

Silences émouvants des forêts grandioses !

Auprès de vous, comment ne pas sentir en soi

L’élan, l’émotion la plus forte qui soit,

Qui complète presque le talent poétique.

Devant cette splendeur de la chose exotique,

Comment ne pas crier son admiration.

Je voudrais vous chanter, Terre d’exception,

Où l’on ignore au fond, ce que c’est que la peine,

Où le sol est fertile, où l’atmosphère est seine,

Où l’on ne voit jamais de féroce animal

Pour semer la terreur et dispenser le mal,

Où l’insecte nuisible est quelquefois la tique,

Et la bête féroce un fragile moustique,

Qui n’a point de désert, de marais, de maquis,

Où l’on accueille à loisir les fruits les plus exquis :

Mangues, Letchis, Mombins, abricots, sapotilles…

Je voudrais vous chanter, O Terre des Antilles

Ile-sœur du soleil qui vous fait resplendir

Et fille de la mer pour vous endormir

A, le long bercement des veilles maternelles !

Oui, je voudrais chanter vos splendeurs naturelles,

Terre de sève pure où fleurit l’oranger,

Douce pour vos enfants, aimable à l’étranger,

Accueillante à tous ceux qui cherchent votre asile !

Que ne puis-je vous célébrez, île fertile

Qui vers le ciel clément dressez vos grands bois verts !

Je veux qu’à chaque instant, chaque jour, dans mes vers,

Ma passion pour vous s’élance jusqu’aux nues,

Pergola magnifique aux couleurs inconnues,

Pour que tous mes lecteurs, demeurant éblouis,

Redisent l’œil fermé : Mon Dieu, le beau pays !

lefoufou21.jpg Le fou-fou 

Est-il  quelque symbole,

Quelque élégante hyperbole,

Pour capter

Ta beauté,

Agréable Sylphide,

Colifichet splendide

Du jardin des Hespérides ?

Car la coquetterie

De ta riche orfèvrerie,

Oiselet, Tendre objet,

Ta douceur si fragile,

L’harmonie intactile,

De ta complexion subtile,

Gentille fou-fou qui passe

Comme un bolide en l’espace,

Les ébats

Délicats

Que tu prends sur la menthe

Sur la douce Hélianthe

Et la rose, ton amante,

Ta grâce non pareille,

Tout, fait de toi la merveille

Des forêts,

Qui me plait

Et je me sens revivre

Lorsque je peux te suivre

Dans la course où tu t’enivres,

Si plein d’insouciance,

A travers l’azur immense

Comme un rien Aérien,

Quelques images sacrées

Des splendeurs de l’Empyrée…

donnemoiteslvres1.jpg Donne-moi tes lèvres

Ce soir, je ne sais pourquoi mon cœur résonne,

Pourquoi je sens tant de plaisir me battre au flanc,

Je ne sais pourquoi le ciel est rose et blanc…

Près de toi mon amour, tout mon être rayonne !

Accrochant à chaque fleur un parfum troublant,

Le vent, joyeux, autour de nous, vient, tourbillonne,

Comme un enfant dont le regard cherche et s’étonne,

La lune à l’horizon se montre, en souriant !

La nuit, la nuit aimable, confiante,

A rapproché nos doigts excités par l’attente,

Pour une communion… O cette chanson !

Ce poème délicieux que mon cœur chante,

Ce désir qui m’étreint, ce bonheur, ce frisson,

Cet émoi…Donne-moi tes lèvres mon Amante !

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Publié dans : |le 8 octobre, 2011 |1 Commentaire »

The wretched of the earth

 

lesdamns3.jpg

By a moonless night,

Earth welcomed me.

Since,

Ended up in the kingdom of Hades,

I knew the sunless days.

Neither died, nor living,

I drag a body, 

Stripped of its soul. 

As a ghost, 

I roam at night, 

And I hide during the day. 

I compete my daily ration 

With the stray dogs, 

To fill up my stomach 

With the wastes of the living beings. 

Sometime, 

Through my thick night, 

I see a dawn far off., 

A glimmer of hope, 

Given out by some divine source, 

I think.

In my nightmare, 

I hear the appeal of God. 

 But I do not want to rise.

I only want to die.

  

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Publié dans : |le 2 septembre, 2011 |4 Commentaires »

Universal distress

slavework2.jpg

A long lasting moaning,

Coming from a place of the world,

Ended up in the kingdom of heavens,

Taken there, by some spiritual wave.

The complaint, identified,

Came from Earth.

Sent on the scene

A God’s messenger investigated.

Coming back from “Hades”,

Here is, he told:

Grand Master,

Every day,

From dawn to twilight,

Men and women

Live and die,

At the rate of the whip.

Some, self-elected, “masters”,

To justify their crime,

Evoke races

And place on the top

The only white race.

The Universal Master

Shouted at Earth:

Last-born,

Where were you

When life germinated

In that little piece of universe,

According to my will?

Short-live creature,

Say to me, then,

What do you know about races,

To connect their fate

In a classes’ law?

Infuriated, he added:

Woe betide Man

Who exploits his brother

To satisfy his selfishness,

Compromising Earth.

… … …

After a pause,

An eternity for Man,

He ended:

Neither black, nor white,

Only, men and women. 

Neither male, nor female,

Only Life.

Publié dans : |le 1 août, 2011 |Pas de Commentaires »

Pointe-Noire, ma cité d’or

La cité du bois honore sa sainte patronne le 15 août avec cinq autres villes de l’archipel. Dans cette compétition festive, la fête patronale de Pointe-Noire, jadis, figurait souvent en bonne place avec deux atouts majeurs, la qualité de son accueil et la beauté de ses filles. Mais la commune renferme bien d’autres joyaux qui méritent à être connus tout comme son histoire qui s’est écrite au rythme des évènements, souvent tragiques, que vécut la Guadeloupe. J’ai grandi à portée de pas et à portée de savoir de ces trésors, et j’aurais pu, tout bonnement, les ignorer, si le temps d’un exceptionnel coucher de soleil, je n’avais vécu une expérience presque mystique qui m’ouvrit le cœur et la mémoire de ma cité d’or.

OR

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Par une fin de journée ordinaire, je m’étais assis sur mon rocher pour assister au somptueux spectacle de la mise au lit de l’astre diurne. Mais ce soir là, une épaisse couverture laineuse me cachait l’horizon au risque de me faire rater mon céleste rendez-vous. La nuit, prématurément, avait commencé à saupoudrer la Corniche d’or, de cendre crépusculaire. Dans mon dos, la case de ma grand-mère se fondait déjà dans le décor lugubre d’une journée finissante, tandis que mon rocher et moi commencions à former une masse sombre, évoquant quelque animal mythologique. L’obscurité naissante, alors, s’infiltra dans mon cœur étouffant ma petite flammèche d’espoir. Au moment où je m’apprêtais à descendre de ma roche, sanctuarisée par le rituel, il se produisit un évènement que mon cœur juvénile et croyant, tint du miracle. L’alizé, tout d’un coup, souffla si fort qu’il emporta la laine qui, trop tôt, recouvrait le soleil couchant, et celui-ci m’apparut dans un décor éblouissant, métamorphosant du même coup le monde autour de moi. Le ciel lui-même n’était plus qu’un tissu incandescent qui enveloppa  toute la Corniche d’or, tandis que la mer des caraïbes, comme un miroir, renvoya, dans toutes les directions, des gerbes de particules éblouissantes. La Belle Hôtesse, à son tour, se drapa d’un voile tissé de fils d’or et à ses pieds, étincelants, la cité Pointe-Noirienne et les hameaux disséminés aux alentours apparurent comme un fabuleux trésor offert à une reine. Pétrifié, moi-même, en statue d’or, je n’osais me mouvoir pour ne pas rompre le charme. Figé dans mon immobilisme, mes paupières, s’engourdirent, s’alourdirent et tombèrent en se refermant sur mon émerveillement.

EMERAUDE

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Curieusement mon enchantement se poursuivit au-delà du réel, où transporté par quelque songe, je découvris un monde tout aussi merveilleux. Cultivé à l’histoire et à la géographie de terres lointaines, mais dépourvu de la moindre pouce de connaissance de celle qui m’a vu naître, la vie je ne sais par quel miracle, semblait vouloir combler ce manque. Profitant de la fertilité circonstancielle de mon esprit, elle s’apprêtait à y semer quelques graines des richesses que renfermait ma commune natale. Je fus, d’abord transporté au sommet de ma montagne reine, la Belle Hôtesse. Celle-ci me dévoila quelques joyaux de l’écrin forestier qui entourait ma cité. A sept cent soixante quinze mètres de la mer qui venait baigner ses pieds, le spectacle était fabuleux. J’étais entouré de bonsaïs naturels sculptés par le vent qui soufflait inlassablement et qui transportait toute une variété de senteurs et de mélodies arrachées aux bois. Au loin, à ma droite et à ma gauche, se dressaient les pitons de Baille-Argent et de Guyonneau. Ils semblaient monter une garde royale autour de la cime dominante. L’âme comblée des richesses qui m’étaient offertes et que je dégustais de mes cinq sens, je plongeai sous le manteau végétal qui enveloppait la montagne et me laissai glisser sur son flanc tapissé de feuilles mortes. Au passage je découvris la version géante des bonsaïs, tels que l’acomat boucan et le gommier blanc, au pied desquels, des orchidées sauvages cherchèrent à m’ensorceler. Je pénétrai ensuite sur le territoire des essences locales, mahogany, acajou rouge, courbaril, laurier rose, … des bois qui par la magie et la sueur des hommes donnèrent sa réputation à Pointe-Noire. Parmi les espèces animales qui nichaient dans ce sanctuaire, deux furent rappelés à mon attention, le « tapé » ou pic noir et le « scieur de long » ou dynaste hercule. Deux perles uniques que la nature avait tout spécialement conçues pour nos bois. J’ai été ensuite attiré par les vallées sinueuses et encaissées au creux desquelles coulent les rivières de Grande plaine et de Petite Plaine, exposant toute une variété de trésors dont le plus sublime, le saut d’acomat me captiva jusqu’à me magnétiser. J’émergeai quelques instants plus tard au large du littoral caraïbes où le soleil couchant tenait toujours son spectacle féerique. Je découvris la côte rocheuse qui avait donné son nom à la cité et qui renfermait des plages et des criques enchâssées. Mais ces roches d’ordinaire noires avaient été, elles aussi, dorées à l’or fin, le temps d’un coucher de soleil. Tout à coup, au loin résonnèrent les tintements de la cloche de l’église de Notre Dame du Bon Port, annonçant l’angélus. L’horizon se dépêcha d’engloutir sa dernière portion de galette solaire, mettant instantanément fin, au spectacle magique de la journée finissante. Alors que la nuit se hâtait de déployer ses langes noirs je fus de force immergé et attiré vers les profondeurs.

OR NOIR

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Je refis surface au milieu du village, sur la place de la mairie aux côtés d’un vieux sage que la mort semblait ignorer. Il m’apprit qu’il était là pour me conter son histoire qui était en réalité celle de Pointe-Noire, la mienne en fin de compte. Il ajouta que le temps de la vérité historique était venue pour moi car il n’était pas digne pour un homme de substituer son passé aux récits colorés et emballés venus d’ailleurs. Que me reprochait-il ? Pensais-je. Comme s’il lisait en moi, il déclara que sans mémoire il ne peut y avoir, ni présent, ni avenir et donc point d’homme. Il commença par m’expliquer que les faits qui ont jalonné la vie de cette commune n’étaient en réalité qu’une page du livre écrit en lettres de sang et qui raconte la tragédie qui se joua dans ces îles, des siècles durant. Je cherchais encore à démystifier sa parabole lorsqu’il commença à se raconter, évoquant un dénommé Père Labat, fervent défenseur de l’esclavage. Celui-ci, dès la fin du dix-septième siècle, avait déjà remarqué la fertilité de nos terres. Cette ressource naturelle, s’ajoutant à une main-d’œuvre abondante et gratuite, allait être, me dit-il, à l’origine d’un commerce florissant attirant des navires depuis la Martinique. C’était d’ailleurs, précisa-t-il, pour les protéger lorsqu’ils mouillaient dans l’Anse Marigot, que l’on avait fait construire un fortin à l’embouchure de la rivière Caillou. Un prêtre esclavagiste ? Pensai-je. Une interrogation qui me traversa l’esprit au galop car mon vis à vis continuait à dérouler son histoire sans se soucier de mes états d’âme. Il m’apprit que Pointe-Noire, à cette époque, s’appelait Caillou, du nom de l’un de ses habitants qui siégeait au Conseil Colonial de Deshaies, alors, attaché à la Paroisse du Grand Cul de Sac. Le conteur, quelques décennies plus tard, sur un ton grave, souligna le séisme politique et historique qui avait frappé la France et qui avait été ressenti jusque dans les colonies. Il marqua ensuite un temps mort avant de reprendre son marathon avec l’abolition de l’esclavage et ses conséquences désastreuses sur le commerce local. Il évoqua, ensuite, les condamnations prononcées par le tribunal révolutionnaire que fit installer, ici même, un certain Victor Hugues. Je n’avais pas fini d’imaginer ce que l’abolition devait représenter pour tous ces hommes et toutes ces femmes que, déjà, il m’annonçait son rétablissement par l’empereur Napoléon que j’étais d’ailleurs surpris de trouver mêlé à cette affaire. Mais avec une immense fierté que le vieil homme ne chercha point à dissimuler, il s’empressa de raconter la fuite de nombreux esclaves dans les bois aux alentours pour ne pas retomber dans la servitude. Quelques uns de leurs  refuges marrons, me précisa-t-il, ont même vu leur nom gravé dans la mémoire collective et sont parvenus jusqu’à nous. Il me cita Fond  Congo au Morne à Louis, Fendre-fouque à Acomat et Bois-Noirs aux Gommiers. Poursuivant son récit, il m’expliqua que ces différents lieux étaient reliés entre eux par un réseau de sentiers clandestins. Des ruisseaux qui alimentaient le lit de la future trace des contrebandiers permettant ainsi aux marrons de Pointe-noire de communiquer avec ceux du Nord de la Basse-Terre. Il était persuadé que ces hommes sont venus par la suite grossir les troupes d’Ignace lorsque celui-ci traversa Pointe-Noire pour aller prêter main forte au colonel Delgrès à Basse-Terre. Le vieux sage continua à se raconter mais je ne l’écoutais, plus que d’une oreille. Il parla du tremblement de terre de 1843 qui fit de nombreuses victimes dans la Paroisse, de l’épidémie de choléra qui fit rage en 1865, du terrible incendie de 1914 qui détruisit une centaine de maisons à la rue de la République, et même du gouverneur Sorin, homme dur et impitoyable qu’un enfant de la commune osa pourtant défier… A la fin je cessai de l’entendre car j’étais revenu aux évènements qui avaient suivi le rétablissement de l’esclavage. Je prenais tout à coup conscience d’un élément fondamental de mon passé que les livres ne m’avaient pas révélé. En marge des luttes politiques menées par certains humanistes français, comme Schoelcher, de nombreux esclaves, fuyant la servitude, avaient marronné et s’étaient donc battus pour leur liberté. Sans que je sois en mesure de l’expliquer, un sentiment de fierté m’envahit me révélant, alors l’existence, au plus profond de moi, d’une petite flamme, celle d’une identité jusque là méconnue. Ces bois qui m’entouraient étaient donc des « sanctuaires marrons », pensai-je intensément.

 BASALTE

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Je revins dans la course et rattrapai mon vieux conteur en fin de parcours, juste pour l’entendre conclure. Il disait que la lutte n’était pas terminée, que l’histoire continuait mais qu’il ne fallait pas se tromper d’époque. Il y a eu le temps de l’esclavage. Nous étions maintenant dans celui de l’assistanat. Mais un jour arrivera, celui de la responsabilité. Un temps où il faudra construire une nation avec tous les débris de peuples que l’histoire avait charroyés dans nos îles. S’exprimant alors à la manière d’un prophète, il ajouta que cela ne sera pas facile dans une société d’apparence dont l’illusion sera devenue la norme. Mais il insista sur le fait qu’il fallait le faire avant que les marins du paquebot France n’aient l’idée de couper eux-mêmes la corde et de larguer notre petite chaloupe en pleine mer. Je n’ai pas bien compris ce que cela voulait dire mais à juger par son ton, il devait s’agir d’un évènement sérieux et sûrement redoutable. Il disait faire confiance aux Ponti-Néris, fidèles à leur réputation de bâtisseur, pour apporter leur pierre à l’édification de l’avenir. Nous saurions, pensait-t-il, ouvrir à nos enfants des sentiers de marronnage dans cette nouvelle jungle pour les aider à échapper aux servitudes de ces temps modernes. Nous saurions aussi, conclut-il, préserver notre cité d’or de nos propres gourmandises.

La voix de ma grand-mère, s’inquiétant sur ce que je faisais dehors à pareille heure, me ramena sur ma roche. La nuit était tombée et avait complètement englouti mon petit hameau, privé, ce soir là, de sa céleste médaille d’argent.

Charles-Henri MARICEL-BALTUS

Le 12 août 2008

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Publié dans : |le 1 août, 2011 |4 Commentaires »