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Lire

La vocation première de ce site est de faire découvrir ce genre méconnu qu’est la lecture théâtrale. Elle s’adresse à tous mais est particulièrement recommandée aux enfants. Par son côté ludique elle suscite chez eux enthousiasme et passion. Ils lisent pour jouer un rôle, pour raconter une histoire à d’autres enfants. Ceux qui la pratiquent deviennent naturellement  de meilleurs lecteurs.

Je l’ai expérimentée pendant un trimestre avec des élèves de CM1 et de CM2 dans le cadre des actions périscolaires du Projet Educatif Territorial. J’ai travaillé avec mes propres textes que j’ai adaptés pour la circonstance. Je jouais souvent au narrateur tandis que les rôles des différents personnages étaient tenus par les élèves. Durant mes interventions j’ai pris conscience des difficultés que rencontraient bon nombre d’entre eux avec la lecture mais j’ai pu aussi mesurer l’efficacité de la méthode chez certains enfants. En observant attentivement ces derniers je pense que cette activité, bien encadrée, peut avoir un effet bénéfique sur leur concentration.  A la fin de l’exercice, nous avons organisé un spectacle afin de mettre en valeur le travail réalisé durant la période et d’éveiller l’intérêt d’autres jeunes parmi les spectateurs.

Agréablement surpris par l’engouement de certains élèves durant les séances, j’ai décidé de faire bénéficier gratuitement au plus grand nombre des fruits de ce travail en mettant en ligne mes textes adaptés. L’action se fera périodiquement mais régulièrement par une publication  en début de semaine.

Je débute cette aventure avec mon deuxième roman « La vie en face » qui a beaucoup plu à mes jeunes lecteurs. Cet ouvrage raconte les déboires d’une adolescente qui fait une mauvaise rencontre sur un réseau social et profite de la désunion familiale ambiante pour fuguer… En publiant un paragraphe chaque semaine, j’espère stimuler le désir des lecteurs de connaître la suite de l’histoire, un peu comme dans les séries télévisées. (voir lien ci-contre)

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Le deuxième objectif de ce blog est de permettre la rencontre de l’écrivain que je suis avec un public le plus large possible  à travers le monde. Je présente ici la philosophie qui sous-tend mon œuvre ainsi que mes ouvrages publiés, espérant ainsi faire entendre mon profond respect pour la Vie.  Parce que je ne trouve pas toujours dans l’édition la réponse à mes nombreuses attentes, je mets aussi en ligne des textes inédits en français mais aussi en créole et en anglais afin de les partager avec le plus grand nombre.

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Naviguer dans ce blog au moyen des liens qui sont rangés dans la colonne à droite de la présente page et faites de ce lieu un espace de réconciliation avec la lecture. Témoignez de votre passage en laissant un commentaire.

 

Publié dans : 0 Accueil | le 1 février, 2015 |Pas de Commentaires »

Tèt kolé

Flyers

L’association La Luciole présente « Tèt kolé » la dernière pièce de Charles-Henri MARICEL-BALTUS mise en scène par Harry BALTUS assisté de Nelly BOROMEE

En à peu près une heure trente, dans une ambiance complètement désopilante cette comédie-dramatique vous entraînera à l’intérieur de la société, là où d’ordinaire on se contente de surfer sur l’info médiatique.

Dans une famille un peu déjantée une adolescente, Marly, tente en vain de se faire entendre des siens. Mais seule la rue fera écho à ses appels. Elle glisse et dérape. D’élève en difficulté elle devient délinquante malgré elle. Sa défunte grand-mère semble désormais la seule  à pouvoir l’arrêter dans sa chute mortelle. Mais y parviendra-t-elle ?

Pour tout savoir je vous invite à découvrir cette pièce, à la fois comique et tragique et qui de ce fait donne du plaisir tout en suscitant la réflexion au sujet de problématiques qui sont au cœur de notre société.

La Luciole vous attend, le vendredi 1er mai à 19h à l’espace Yves Rémy à Pointe-Noire, le vendredi 8 mai au Ciné-Théâtre du Lamentin, le samedi 16 mai à la salle Georges Tarer à Pointe à Pitre, le mardi 19 mai à la salle Robert Loyson au Moule, le vendredi 29 mai à l’Auditorium de Basse-Terre. Vous pourrez découvrir les comédiens dans leur rôle respectif :

Neddys DESCOTEAUX, Marly une adolescente

Rosiane JEAN-VOLDEMAR, la mère Doun

Hellin ANGOLE, le père Kòk

Girard JEAN-VOLDEMAR, konpè Wowo un ami de Kòk .

Jean-François ANNEROSE, un jeune en difficulté

Yasmine BALON, Flòr une jeune en difficulté

Ali GAMIETTE, Blokoto un ami de Kòk

Roger MARECHAUX, le Principal

Ingrid BOMBO, le professeur

Turenne RAABON, le commissaire

Alex ALIANE, le médecin

Lucienne JEAN, la grand-mère

La troupe

Publié dans : Non classé | le 29 avril, 2015 |Pas de Commentaires »

Un séjour en enfer

Adaptation de La vie en face

lavieenface.jpg

Ce roman paru aux Editions Ibis Rouge en 2009 raconte les aventures d’une adolescente à la suite d’une mauvaise rencontre sur un réseau social via Internet. Ce récit présente un double intérêt, d’abord  sensibiliser les jeunes enfants contre les dangers des nouvelles technologies et dans le même temps valoriser le rôle de la famille et de l’éducation.

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Chapitre 1 (17/02/2015)

Ce soir là, Marie avait quitté son travail à dix-sept heures et s’était dépêchée de rentrer pour ne pas rater « Richesse et passion », le feuilleton à la mode. Elle n’avait même pas eu le temps de vérifier si Maud était rentrée du lycée car elle s’était immédiatement installée devant son téléviseur. Trois-quarts d’heure plus tard le générique de fin du feuilleton sonna le retour à la réalité pour Marie mais elle avait du mal à quitter son univers parallèle.

Marie : Garce ! Quand à ce Jason, un beau salaud. Bon je ferais mieux d’aller retrouver  ma fille. Maud… Maud !

            Comme celle-ci ne répondait pas, elle se dirigea vers sa chambre. La jeune fille s’y trouvait en effet, en train de « chatter » sur son ordinateur. Sa mère s’avança vers elle, l’embrassa et lui demanda

Marie : Avec qui tu communiques là ?

Maud : La porte, maman ! Tu as laissé la porte ouverte.

            Après avoir refermé la porte, Marie sur un ton un peu plus ferme observa.

Marie : Tu n’as pas répondu à ma question.

Maud : Des amis, maman !

Marie : Des amis ! Quels amis ?

Maud : Tu n’as pas confiance en moi. A quoi penses-tu ?

Marie : Avec tout ce que l’on raconte sur INTERNET, c’est normal que je ne sois pas tout à fait tranquille.

Maud : Tu te fais du souci pour rien maman. Les gens ont toujours quelque chose à raconter sur les jeunes.

Marie : Bon, Bon ! D’accord

            Marie essaya, sans succès, d’établir la conversation tandis que Maud continuait à pianoter tout en cherchant à cacher ses messages. Sa mère à la fin agacée, finit par quitter la pièce laissant sa fille seule avec son e-bande.

         Roger rentrait généralement tard. Ce soir là il arriva vers vingt et une heures, son ordinateur portable dans une main et le téléphone dans l’autre. Il terminait une conversation.

Roger : Bon, je te laisse. On en reparle demain.

            Il se dirigea vers le salon où sa femme regardait la télévision. Il l’embrassa avant de s’installer, à son tour, dans un fauteuil.

 Roger : Très bonne journée ! J’ai conclu deux affaires aujourd’hui. Maud travaille dans sa chambre ?

Marie : Je crois.

Roger : Comment ça, tu crois ?

Marie : Que veux-tu que je te dise. Tu vois bien qu’elle n’est pas là. Elle peut être n’importe où.

Roger : Je ne te suis plus là.

Marie : Avec INTERNET, on n’a pas besoin de quitter sa chambre pour s’échapper.

Roger : Ah j’aime mieux ça. Tu commençais à m’inquiéter. En tout cas je préfère la savoir physiquement dans sa chambre.

Marie : Toi, tout te va, pourvu que ça t’arrange.

Roger : Tu aimes trop dramatiser. Elle n’est pas mieux devant son ordinateur que dehors avec… on ne sait qui ?

Marie : Qu’est-ce que tu sais sur ses sorties et ses fréquentations, puisque tu la vois si peu ?

Roger : Si tu veux faire une histoire ce soir, dis le moi pour …

Marie : Pour que tu retournes d’où tu viens. Au moins toi, tu ne mens pas à la mère de tes enfants, toi !

Roger : Mais qu’est-ce que tu racontes ? Je ferais mieux d’aller prendre une bonne douche.

            Marie, trente sept ans, et Roger la quarantaine, vivaient en union libre depuis quinze ans, l’âge de Maud, leur unique enfant. Ils louaient une villa dans le quartier de la Jaille à Baie-Mahault. Une jolie petite maison avec un beau jardin tout autour.  Roger était directeur commercial dans la société  immobilière qu’il avait montée avec sa famille tandis que sa compagne était employée comme conseillère clientèle dans une banque. Dans une Guadeloupe traversée par de nombreuses crises, le foyer avançait tout en réussissant à éviter les écueils auxquels il était exposé, comme tant d’autres. En réalité la vraie menace venait de l’intérieur car  Roger négligeait son foyer au profit de son affaire.  Pendant ce temps, Maud, en pleine crise d’adolescence, compliquait un peu plus la situation en surfant sur les petits désaccords de ses parents, quant à son éducation. La mère s’inquiétait des changements qu’elle observait chez sa fille, tandis que son compagnon lui reprochait de vouloir tout dramatiser. Finalement le soir, avec l’un encore au bureau et l’autre toujours fourrée dans sa chambre  elle se retrouvait souvent seule avec la télévision, son plus simple moyen d’évasion.

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            Ce matin-là, leur BMW s’enfonçait à une allure modérée dans cette belle forêt  des « Mamelles ». La route qui la traversait et qui justement s’appelait « route de la traversée »,  avait de nombreux avantages. Elle mettait la Côte-sous-le-vent à trois quarts d’heure de Pointe à Pitre alors qu’il en fallait deux fois plus pour contourner le littoral caraïbe par Sainte-Rose. Elle donnait également accès à de nombreuses pistes qui permettaient de visiter les bois qu’elle longeait. Les occupants de la voiture, confortablement installés, profitaient diversement de cette agréable ballade. Roger éprouvait un certain plaisir au volant de son véhicule tout neuf. Marie savourait le paysage qu’elle voyait défiler sous ses yeux. Maud vaquait à ses pensées tout en regrettant qu’on l’ait embarquée, malgré elle, dans cette sortie dont elle se serait bien passée. Soudain ses parents enlevés à leur plaisir secret l’entendirent murmurer.

Maud : Je n’aime pas aller chez grand-mère. Elle a toujours des remarques à me faire,  sur ma façon de m’habiller, sur ma façon de répondre, sur ma façon de m’asseoir  et sur je ne sais quoi encore.

Marie : Je n’aime pas t’entendre parler ainsi de ta grand-mère.

Roger : Mais chérie, détends-toi un peu. Elle n’a rien dit de mal

Marie : Soutiens-la toi et lorsqu’elle tournera mal tu vas me le reprocher à moi.

Roger : Je ne sais pas ce que tu as mais depuis quelque temps je te trouve bizarre.

Marie : Moi bizarre ? Bon restons-en là. On va bientôt arriver chez maman, ce n’est pas le moment de se chamailler.

          Une demi-heure plus tard ils traversaient le bourg de Pointe-Noire et se dirigèrent vers Kòlbo. En voyant la voiture s’arrêter devant chez elle, Yaya se mit debout péniblement et se rapprocha de la balustrade sur laquelle elle prit appui pour mieux porter son regard sur ceux qui descendaient du véhicule. A soixante-dix-sept ans sa vue la trahissait par moments, mais ce jour là elle lui renvoya parfaitement l’image de ses enfants. En claudiquant légèrement elle alla à leur rencontre, sa joie à peine contenue.

Man Ya : Eh bien ! Je ne pensais pas vous voir aujourd’hui. Mais vous auriez dû m’appeler, je vous aurais préparé une bonne chose.

Marie : Te connaissant je ne serais pas étonnée de trouver quelque trésor caché dans ta cuisine.  Je vais me rendre compte par moi-même.

            Tandis que Roger et Maud s’installaient sous la petite véranda, Marie partit inspecter la cuisine. Elle ne tarda pas à tomber sur un blaff qui lui mit l’eau à la bouche.  ls mangèrent tous les trois avec appétit pendant que Yaya leur contait les dernières nouvelles du quartier.

Man Ya : Lundi dernier, il y a eu une descente de police ici. Mon Dieu ! Il fallait voir ça, toute une armée.

Marie : Et qu’est-ce qu’ils cherchaient ?

Man Ya : De la drogue ! Que veux-tu d’autre ? Même les filles en consomment maintenant

          Maud sentit le regard de sa grand-mère peser sur elle, la mettant mal à l’aise. Elle avait hâte qu’elle laisse tomber sa remarque pour la libérer de cette impression gênante qui l’enrageait au point de détester cette visite. Mais Yaya ne fit aucune autre remarque et Roger dut relancer la conversation.

Roger : Et qu’ont-ils trouvé ?

Man Ya : De l’herbe, mais aussi des armes et des objets volés. Mon Dieu ! Un petit coin où l’on vivait si bien ! Maintenant, on vit dans l’inquiétude. Mes enfants, je vous le dis sincèrement, il est temps que j’aille reposer mes vieux os.

Roger : Qu’est-ce que tu racontes, man Ya ?

Man Ya : Mon cher Roger. J’ai eu sept enfants que j’ai élevés toute seule à une période où la vie était très dure. Dieu en a rappelé quatre à lui. Avec les trois autres, nous n’avons pas toujours mangé à notre faim mais aucun ne m’a fait honte… Je ne comprends rien à ce monde… Et puis de toute façon, les vieux dans cette société n’ont plus leur place.

Marie : Maman ! Tu dis n’importe quoi.

Man Ya : Je sais ce que je dis. En tout cas vous avez intérêt à faire très attention avec mademoiselle Maud. Je vous trouve vraiment trop mou avec elle. Vous la laissez vous répondre n’importe comment et un de ces jours vous ne serez même plus en mesure de la reprendre.

Maud : Enfin nous y voilà ! (en murmurant pour ne pas être entendue). Elle a mis du temps mais elle a fini par y arriver. Je ne comprends pas pourquoi elle me déteste ainsi. Qu’est-ce qu’elle aurait voulu ? Que je vive comme elle, que je parle comme elle ou que je boite comme elle ?

Marie : Maman Maud est ma fille. Laisse-moi m’occuper de son éducation s’il te plait !

Maud  sursauta lorsqu’elle entendit sa mère prononcer son nom.

        Ils passèrent l’après midi avec Man Ya et reçurent la visite du grand frère de Yaya, Chocho, bon pied bon oeil, en dépit de son grand âge. On parla beaucoup de l’affaire qui alimentait toutes les conversations à Kòlbo et on insista sur l’arrestation des « petits délinquants » de Madame untelle et de la fille de l’enseignant M Tintin.  On parla beaucoup de la déchéance de la jeunesse. Des propos qui ne firent qu’agacer Maud qui se voyait perdre son temps à écouter des balivernes plutôt que de surfer sur son ordinateur.

            Aussi, quand vers la fin de l’après-midi ses parents annoncèrent, enfin, qu’il était l’heure de rentrer, ce fût un véritable soulagement pour elle. Il était dix-huit heures lorsqu’ils  prirent congé de Man Ya. Pendant tout le trajet du retour, Maud qui ne souhaitait être mêlée à aucune conversation ferma les yeux et trouva refuge dans un état qui laissait à penser qu’elle dormait mais ne la mettait pas à l’abri  des propos échangés par ses parents.

Marie : Tu devrais passer un peu plus de temps avec ta fille. C’est une adolescente maintenant et elle a, plus que jamais, besoin d’être accompagnée. J’ai de plus en plus de difficultés à communiquer avec elle et cela m’inquiète avec tout ce qui se passe dans ce  monde dangereux.

Roger : C’est certainement l’affaire de Kòlbo qui te perturbe, mais il ne faut pas te prendre la tête avec ça.

Marie : C’est tout ce que tu trouves à me répondre ?

Roger : Toi même, tu dis que Maud est une adolescente maintenant. Tu ne veux quand même pas qu’elle soit à tes pieds comme lorsqu’elle avait quatre ans.

Marie : Je me demande si tous les pères sont aussi blasés que toi.

Roger : Je ne suis pas blasé mais je refuse de me torturer l’esprit pour rien. Qu’as-tu à reprocher à Maud jusqu’à maintenant ?

             Ne voyant pas d’issue à leur conversation et pour éviter de réveiller l’intéressée, la jeune femme préféra jeter l’éponge. Après s’être enfoncée dans son siège, elle tourna la tête vers l’extérieur et regarda la forêt se dissoudre dans l’obscurité que la nuit avait commencée à répandre dans le bassin caribéen.

Chapitre 2 (24/02/2015)

Installée devant son ordinateur, Maud avait, une fois de plus, délaissé le réel pour le monde virtuel. Depuis quelle heure chattait-elle sur le Net ? Une heure, deux heures, trois heures ? Cela de toute façon ne semblait avoir aucune importance. Enfermée dans sa chambre, elle pouvait y passer toute la nuit. Marie à la fin, pour se rassurer s’était efforcée d’admettre qu’après tout leur fille était plus en sécurité dans sa chambre que dehors. Minuit passa sans même prendre la peine de se signaler, tandis que Maud pianotait inlassablement sur son clavier. Elle conversait avec un garçon qui se faisait appelé Phil et qu’elle avait croisé sur la toile quelques semaines plus tôt.

Ils communiquaient régulièrement, échangeant, photos, idées et opinons, de sorte qu’ils avaient l’impression de bien se connaître. Phil avait bien tenté une rencontre réelle mais Maud voulait faire durer encore le charme de la relation virtuelle dans laquelle elle trouvait un certain romantisme.

Ce jour-là ils terminaient une discussion sur la relation entre les jeunes et les adultes.

Phil : Les adultes sont aussi responsables du monde qu’ils nous ont fabriqué et nous ont légué. Evidemment ils ne l’admettront jamais et pour se donner bonne conscience, ils nous accusent de tous les maux.

Maud : Je trouve tes positions vis-à-vis de nos ainées un peu trop extrémistes.

Phil : En tout cas ils sont mal placés pour nous faire une quelconque leçon.

Maud : Pourquoi dis-tu ça ?

Phil : Ils sont loin d’être aussi vertueux qu’ils veulent bien le faire croire et je trouve qu’ils devraient d’abord s’en prendre à eux au lieu de passer leur temps à nous disputer.

Maud : Je suis loin d’être d’accord avec ta remarque, mais lorsque je pense aux incessants reproches de ma grand-mère je pense en effet que s’ils la bouclaient plus souvent on s’en porterait certainement mieux.

Phil : Eh bien tu vois, nos idées convergent.

Maud : En tout cas plus sur la forme que sur le fond.

Phil : Qu’importe !

La jeune fille avait fini par accepter de rencontrer le jeune homme qui, il est vrai, ne s’était pas ménagé pour parvenir à ses fins. Ce jour-là, séchant un cours, elle s’était rendue vers quinze heures, devant le cinéma, leur lieu de rendez-vous. Vêtue d’un pantalon taille basse et d’un corsage qui épousait parfaitement son corps, elle s’était voulue très séduisante pour cette  première sortie en amoureux. Néanmoins, le sentiment de franchir une limite à l’insu de ses parents faisait planer sur sa conscience une ombre culpabilisante.

En reconnaissant, spontanément, le garçon qui s’avançait vers elle, ses inquiétudes s’évaporèrent. Un coup d’œil avait suffi à la rassurer. Il était comme elle l’avait imaginé à partir des images qu’ils avaient échangées sur le Net, c’est-à-dire beau, de taille moyenne mais bien bâti. Il était vêtu d’un grand short et d’un tee-shirt  tout aussi large. Il avait de longs cheveux ceints par un bandeau. Maud n’osa même pas imaginer la tête que ferait man Ya si elle la voyait en compagnie d’un garçon ainsi accoutré.

Phil : Bonjour, je ne suis pas trop en retard ?

Maud : Non, je viens d’arriver

Phil : Tu es  exactement comme je l’avais pensé.

Maud : Comment suis-je ?

Phil : Une très belle jeune fille qui mélange avec subtilité coquetterie et simplicité.

Maud : Merci

Phil : J’ai déjà les tickets. Si on entrait ?

Maud : D’accord.

            La salle était presque vide, ils n’eurent aucune difficulté à trouver deux sièges isolés. Maud, à l’abri des regards indiscrets, se sentit tout de suite plus en sécurité et put alors se détendre. Pendant le film ils conversèrent à voix basse La jeune fille parla de l’école, de ses parents, de sa grand-mère qui la harcelait tandis que Phil dévoila sa passion pour la musique et le jet-ski.

Après le film, Maud, pour éviter de tomber sur quelque connaissance, préféra ne pas traîner devant le cinéma. Elle devait, en outre,  rejoindre sa mère pour rentrer à la Jaille. Phil qui aurait souhaité prolongé leur rencontre fut un peu déçu mais ne le montra pas à la jeune fille.

Phil : A toute à l’heure sur le net, et … il nous faut remettre ça dès que possible.

Maud : D’accord, à tout à l’heure

            En voiture elle fut très peu bavarde et une fois arrivé à la maison elle s’enferma dans sa chambre au grand désarroi de Marie qui une fois de plus guetta le retour de Roger pour lui en parler.

Roger : Bonsoir chérie

Marie : Bonsoir Roger

Roger : Il y a un problème

Marie : Non mais je voudrais que tu ailles parler à Maud.

Roger : A propos de quoi ?

Marie : Tu trouves ça normal qu’elle s’enferme dans sa chambre tous les soirs.

Roger : Mais Marie, toutes les adolescentes font la même chose.

Marie : Toutes les adolescentes peut-être. Cela regarde leurs parents. Moi je n’aime pas voir ma fille se comporter comme ça.

Roger : Marie tu oublies que Maud est en âge d’avoir un petit flirt.

Marie : Quant à ça je ne veux même pas en parler !

Roger : Eh bien justement tu devrais commencer à y penser.

Et une fois de plus, ils se séparèrent sans avoir pu s’accorder sur ce problème.

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Les jeunes gens, se revirent une seconde fois à peu près dans les mêmes conditions. Mais pour leur troisième rendez-vous Phil avait voulu que les choses se passent autrement. Il lui avait d’ailleurs annoncé qu’il allait lui faire une grande surprise. Après s’être retrouvés, ils marchèrent avant de s’arrêter à hauteur d’une petite voiture cabriolet toute neuve. Comme un gentleman Phil lui ouvrit la porte très cérémonieusement et  l’invita à prendre place. La surprise l’avait presque rendue muette mais elle trouva assez de force pour lui demander.

Maud : Comment ! Tu as ton permis ?

Phil : Oui ! Je l’ai passé à seize ans mais j’ai dû me contenter de conduire avec mon père tant que je n’avais pas atteint l’âge de  la  majorité.

Maud : Ca ne te gêne pas de te faire voir en compagnie d’une fille mineure ?

Phil : Une mineure, toi ? Tu as beaucoup plus d’allure que bien des filles de mon âge. Et puis tu sais, moi même, je suis encore très loin de l’adulte que tu t’imagines.

Maud : Où va-t-on ?

Phil : Je t’emmène faire un tour c’est la deuxième surprise de la journée.

Maud : Il faut que je sois de retour pour dix-sept heures.

Phil : Ne t’inquiète pas, nous avons le temps.

Ils prirent la route de l’hôpital et se dirigèrent vers Besson, petite section Abymienne, située à proximité de Pointe A Pitre. Dix minutes plus tard ils s’engagèrent dans un petit chemin de terre qui conduisait à une villa, devant laquelle ils s’arrêtèrent. Maud, qui jusque là s’était laissée conduire par les évènements reprit le contrôle de la situation. Quand Phil l’invita à descendre, méfiante, elle hésita.

Phil : Mais tu n’as rien à craindre, c’est chez moi ici.

Maud : Je ne t’ai jamais dit que je voulais venir chez toi. Que penseront tes parents en me voyant débarquer sans avoir été invitée ?

Phil : Ils ne sont pas là.

Maud : Tu veux dire qu’il n’y a personne ?

Phil : Je pense que mon père ne va pas tarder à rentrer.

Maud : Tu penses ?

Phil : Maud, je voulais simplement te montrer où j’habite, sans aucune arrière pensée. Mais je te comprends, si tu ne veux pas entrer, on peut repartir. Cela ne me dérange pas.

Maud : Bon puisque l’on est déjà là, on y va mais on ne reste pas longtemps.

Phil : Comme tu voudras Maud. Quand tu seras prête pour repartir tu n’auras qu’à me le dire.

 Il lui fit faire le tour du jardin avant de pénétrer dans la maison. L’adolescente, conduite par son éducation, se tenait néanmoins sur ses gardes, mais Phil se montra très poli. Après une brève visite des lieux, ils pénétrèrent dans une pièce qui n’était pas étrangère à Maud.

Maud : C’est la chambre d’où tu me causes

Phil : Tu l’as reconnu ! C’est bien.

Maud : Ce n’était pas très difficile. Oh, une guitare ! C’est la tienne ?

Phil : A qui veux-tu que ça soit d’autre ?

Maud : Je ne sais pas moi. Tu sais jouer ?

Phil : Bien sûr. Tu veux que je te joue quelque chose ?

Maud : Ben… Oui.

Le garçon saisit l’instrument et interpréta une courte partition qui enchanta son auditrice. L’atmosphère se détendit spontanément et Maud se sentit presque à son aise dans cette chambre qu’elle avait le sentiment de partager, virtuellement, depuis quelques temps avec ce garçon. La conversation s’établit alors naturellement, franche et intéressante, comme d’habitude. Le garçon, se dévoilant un peu plus, apprit à sa compagne que sa mère l’avait abandonné à l’âge de dix ans et qu’il vivait avec son père. Cette confession émut la jeune fille et lui fit baisser sa dernière garde. Ils parlèrent de choses et d’autres et quand vint l’heure c’est Phil qui annonça le moment du départ pour être à dix-sept heures à Pointe A Pitre. Maud, émergeant de ses rêves, tourna la tête vers lui et lui dit :

Maud : Ça a du être dur pour toi.

Phil : Surtout au début. Il faut bien apprendre à faire seul quand on ne peut pas faire autrement.

Maud : Je t’aime Phil

Phil : Moi aussi, je t’aime… Bon il nous faut partir car il sera bientôt dix-sept heures

Maud : Déjà ! J’ai l’impression que le temps passe plus vite quand nous sommes ensembles.

Phil : Un jour viendra où nous aurons tout notre temps à nous.

Maud : Il t’arrive d’y penser

Phil : Je ne fais pas que d’y penser. J’en rêve.

Maud ne répondit pas mais lui tendit ses lèvres et ils s’embrassèrent affectueusement.

Elle fut à l’heure pour rentrer avec sa mère. Arrivées à la maison, l’une s’enferma dans sa chambre pour déguster secrètement son bonheur tout chaud tandis que l’autre prenait place devant le téléviseur pour son voyage quotidien dans le rêve américain.

Ce même soir, à Pointe A Pitre dans un appartement saturée par la fumée de trois cigarettes Phil en compagnie de deux autres garçons de son âge discutaient autour d’un verre. Il parlait précisément de Maud

Juan : Pardonne-moi mais je trouve que tu n’avance pas avec cette fille.

Phil : Avec elle il faut que je ménage mon souffle car la poursuite s’annonce plus longue que prévue. C’est encore une petite fille qui est toujours sous l’emprise de ses parents.

Marco : Je te fais confiance car je sais que tu as l’art et la manière

Phil : Il me faut juste un peu plus de temps.

Juan : Ce serait dommage tout de même de la laisser s’échapper.

Phil : S’échapper ! Il n’en est nullement question. Je la veux cette petite

Marco : Mais Juan, Phil sait très bien ce qu’il fait ;

Juan : J’espère car je ne l’avais jamais vu se conduire ainsi.

Phil : comment je me conduis ?

Juan : On dirait que tu as peur d’avancer.

Phil : Tu aurais du te charger de cette affaire toi-même si tu savais que tu allais mieux te débrouiller que moi.

Juan : Je n’ai jamais dis ça.

Marco : Bon ça suffit vous deux. L’important c’est de réussir.

Phil : Je crois bien.

Juan : Bon d’accord. Si vous le dites.

Marco : Trinquons donc à notre succès

Dans le fond ils étaient tous convaincus que la poursuite une fois lancée n’allait se terminer qu’avec la capture de la petite Maud.

Chapitre 3 (publication le 03/03/2015)

Marie délicatement fouillait dans tous les coins et les recoins de la pièce dans l’espoir de tomber sur un quelconque indice qui la mettrait sur un début d’explication du comportement anormal de sa fille. Après une heure de recherche infructueuse, elle s’assit sur le lit pour réfléchir.

Elle essayait de se forger une explication à la soudaine transformation de son enfant.

Marie : Etait-ce possible qu’en si peu de temps elle ait à ce point grandi ?… Entre nous, il y avait toujours eu une grande complicité au point où il nous arrivait même parfois d’échanger des petits secrets… Si l’adolescence en est pour quelque chose mais je ne me souviens pas d’avoir eu de telles attitudes qui de toute façon auraient été impossible chez man Ya… S’enfermer dans sa chambre, ne pas répondre quand on vous appelle. Entrer et dire tout juste bonjour avant de s’éclipser. S’arranger pour ne pas manger avec tout le monde… Non, soit man Ya m’aurait tuée, soit c’est elle qui serait morte en faisant une congestion… Avec la télé, au moins, on pouvait se retrouver devant un film, un feuilleton ou une quelconque émission. Mais avec cet appareil c’était exactement comme si elle fuguait. On avait l’impression qu’en se connectant elle passait par une fenêtre pour se retrouver ailleurs… Et cet ailleurs pouvait être n’importe où… Je me souviens de ces photos pas très catholiques qui circulaient sur leur maudit web… Et puis là on peut faire n’importe qu’elle rencontre… Le pire dans tout ça c’est que je ne peux rien contrôler… Mais on ne peut quand même pas les priver des outils de leur époque… Mon Dieu comme la vie est devenue compliquée !… C’était encore plus difficile lorsque l’on ne peut même pas partager ses inquiétudes avec son compagnon… Et si j’en parle avec Man Ya ce serait pire. Le monde a évolué trop vite et les gens de sa génération sont complètement largués… Quant à ma sœur, elle a déjà son compte avec ses deux enfants qu’elle élève toute seule dans un Paris où la situation doit être pire qu’ici.

Elle prit soin de tout remettre en place pour ne laisser aucune trace de son passage et éviter ainsi un autre sujet de discorde avec sa fille dont la chambre était devenue son territoire sacré, un sanctuaire que personne ne devait violer.

Les jours passèrent et Marie, un après-midi qu’elle ne travaillait pas alla de nouveau fureter dans la chambre de sa fille. Et ce jour-là elle finit par tomber sur quelque chose. Un courrier que le lycée lui avait adressé et qui ne lui était jamais parvenu. On lui demandait d’entrer en contact avec l’établissement.

Marie : Je me doutais bien qu’il se passait quelque chose… Je tiens enfin la preuve qu’elle nous cache quelque chose… je ne sais pas quoi. Mais je ne tarderai pas à le savoir… En tout cas avec ça Roger ne pourra plus faire la sourde oreille.

Les pensées les plus sombres affluèrent dans sa tête au point de lui déclencher un mal de crâne. Elle avait l’impression de se trouver face à un vide dans le quel elle allait être précipitée à tout moment. Il lui fallait vite trouver une issue pour sortir de ce cauchemar qui cherchait à lui imposer ses voies.  Elle s’assit dans le salon, prit machinalement la commande de la télé et se mit à zapper sans jamais parvenir à trouver une émission ou un film pour capter son attention. Le temps passa et alternant parfois avec l’inquiétude, un sentiment de colère l’envahissait, le temps de nourrir quelque éphémère besoin de châtiment. A partir de ce moment là, Marie se mit à attendre impatiemment sa fille pour solder les comptes et la remettre une fois pour toutes à sa place.

Marie : Si je n’avais pas trop honte j’aurai appelé le Lycée et demandé à parler à ce professeur… Et Roger qui ne rentrerait pas avant vingt heures comme d’habitude… Non pas ce soir ! Il faut qu’il rentre tout de suite pour que l’on prenne une décision avant le retour de Maud.

Elle se précipita sur le téléphone :

Marie : Allo Roger c’est moi !

Roger : Je te rappelle dans cinq minutes

Marie : Non ! C’est très grave. Il s’agit de Maud

Roger : Qu’est-ce qu’elle a ?

Marie : Je ne peux pas t’expliquer au téléphone, il faut que tu viennes tout de suite.

Roger : J’arrive

Roger imaginant le pire franchit la distance en un laps de temps et fit sursauter Marie en tournant la clef dans la serrure. Craignant de voir apparaître Maud, elle fut soulagée en voyant son compagnon.

Roger : Que se passe-t-il ?

Marie : Tiens. Regarde !

Roger : Eh bien quoi ?

Marie : Elle ne nous en avait jamais parlé.

Roger : Pour ça, tu m’as fait quitter mon travail !

Marie : Ca, tu dis ! Mais tu es aveugle pour ne pas voir la réalité.

Roger : Ma chère Marie je ne vois pour le moment qu’une seule réalité, celle d’une femme paranoïaque qui me fait rappliquer en catastrophe pour un billet avec moins de dix mots.

 Marie, tendue à l’extrême, s’apprêtait à décocher sa réplique telle une flèche empoisonnée lorsqu’elle perçut le bruit de la clef dans la serrure.

 Maud les trouva debout au milieu de la pièce et leur demanda,

Maud : Que se passe-t-il ? Vous êtes en train de vous disputer ?

Roger : Non pas du tout ! Nous discutions à propos de ça.

Maud : C’est quoi ?

Roger : Tiens !

Maud : Ah oui, c’est le professeur d’espagnol qui avait souhaité rencontrer les parents pour discuter sur le financement d’un voyage au Mexique, l’année prochaine.

Marie : Pourquoi, alors, ne nous as-tu jamais donné ce billet?

Maud : Je… je ne voulais pas vous parler de ça.

Roger : Et pourquoi donc?

Maud : L’ambiance dans cette classe ne me plait pas du tout et je n’ai aucune envie de faire un voyage dans ces conditions. Je préfère encore partir avec vous.

Marie : Tu préfères partir avec nous ?

Roger : Ma chérie, tu n’es plus une petite fille et il faut que tu commences à te détacher un peu de nous.

Maud : Je sais mais…

Roger : Nous en parlerons une autre fois. Il faut maintenant que je me sauve car j’ai du travail qui m’attend, contrairement à d’autres qui ont du temps à perdre..

Puis il sortit en claquant la porte.

Maud : Il doit avoir une bonne raison pour être aussi énervé.

Laissant sa mère plantée au milieu du séjour, elle s’enferma dans sa chambre.

Marie : Quel toupet. Non seulement elle ment mais elle se moque de la situation en plus.

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Quelques jours plus tard Maud et Phil se retrouvèrent dans la fameuse villa où ils avaient pris l’habitude de se réfugier pour cacher leur amour.

Phil : Regrettes-tu ?

Maud : Non !

Phil : Es-tu heureuse ?

Maud : Oui

Phil : Pourquoi es-tu si peu bavarde alors ?

Maud : J’ai peur.

Phil : De quoi as-tu peur ?

Maud : De tout, … de rien, … je me demandais, combien de fille as-tu déjà connu ?

Phil : Si je te disais que tu es la première, tu ne me croirais pas. Mais en revanche je te demande de me croire quand je te dis que tu es tout ce qui compte pour moi et que désormais le passé m’importe peu.

Maud : Je pense aussi à mes parents et je me demande comment je vais pouvoir les regarder en face ?

Phil : Je te comprends Maud, mais il ne faut pas te culpabiliser. Le plus important dans tout cela, c’est l’amour qui seul peut donner tout son sens à cet acte merveilleux. Et je peux te dire sans le moindre doute que je t’aime.

Maud : Je t’aime moi aussi Phil.

Un sentiment de bonheur lui emplit le cœur au point  de la faire monter sur un nuage qui l’emporta dans le monde enchanté de l’amour. Une heure plus tard Phil la déposait, très discrètement,  à l’entrée de son quartier.

Maud s’était dépêchée de rentrer avant sa mère afin de mieux gérer la situation. Après s’être changée, elle s’installa dans le salon.

Marie, en rentrant, fut très étonnée de la trouver à la télé et s’empressa de lui demander. 

Marie : Mais, que fais-tu là ?

Maud : Ben, je regarde la télé maman.

Marie : Je vois, … mais ça faisait si longtemps. Ca va ?

Maud : Oui maman, ça va.

Marie : Ma chérie, tu es sûre que ça va ?

Maud : Je ne comprends pas pourquoi tu insistes tant ?

Cette fois elle ne la défia pas du regard comme elle se plaisait à le faire ces derniers temps. Marie remarqua ce changement de comportement, son cœur se crispa mais elle parvint à se retenir. Son instinct de mère ne pouvait se tromper. Elle sentait que sa fille lui communiquait une information non verbale mais qu’elle n’arrivait pas à décoder. C’était épouvantable de sentir son enfant, peut être en danger sans que l’on puisse lui venir en aide. Qu’est-ce qui pouvait bien la menacer au point de franchir la distance qui les séparait, ces derniers temps, pour venir chercher refuge auprès d’elle ? Elle était persuadée qu’elle ne se trouvait pas là par hasard. Il fallait coûte que coûte qu’elle trouve quelque chose à lui dire sans l’effaroucher. Comme rien ne lui venait à l’esprit, elle eut l’impression que la question était partie toute seule lorsqu’elle lui demanda

Marie : As-tu un petit copain ?

Maud : Pourquoi me demandes-tu cela ?

Marie : Parce que tu deviens une jeune fille que les garçons commencent à regarder et à désirer.

Paniquée à l’idée que sa mère soit au courant de sa relation avec Phil et qu’elle cherchait à la faire avouer elle ne sut quoi répondre tandis que Marie, encouragée par son silence poursuivait :

Marie : Le rôle d’une mère qui elle-même a été jeune fille c’est de prévenir son enfant contre les pièges qui jalonnent la vie de l’adolescente.

Quand j’avais ton âge le monde était moins dangereux. La seule crainte que l’on avait c’était de se trouver enceinte et d’être abandonnée. Aujourd’hui si cette menace s’est quelque peu éloignée avec l’émancipation de la femme et les moyens contraceptifs, elle a été remplacée par d’autres maux beaucoup plus graves tels que le SIDA et la drogue pour ne citer que ceux-là.

Sida, drogue, c’était les mots de trop qui firent déborder son cœur. Surprenant sa mère, elle sortit brutalement de son silence pour réagir avec une violence à peine contenue.

Maud : Vous les adultes, vous voyez le mal partout. Le SIDA, la drogue, vous n’avez que ces deux mots à la bouche, pourtant c’est bien ceux de votre génération qui les ont introduits dans ce monde.

Marie : Mais je n’ai accusé personne !

Maud : Je sais ce que tu penses car tu es comme ta mère. Vous pensez tout en mal. Elle a fini par t’entraîner dans sa croisade contre les jeunes, mais elle ferait mieux de s’occuper de sa santé plutôt que de s’inquiéter de mon avenir.

Marie : Maud ! Je t’interdis de parler ainsi de ma mère !

Maud : Tu vois, tu es vexée. La vérité t’a offensée

Marie : Je t’assure Maud, je n’avais aucun arrière pensé.

Marie : Tu es comme tous les adultes, des hypocrites et des menteurs.

Marie ne put se contenir d’avantage et la gifla. La jeune fille, piquée comme un ballon remplit d’eau, éclata en laissant couler ses larmes avant de se retirer dans sa chambre et de s’enfermer à double tour. Marie, comme paralysée, n’osait plus bouger de sa place et la bulle  d’émotions qui l’étouffait éclata à son tour. Ses yeux se remplirent de larmes jusqu’à ce que le trop plein se déversât sur son visage empreint de douleur. Tandis que son cœur s’allégeait, son esprit se vida et elle s’installa dans une torpeur qui la mettait temporairement à l’abri des maux qui la torturaient. C’est dans cet état que Roger la trouva en entrant.

Roger : Qu’est-ce que tu fais dans le noir ? Ca ne va pas ?

Marie : Ca va, je suis juste un peu fatiguée. Je me relaxais et j’ai dû prendre sommeil.

Roger : Maud est dans sa chambre ?

Marie : Oui. Oui elle est dans sa chambre.

Roger : Tu t’inquiètes toujours autant pour elle, hein ?

Marie : Non, là ça va.

Roger : Tu es sûre ?

Marie : Oui je t’assure que ça va.

Roger : Bon il me faut absolument boucler une affaire pour demain, je m’enferme dans mon bureau une petite heure et dès que j’aurai terminé je te rejoindrai pour le dîner.

Marie : Tu peux prendre ton temps car je n’ai pas faim ce soir.

Roger : Ah bon ! Tu devrais peut-être consulter ton médecin car ça n’a pas l’air d’aller.

Marie : Ca ira mieux demain. Je suis juste un peu fatiguée.

Roger : Eh bien ne reste pas là. Va t’allonger.

Il s’éclipsa sans attendre sa réaction.

@

Les jours passèrent et Maud continuait à s’enfoncer dans son aventure tout en faisant attention de toujours éviter ses parents et en particulier sa mère. Mais dans le fond quelque chose la gênait dans l’attitude de Phil et un jour dans leur nid d’amour elle ne put s’empêcher de lui faire la remarque qu’elle avait sur le cœur.

Maud : Cela fait quatre mois que je viens chez toi et je n’ai jamais vu ton père. Je trouve bizarre qu’il ne soit jamais là.

Phil : En ce moment, il est en Afrique.

Maud : Il voyage beaucoup. Qu’est-ce qu’il fait comme travail ?

Phil : Il est dans le commerce international et travaille à son compte. Il va partout à la recherche de nouveaux produits qu’il essaie ensuite de placer sur le marché Antillo-Guyanais.

Maud : Ca à l’air intéressant.

Phil : Ca dépend pour qui.

Maud : Pour lui bien sûr et pour toi aussi. Après tout tu es un homme maintenant et tu n’as plus besoin de la présence, plutôt  embarrassante, d’un parent. Et de toute façon si tu t’ennuyais, tu trouverais toujours quelqu’un pour meubler ta solitude, comme en ce moment.

Phil : Maud ne dis pas de sottise. Tu sais bien que je t’aime.

Maud : Pourquoi devrais-je te croire ? Je suis peut être tout juste désirable comme me l’a fait comprendre ma mère l’autre jour.

Phil : Maud, voyons ! D’abord quand mon père n’est pas là, je suis sensé vivre chez ma grand-mère qui n’est guère plus muette  que la tienne. Alors quand j’étouffe je viens ici, histoire de souffler un peu.

Maud : Je suis désolée, mais ce n’est pas facile pour moi non plus de rester zen entre mes parents qui ne me comprennent plus et toi que je ne comprends pas toujours.

Phil : Ma chérie, bien que je n’aime pas revenir sur mon passé, je vais te raconter mon histoire personnelle pour que tu me connaisses mieux.

Quand mon père et ma mère se sont séparés j’avais à peine dix ans. Souvent, quand les parents divorcent, ils se battent pour avoir la garde de leurs enfants mais ce ne fut pas le cas pour moi car je me suis retrouvé chez une tante paternelle qui avait un fils de mon âge. Ils habitaient la banlieue parisienne, dans un quartier difficile. Comme elle n’était presque jamais à la maison, nous passions la plupart de notre temps dans la cité à fréquenter des jeunes organisés en bandes. A la fin nous avons fini par en intégrer une.

Maud : Et que faisait cette bande ?

Phil :   Nous commettions quelques petits larcins mais rien de bien grave.

Maud : Ah bon !

Phil : Au début nous ne volions d’ailleurs que nos propres camarades.

Maud : Et après ?

Phil : Le temps passant, nous avons fini par changer de catégorie. Mais si tu veux je peux m’arrêter

Maud : Non. Continue !

Phil : Un jour, surpris par une patrouille de police en plein cambriolage,  quelqu’un a fait feu et un policier a été blessé. Nous nous sommes tous retrouvés en garde à vue et certains ont été condamnés. Ma tante m’a accusé d’avoir entraîné son fils et m’a chassé de chez elle. J’ai vécu un an dans un foyer à Paris avant de rejoindre mon père ici où j’ai été placé chez ma grand-mère. C’est là que j’ai appris que mon père envoyait beaucoup d’argent à ma tante pour s’occuper de moi convenablement. Je ne sais pas ce qu’elle en faisait mais je n’en ai jamais vu la couleur.

Maud continuait à écouter mais la voix lui semblait venir d’un autre monde. Elle dut faire un effort pour revenir dans la réalité quand elle comprit que Phil arrivait à la fin de son détour dans son passé tumultueux

Phil : Tu comprends maintenant pourquoi je me méfie tant des adultes. Ici comme en Métropole ils ne pensent qu’à vivre leur vie. Ils passent  la majeure partie de leur temps à faire la course au travail et à rêver de je ne sais quoi devant la télévision. Et s’ils ont des échecs ce n’est jamais de leurs fautes, mais au contraire c’est toujours celles des autres.

La jeune fille était atterrée par les confidences du garçon. Elle prenait tout à coup conscience des dangers du monde et pouvait presque entendre les mises en garde de sa mère et de sa grand-mère. Elle eut peur, peur de quelque chose qu’elle ne définissait pas encore. Elle voulut réagir mais ne sut quoi faire. Phil ressentit son malaise  et lui prit  délicatement les mains dans le but de l’apaiser et de la rassurer. Elle ferma les yeux et cessa de réfléchir. Lorsque le garçon recommença à parler, avec une grande solennité, sa voix sembla émerger d’ailleurs.

Phil : Tu ne dois pas avoir peur car le garçon paumé que les adultes ont fabriqué n’existe plus. Je me suis pris en main et je me suis tiré de là.

Maud : Et ton père ?

Phil : Mon père, … il m’aide financièrement. Pour le moment ça me va bien.

Phil finit par l’apaiser et par lui faire oublier pour un temps les pensées déstabilisantes qui s’étaient fixées en elle. Une demi-heure plus tard, ils refirent surface et Maud s’étonna.

Maud : Tu as vu l’heure ! Il faut que je rentre maintenant. Tu me ramènes ?

Phil : Et si tu restais cette nuit avec moi?

Maud : Quoi ? Tu perds la tête !

Phil : C’était pour plaisanter, allons-y !

Maud avant de rentrer s’efforça de gommer toute trace d’inquiétude pour ne pas attirer l’attention de ses parents. En réalité elle était très anxieuse et ne put trouver le sommeil. Toute la nuit elle repassa dans sa tête la confession de son copain, imaginant le pire.

Maud : Et si Phil ne m’avait pas tout ditIl y avait tant de zones d’ombre dans sa vie, ce père fantôme, cette voiture neuve, cette maison sans occupant, cette mère indigne… Et si tout était faux. S’il avait inventé tout ça. Mais dans quel but ?… Mon Dieu, Je n’ose même pas imaginer la suite et les conséquences pour moi d’abord, mais aussi pour mes parents.

Ces interrogations tournèrent en boucle dans sa tête durant toute la nuit. Au petit matin, épuisée, elle se réfugia dans son amour pour Phil, y trouva la paix et s’endormit.

Chapitre 4 (publication le 10/03/2015)

Le vingt-et-un mars, la date de l’anniversaire de Maud, la famille avait pris l’habitude, chaque année,  d’organiser une petite fête à laquelle étaient conviés leurs amis intimes. Mais cette année deux-mille-trois, pour les seize ans de l’adolescente, Marie, cherchant à ressouder la famille et retrouver la confiance de sa fille, avait eu une idée qu’elle leur suggéra un soir.

Marie : Ça vous dirait un week-end à Saint-Martin pour les seize ans de Maud ?

Roger : Ce n’est pas une mauvaise idée. J’ai bien besoin d’un peu de répit.

Marie : Qu’est-ce que tu en penses Maud ?

Maud : Ça me va parfaitement car cette année je n’avais pas spécialement envie d’avoir du monde à la maison.

Marie : Eh bien, nous n’avons plus qu’à préparer ça.

Ils prirent l’avion le vendredi en fin d’après-midi et, à l’aéroport de Grand case, ils louèrent un véhicule puis se dirigèrent vers la Baie Nettlé où ils avaient réservé dans un petit hôtel sympathique que Roger connaissait bien. Ils choisirent deux chambres qui communiquaient entre elles par une porte intérieure. Une fois installés, ils n’eurent qu’une envie, aller se détendre dans la piscine. Il n’y avait pas foule et l’eau, chauffée naturellement à l’énergie solaire était tiède à point. Elle semblait avoir gardé ce pourvoir secret de purifier l’esprit en même temps que le corps. En effet après dix minutes dans la piscine, voilà cette famille qui riait et s’amusait comme trois gosses.

Maud : Papa attrapes-moi si tu peux !

Roger : Si je peux ? Attends tu vas voir

Marie : Oh là ! Vas-y doucement !

Maud : Tu n’as qu’à faire comme nous.

Marie : Je n’ai pas envie de me mouiller les cheveux.

Maud : Ah non Maman… Avec tes cheveux il y a toujours un problème.

Roger : Chérie tu vas les oublier pour un moment.

Marie : On voit bien que ce n’est pas vous qui subissez les conséquences.

Roger : On y va Maud ?

Maud : Go !

Marie : Non Roger. Maud arrêtez !

Ils y passèrent deux heures qu’ils ne virent point s’écouler. Ils dînèrent ensuite dans le restaurant de l’hôtel. Avant de regagner leur chambre, ils firent une halte au bar où ils prirent le temps de prendre un verre en écoutant un orchestre jouer du still-band. Cette nuit là, ils se couchèrent vers minuit, épuisés mais détendus et n’eurent aucune peine à s’enfoncer dans un sommeil réparateur.

Le lendemain, Au cours du petit-déjeuner américain servis à l’hôtel :

Roger : Aujourd’hui nous allons passer la journée à Phillipsburg.

Marie : Je vais profiter pour renouveler mes produits de beauté.

Maud : Et moi mon vieux téléphone portable.

Marie : Mais il a tout juste un an.

Roger : c’est vrai ça. C’est l’an dernier qu’on te l’a offert pour ton anniversaire

Maud : Un an déjà. Cela fait douze mois ou 365 jours. 365 jours ! Vous vous rendez compte. C’est une éternité.

Marie : Le mien a 5 ans et je m’en sers comme au premier jour.

Maud : Mais Maman tu l’utilises que pour téléphoner mais nous les jeunes c’est différent.

Roger : Bon je pense que sur un tel sujet vous n’êtes pas prêtes de trouver un accord ! Donc, avec tous vos projets d’achat si l’on veut que la journée suffise il nous faut partir tout de suite.

Maud : Je suis déjà prête.

Ils y passèrent la journée et  firent, comme prévus, des emplettes. Ils achetèrent des bijoux, des parfums  et du whisky. Ils rentrèrent à l’hôtel vers les dix-sept heures et comme la veille n’eurent qu’une hâte, retrouver l’eau tiède de la piscine pour savourer le meilleur moment de la journée, comme s’ils voulaient noyer les soucis qui au fil des mauvais jours avait envahi leur âme. Ce soir là Roger les emmena faire un tour au casino, ils mangèrent sur place et tentèrent leur chance dans les machines à sou, avec plus ou moins de succès. Certains eurent moins de chance que d’autres, mais globalement la famille s’y retrouva. Ils rentrèrent après minuit, et s’endormirent chacun à son rythme. Roger qui avait forcé sur le whisky, sombra presque immédiatement tandis que Marie veilla longtemps. 

Mais à peine endormie, elle fut tirée de son sommeil, encore léger, par une voix toute proche. Elle se redressa et tendit l’oreille. Lorsqu’elle identifia la voix de sa fille, elle se leva et s’approcha à pas de loup de la porte entrebâillée. Maud était au téléphone.

Maud : Peut-être que tu ne m’as pas dit toute la vérité … La fois où le policier a été blessé, tu m’as dit que certains avaient fait de la prison, mais tu ne m’a pas dit si tu étais de ceux-là. … Quelle importance ! Imagine que mes parents apprennent que je sors avec… attends un peu.

Se rendant compte que la porte était entrouverte, elle vint délicatement la refermer, rendant la séparation complètement étanche au grand désarroi de sa mère qui avait réussi à retenir son souffle en entendant approcher les pas.

Le ciel lui serait tombé sur la tête de la pauvre Marie que cela ne lui aurait pas faite un tel effet. Elle était complètement abasourdie. Elle voulut se taper la tête contre le mur pour s’assurer  qu’elle ne rêvait pas mais ne réussit qu’à pleurer. Maintenant qu’elle savait sa fille en danger, il ne fallait plus perdre de temps en tergiversations. Elle songea à réveiller Roger sur le champ et tout lui raconter mais elle craignit la réaction de Maud et les conséquences qui pourraient en découler. Non ce n’était pas le lieu pour s’attaquer à un problème aussi sérieux. Après tout ils repartaient demain après-midi. Mais d’ici là, il lui fallait trouver assez de force pour jouer le rôle d’une mère de famille heureuse tout en sachant sa fille en contact avec… qui sait, peut-être le diable en personne.

 Au matin, elle prétexta un mal de tête pour échapper à la visite de la Baie orientale et de ses environs.

Marie : Je ne sais pas si c’est la journée hier à Phillipsburg mais je me suis réveiller avec un mal de crâne.

Roger : Tu pourras quand même sortir ?

Marie : Non je crois que je vais rester me reposer.

Maud : Maman on ne va quand même pas te laisser toute seule dans cet état.

Roger : C’est vrai chérie. On n’est pas obligé de sortir ce matin.

Marie : Non ! Non ! Ne renoncez pas à votre ballade ! Je ne suis pas encore à l’article de la mort.

Maud : Mais Maman.

Marie : Et puis pour ne rien vous cacher, je préfère rester seule car je vais mieux me reposer.

Roger : Bon si tu insistes. Mais je vais donner des instructions à l’accueil pour que le petit déjeuner te soit servi dans la chambre.

Marie : C’est une très bonne idée.

Maud : Maman tu profites pour te reposer hein ?

Marie : bien sûr. Ne vous inquiétez-pas pour moi et profitez bien de votre ballade.

Les autres partis, elle s’installa dans la chambre de Maud et passa ses affaires au peigne fin mais n’y trouva rien. Elle avait espéré en vain qu’elle serait partie sans son portable tout en sachant qu’elle ne s’en séparait jamais.

Le temps passa, traînant les heures qui semblaient ne pas vouloir avancer tandis que Marie se débattait pour échapper à l’angoisse qui cherchait à l’étouffer. Il lui fallait trouver rapidement une issue, une bouée, une planche de salut, n’importe quoi… L’idée de sa mère lui traversa l’esprit et elle se précipita sur le téléphone.

Marie : Allo maman, c’est toi ?

Man Ya : Mais oui c’est moi, qu’est-ce qui se passe ?

Marie : Rien ! Pourquoi tu me demandes ça ?

Man Ya : Mais tu es en train de hurler dans le téléphone. Tu es sûre que ça va ?

Marie : Mais oui maman, ça va. Je voulais seulement te faire un petit coucou de Saint-Martin.

Man Ya : Maud et Roger vont bien ?

Marie : Ils sont partis se balader, et moi j’ai préféré faire la grasse matinée.

Man Ya : Tu es restée toute seule dans la chambre ?

Marie : Ben oui. Je suis une grande fille.

Man Ya : Ce n’est pas la question. Avec tous les voyous qui trainent dans ces pays-là, il faut te méfier.

Marie : Ne t’inquiètes pas Maman, je suis en sécurité là où je suis. Il faut que je te quitte maintenant.

Man Ya : Que dieu vous garde ! Surtout quand vous arriverez ce soir tu n’oublies pas de m’appeler pour me dire comment vous avez voyagé.

Marie : D’accord Maman.

Finalement elle n’avait soufflé mot à sa mère des soucis qui l’affectaient mais le seul fait de lui parler l’avait quelque peu apaisée. Elle en profita pour mettre un peu d’ordre dans les chambres et commença à faire les valises. Des tâches qui l’aidèrent à meubler le temps et à tromper momentanément sa préoccupation.

Lorsqu’elle s’assit et que son regard tomba sur la montre posée sur la table de chevet, elle fut assommée par le temps affiché, très en retard sur  son horloge imaginaire. Après avoir vérifié que la petite machine ne s’était pas arrêtée, elle dut  admettre que dans sa hâte de rentrer elle avait compressée le temps jusqu’à l’écrasement d’une heure toute entière. Ses préoccupations ressurgirent chahutant son esprit au point de lui déclencher un réel et violent mal de tête. Vaincue par l’épuisement et le manque de sommeil elle finit par s’assoupir, échappant ainsi au caprice du temps. Elle était si profondément endormie lorsque la voix lui parvint qu’elle peina à refaire surface :

Roger : Tu t’es fatiguée à mettre de l’ordre quand même.

Marie : Où est Maud ?

Maud : Je suis là maman. Et ton mal de tête ?

Marie : Ça va un peu mieux. J’ai profitai de ce petit répit pour commencer à faire les valises.

Maud : Mais tu avais promis de te reposer.

Marie : Ne t’inquiètes pas ! Ça va aller. Et puis on rentre ce soir.

Marie : Et vous ?

Maud : Et nous quoi ?

Marie : Comment ça a été pour votre ballade.

Roger : Ta fille n’a pas cessé de penser à toi. Si je l’avais écouté on serait rentré au bout d’une heure.

Maud : Et lui il n’a pas cessé de prendre des photos.

Roger : Allons Maud. Je n’ai pas fait tant de photos que ça.

Maud : Tu n’as pas fait beaucoup, tu dis ! Il a pris même la photo d’une vache dans une prairie sous prétexte que c’était une vache saint-martinoise. Comme si elles sont différentes de celles de la Guadeloupe !

Marie : Rien qu’à vous imaginer cela donne envie de rire. Une belle paire. L’essentiel c’est finalement vous en avez profitez.

Roger : Ça fait du bien de te voir à nouveau sourire. Tu as bien meilleure mine que ce matin.

Deux heures plus tard, ils quittaient la chambre pour se diriger vers Marigot où ils déjeunèrent. Pour éviter d’avoir à se justifier,  Marie s’efforça d’avaler la salade qu’elle avait commandée. Ses inquiétudes étaient si fortes qu’elle devait se surveiller pour ne pas donner aux autres l’impression d’être absente. Leur vol étant à dix-sept heures, ils avaient encore du temps devant eux et le passèrent à la plage de Mullet Bay. Maud et son père s’y baignèrent tandis que la jeune femme s’installa sur une chaise longue pour donner le sentiment d’en profiter elle aussi. Vers seize heures ils quittèrent la plage pour l’aéroport de Juliana d’où ils devaient décoller. Marie vécut leur départ avec un grand soulagement tout en redoutant le moment où elle devrait se confier à Roger. Elle y pensa pendant tout le vol, montant et démontant des scénarios.

Lorsqu’ils rentrèrent à la maison, le soleil plongeait derrière les montagnes de la Basse-Terre tandis que le crépuscule recouvrait la Grande-Terre. Une fois chez elle, Marie éprouva un grand besoin de se rafraîchir. Elle s’enferma dans sa salle de bain et y resta le temps de reprendre des forces. Elle en ressortit en effet avec une nouvelle mine que son compagnon souligna amoureusement.

Marie à trente-huit ans faisait beaucoup moins que son âge car elle avait la robustesse de sa mère et la finesse de son père, un mulâtre. Un  métissage qui avait donné comme résultat la très séduisante jeune femme que Roger avait pour compagne mais dont il ne se rendait pas toujours compte de la beauté. Cependant ce soir-là il ne put s’empêcher de la prendre dans ses bras et de lui dire affectueusement :

Roger : Ma chérie  tu es resplendissante,!

Marie : Tu trouves ?

Roger : Je t’aime mon amour.

Marie : Moi aussi je t’aime.

Malgré ses préoccupations, elle ne fut point insensible à cette attention qu’elle n’allait pas jusqu’à considérer comme une preuve d’amour, mais qui dans la situation actuelle tombait à point pour réchauffer en elle la vie qui se refroidissait. Finalement jugeant le moment inopportun pour s’entretenir avec Roger sur un sujet aussi délicat elle préféra remettre cette discussion  à plus tard.

Maud, qui n’avait pas faim, s’était retirée dans sa chambre laissant son père et sa mère dîner en tête à tête. Les deux tourtereaux en profitèrent pour faire vivre leur amour jusqu’à ce que Marie soit rattrapée par ses préoccupations. Après quelques hésitations par crainte de la réaction de son compagnon, sous la pression des émotions les mots finirent par lui échapper et elle s’entendit dire :

Marie : Roger, j’ai quelque chose de très grave à t’apprendre.

Roger : C’est à propos de Maud ?

Marie : Oui

Et sans lui laisser le temps de répliquer, elle lui raconta toute l’histoire. Roger, cette fois, sembla prendre les choses plus au sérieux.

Roger : Hein hein ! Peut-être bien que tes soupçons étaient donc en partie fondés.

Marie : Je sens qu’il se passe quelque chose. Mon Dieu protèges-là !

Roger : A partir de maintenant je te promets d’être plus vigilent.

Marie : Merci Roger. Merci.

Roger : Marie Maud est ma fille et ne crois pas que je sois indifférent de…

Marie : Non mon chérie je ne le crois pas. Je sais que ce sont seulement deux manières différentes d’apprécier les choses. Les femmes sont toujours plus soucieuses que les hommes.

Roger : Et peut-être aussi plus réalistes. Il faut éviter toute dramatisation pour éviter de la braquer contre nous. Cela pourrait faire d’avantage de dégâts.

Marie : J’en suis consciente.

Roger : Allons. Ne te tracasse pas trop. Ce n’est peut-être pas aussi grave qu’on l’imagine.

Marie : Espérons-le…

Roger la prit dans ses bras et elle s’abandonna à lui. Pour la première fois sans doute ils se couchaient en ayant pu s’accorder sur l’attitude à avoir par rapport à Maud.

Chapitre 5 (publication le 17/03/2015)

Maud : Tu as du monde chez toi ?

Phil : Ce sont des potes que je tenais à te faire rencontrer.

Maud : Je ne t’ai jamais dit que j’avais envie de rencontrer tes potes.

Phil : Soyons clair Maud. Tu as seize ans, ce n’est certes pas l’âge de la majorité, institué par les adultes, mais c’est en tout cas celui de la maturité. Il est temps que tu décides de ce que tu veux faire de ta vie. Je ne te demande pas de choisir entre tes parents et moi mais entre ton avenir et leur présent qui est en même temps ton passé, ne l’oublie pas.

Maud : Tu me traites comme une petite fille. C’est ça ?

Phil : Pardonne-moi, je ne voulais pas …

Maud : Quand nous étions à Saint-Martin, mes parents ont surpris notre conversation.

Phil : Ah bon !  Et tu ne m’as rien dit.

Maud : Je te le dis maintenant.

Phil : Et qu’ont-ils entendu ?

Maud : Je ne sais pas au juste car dès que je me suis rendu compte que la porte de communication n’était pas fermée, je suis vite allée la pousser.

Phil : Mais que t’ont-ils dit à ce sujet ?

Maud : Ils ont attendu une semaine avant de m’en parler.

Phil : Et alors ?

Maud : Ils ont voulu savoir à qui je téléphonais et m’ont  questionnée sur cette affaire de cambriolage.

Phil : Et alors ?

Maud : Je leur ai inventé une histoire.

Phil : Que leur as-tu raconté ?

Maud : Que j’étais au téléphone avec une copine de classe qui avait de gros ennuis et que j’essayais d’aider moralement.

Phil : Quelle sorte d’ennuis ?

Maud : Je leur ai expliqué qu’elle sortait avec un garçon qui avait fait de la prison.

Phil : Comment ont-ils accueilli ton explication ?

Maud : Mon père qui me fait plutôt confiance a semblé me croire et m’a demandé de faire attention pour que je ne sois pas entraînée, malgré moi, dans cette affaire. Ma mère en revanche n’a rien dit, mais elle ne m’a pas paru convaincue. Elle est capable de m’épier.

Phil : Tu veux dire qu’elle pourrait te suivre jusqu’ici.

Maud : Non je ne pense pas mais avec elle on ne sait jamais, surtout si elle va raconter ça à man Ya.

Phil : Bon, on réfléchira à tout ça après. Tu me pardonnes ?

Pour toute réponse elle se laissa aller contre Phil qui lui posa un baiser sur les lèvres, ponctuant ainsi leur petite scène.

A l’intérieur de la maison deux filles et deux garçons discutaient en fumant et en buvant. Maud se sentit mal à l’aise mais s’efforça de ne pas le montrer pour ne pas contrarier Phil. Elle avançait en évitant de croiser les regards qu’elle supposait braqués sur elle. Elle fut présentée au petit groupe.

Phil : Les potes,  je vous présente Maud, ma petite amie dont j’ai eu l’occasion de vous parler. Elle est un peu timide mais c’est une fille très intéressante et très attachante. Quand vous la connaîtrez mieux vous allez vous en rendre compte vous-mêmes.

Chaque membre du groupe lui fut ensuite présenté. D’abord les deux filles, Nat et Lily, l’une noire et l’autre blanche, puis les garçons, Marco de type indien et Juan que ses amis appelaient le Chinois à cause des yeux bridés qu’il tenait de sa mère cambodgienne. 

Le malaise de Maud s’accentua quand elle se rendit compte que les jeunes, y compris les filles, étaient en train de consommer de la bière.

Nat : Tu bois quelque chose ?

Phil : Maud, il y a aussi de la limonade dans le frigo.

Maud : La limonade ! C’est trop sucré pour moi. Je vais plutôt prendre de la bière.

Phil : Tu prends ce que tu veux mon amour

Comme tout groupe, celui-ci se régulait en cherchant à intégrer la nouvelle venue qui ne se rendait même pas compte de la naturelle pression du milieu pour l’absorber.

Phil sortit de la pièce avec Marco, et Nat en profita pour se rapprocher de Maud.

Nat : Tu vis ici, je veux dire en Guadeloupe ?

Maud : Oui, bien sûr.

Nat : Tu as de la chance. Moi j’habite la région parisienne avec mes parents mais chaque fois que je peux, je rentre au pays.

Maud : De la chance ! Je ne sais pas. Si j’avais l’occasion, je vivrais bien quelque temps en Métropole.

Nat : Moi j’en ai marre de ce foutu pays avec son climat tout pourri. Ici on peut s’habiller comme on veut tandis que là bas on est forcé de porter un tas de vêtements.

Maud : Et ici, où habites-tu ?

Nat : Je crèche chez ma grand-mère. Elle est un peu chiante mais je n’y fais pas attention comme elle ne m’empêche pas de sortir avec mes amis. De toute façon je n’aurais pas pu l’accepter. Et si tu me parlais un peu de toi !

Encouragée par les vapeurs d’alcool qui commençaient à faire leur effet, Maud d’habitude si réservée, réussit à parler d’elle et à discuter avec Nat presque sans difficultés. Entraînées par la conversation elles en vinrent à parler de Phil.

Nat : Il est vraiment courageux ce garçon car la vie ne lui a pas fait de cadeau et il arrive à s’en sortir plutôt  bien. Beaucoup à sa place auraient certainement coulé. Je l’admire vraiment.

Maud : Tu le connais depuis longtemps ?

Nat : Nous avons habité le même quartier en banlieue parisienne. Et toi ?

Maud : Moi ?

Nat : Oui, tu le connais depuis quand ?

Maud : Pas si longtemps que ça. Nous nous sommes rencontrés l’année dernière sur INTERNET et nous sortons ensemble depuis à peu près six mois.

Nat : Tu as de la chance car je crois qu’il t’aime beaucoup.

Maud : Pourquoi ? Il vous a parlé de moi ?

Nat : Il parle suffisamment de toi pour faire des jalouses autour de lui.

Maud : Ah bon ! En réalité, je ne sais de lui que ce qu’il m’a raconté et il m’arrive parfois d’en douter.

Nat : Eh bien tu as tort Maud car Phil est un garçon correct dont le plus gros défaut est précisément de se sentir obligé de dire la vérité. Il parle, par exemple, de ses déboires de jeunesse quand d’autres les cacheraient. Je pense en fait qu’il agit en réaction contre ce qu’il appelle l’hypocrisie des adultes qu’il ne cesse de dénoncer.

Lily entre temps les avait rejointes. Elle vivait sur un bateau avec son père et la copine de celui-ci, une métisse créole qui était à peine plus âgée qu’elle. 

Juan, lui, était allé retrouver les deux autres garçons dehors. Ils discutaient au sujet de Maud.

Marco : C’est bien la première fois qu’avec toi, j’assiste à une aussi longue traque.

Phil : Mais puisque je te dis que cette fille n’est pas comme les autres. Vous l’avez vu. Maintenant vous allez peut-être mieux comprendre ma stratégie. Et en plus le fait qu’elle soit encore sous la coupe de ses parents complique singulièrement les choses.

Juan : N’en serais-tu pas tombé amoureux ?

Phil : Au lieu de sortir des âneries, vous feriez mieux de m’écouter. J’ai de bonnes raisons de croire que ses parents sont aux aguets.

Marco : Mais il n’y a pas longtemps encore, tu nous disais que sa mère était plus inquiète que fouineuse et quant à son père, il était trop occupé pour veiller sur sa gamine.

Phil : Oui, mais les choses ont évolué depuis.

Marco : Alors, raison de plus pour ne pas trop attendre avant de passer à l’action.

Phil : Mais il y a un autre problème.

Marco : Lequel ?

Phil : C’est Maud, elle-même. Elle me force à compliquer mes manœuvres d’éloignement, avec son éducation d’un autre temps. C’est le fait de sa grand-mère qui même avec un pied dans la tombe, arrive encore à influencer sa fille.

Juan : Mais Phil, Marco a raison. Plus longue est la traque, plus grand est le risque.

Phil : J’en suis conscient mais rassurez-vous, la fin est proche.

Marco : Vu que tu nous a tous exposé dans cette affaire, il vaudrait mieux, en effet, la conclure au plus vite.

Phil : Je sais, mais c’était la seule façon de rassurer Maud qui commençait à s’interroger sur mes proches. A défaut de pouvoir lui présenter des parents, j’ai fait avec ce que j’avais sous la main. Après tout, nous sommes comme frères et sœurs dans notre petite bande.

Bon, il est temps d’aller rejoindre les filles.

Ils retrouvèrent celles-ci, à l’intérieur, en grande conversation.

Phil : Eh bien je vois que vous avez fait plus que connaissance.

Maud : Oui en effet. Tes amies sont très gentilles et je me sens bien avec elles.

Phil : C’est bien ma chérie ? Bienvenue dans notre petite famille.

Nat : En tout cas bravo Phil. Maud est vraiment une fille charmante.

Lily : Je comprends mieux maintenant pourquoi tu tiens autant à elle.

Marco : Tu vois ce que l’ont te disait dehors.

Juan : Sacré veinard. Il a réussi à dénicher dans la population de l’île la plus jolie et la plus sympathique des filles.

Phil : Arrêtez ! Vous allez finir par l’intimider.

Maud : Tu ne vois pas qu’ils exagèrent.

Phil : Je ne crois pas qu’ils exagèrent ces deux là. Ils se verraient bien à ma place. Bon laissons-les bavarder ! Allons chercher un coin plus tranquille.

Ils se retirèrent dans la chambre de Phil où ils terminèrent l’après-midi.

Lorsque Maud rentra chez elle les vapeurs d’alcool s’étaient totalement dissipées mais elles lui avaient laissé un méchant mal de tête et le sentiment d’une plus grande culpabilité vis-à-vis de ses parents. Elle était consciente qu’elle dérivait, chaque jour un peu plus, comme entraînée par un courant contre lequel elle n’avait pas la force de lutter.

Elle avait été même jusqu’à accepter l’invitation de Lily à venir faire une sortie en bateau. Pour cela elle avait dû prétexter une sortie pédagogique organisée par le lycée pour visiter la mangrove. En réalité ce jour là, elle avait passé la journée à l’îlet Fajou.  Marie fut à deux doigts de se renseigner auprès de l’établissement scolaire mais se retint finalement par crainte de paraître ridicule ou de provoquer la colère de sa fille.

Le soir en rentrant, redoutant toute question sur sa journée, elle fit profil bas. Mais sa mère, soucieuse de maintenir entre elles le fragile équilibre que leur voyage à Saint-Martin avait permis d’atteindre, se contenta en l’embrassant de lui demander :

Marie : As-tu passé une bonne journée ?

Maud : Ça m’a bien plu. J’ai beaucoup appris.

Marie : Eh bien c’est parfait

Maud : Je me retire dans ma chambre car j’au du travail pour demain.

Marie : Bon travail alors.

Maud : Merci Maman

Chapitre 6 (publication le 24/03/2015)

Le mois de mai arriva et Maud aurait donné n’importe quoi pour que ses parents ne soient pas présents à la dernière rencontre parents professeurs. Elle n’osait même pas imaginer les conséquences de ces entrevues, si cela devait arriver. Elle espérait de tout son cœur une issue comme celle du  second trimestre où ses parents avaient attendu son bulletin, envoyé par la poste, pour prendre connaissance de ses notes. Celles-ci étaient déjà en baisse mais la jeune fille avait pu s’en tirer avec la promesse de se rattraper au troisième trimestre. Mais c’était tout le contraire qui s’était produit. Ses résultats, non seulement étaient très mauvais, mais il y avait, en plus, ses fréquentes absences que les professeurs ne manqueraient pas de souligner. Cette fois, elle sentait le piège se refermer sur elle et ne savait comment en sortir. Cette situation était pourtant prévisible mais, sous l’emprise de sa relation avec Phil,  elle avait peu à peu perdu tout esprit de jugement et avait laissé courir le temps, espérant trouver une issue, le moment venu. Si elle s’en préoccupait autant maintenant c’était parce cette fameuse réunion était à moins d’une semaine et plus le temps passait, plus elle y pensait. Dans sa tête en ébullition émergeait une multitude de solutions dont celle à laquelle elle semblait s’accrocher le plus. En fait elle se disait que si l’on arrivait à passer la date de cet évènement fatidique sans que ses parents le sachent, il ne lui resterait qu’à intercepter son bulletin pour le rendre présentable avant d’arriver à sa destination finale. Elle ne se préoccupait même pas de savoir comment elle allait s’y prendre. Pour le moment son principal souci était de passer cette date redoutable. Pendant la période de cette insupportable attente, elle s’efforça d’être plus agréable avec sa mère qui incontestablement était celle par qui le danger pouvait surgir.

On arriva ainsi à la veille de l’évènement et Maud, qui trouvait de plus en plus suspect le silence de ses parents, ne savait pas s’il fallait commencer à croire au miracle, ou s’il fallait s’attendre au pire.

Pendant ce temps, Marie dont les suspicions sur sa fille s’étaient peu à peu transformées en certitude, avait résolu de prendre le taureau par les cornes.  C’est ainsi que sans rien dire à Maud et à son père elle avait décidé d’aller à la rencontre parents professeurs dont elle avait eu la date en se renseignant directement auprès de l’établissement.

Avec d’autres parents, ils étaient rassemblés dans une salle où le professeur principal résumait le niveau général de la classe.

Le professeur : Dans l’ensemble les résultats sont plutôt bons sauf pour trois élèves pour lesquels je souhaite m’entretenir avec les parents s’ils sont présents.

Avant même qu’il ne dise les noms, Marie s’attendit à entendre celui de sa fille et de fait celui-ci, lorsqu’il fut prononcé, résonna comme un glas dans sa tête. Elle laissa passer les deux autres personnes devant elle comme pour espérer échapper à ce douloureux instant de vérité car elle était certaine de découvrir au cours de cet entretien quelque désagréable surprise. Lorsque son tour vint, elle s’avança résignée, prête à faire face au sort que la vie s’apprêtait à lui jeter.

De type antillais, l’homme devait avoir entre cinquante-cinq et soixante ans. Il avait le crâne dégarni et portait des verres montés sur une solide monture marron.  Il parut austère à la jeune femme qui aurait probablement préféré avoir affaire à quelqu’un de son âge à qui elle aurait peut-être pu se confesser.

Marie : Bonjour Monsieur.

Le professeur : Bonjours Madame. Asseyez-vous

Vous êtes la mère de Maud ?

Marie : Oui Monsieur.

Le professeur : Qu’est-ce qui se passe avec elle ?

Marie : Je ne comprends pas.

Le professeur : Elle n’a pas un eu problème ces temps-ci ?

Marie : Non ? Pas que je sache.

Le professeur : Ça va dans la famille ?

Marie : Oui… Enfin je veux dire qu’il n’y a eu aucun problème qui pourrait agir sur elle.

Le professeur : Il se passe tout de même quelque chose car elle est aux antipodes de la jeune fille que j’ai connue à la rentrée des classes.

Marie : Qu’est-ce vous voulez dire ?

Le professeur : C’était une enfant qui semblait parfaitement équilibrée et dont les notes étaient excellentes.

Marie : Vous voulez dire que maintenant elles sont mauvaises.

Le professeur : Plus que ça. Elles sont franchement catastrophiques. Ça se voit qu’elle ne travaille pas du tout.

Marie : Mais elle est toujours fourrée dans sa chambre… à travailler qu’elle nous dit.

Le professeur : Je ne sais pas ce qu’elle fait mais une chose est sûre c’est qu’elle ne travaille pas. Et ce n’est pas tout.

Marie : Quoi d’autres ?

Le professeur : Elle est souvent absente et je dois donc croire qu’elle imitait votre signature toute les fois qu’elle les a justifiées.

Marie : Mon Dieu ! Qu’est-ce que j’entends-là ?

Le professeur : Elle a besoin d’aide. Dans le fond c’est une bonne enfant. En tout cas elle très loin de ces sacrés numéros que nous avons à gérer dans cet établissement.

Marie : J’ai supposé qu’il se passait quelque chose car j’ai vu que son attitude avait changé. Son père pense que c’est le fait de l’adolescence.

Le professeur : Espérons que ce n’est que ça. En tout cas il vous faut absolument l’aider à sortir de cette mauvaise passe.

Marie : Oui ! Bien sûr…Bien sûr.

Le professeur : Vous savez Madame, de nos jours, les enfants dérapent tellement vite.

Marie : Je comprends… Je comprends Monsieur. Merci.

Dans un sursaut de dignité elle feignit d’accuser le coup qui en réalité était en train de la terrasser. Au prix d’un effort considérable elle parvint à échanger quelques mots encore avec l’enseignant avant que celui-ci ne lui donne congé.

Le professeur : Sur ce je vous souhaite bon courage et je vous remercie d’être venue. Au revoir madame

Marie : Au revoir Monsieur.

Elle se leva et se dépêcha de quitter la pièce pour échapper à l’impression d’étouffement qui l’avait saisie à la gorge. Dehors, elle aspira une longue bouffée d’air pour s’aérer et soulager son cœur gonflé de sentiments fielleux. Lorsqu’elle monta dans sa voiture elle ne put retenir les larmes qu’elle n’avait cessées de refouler.

Roger entre-temps était rentré et après avoir constaté l’absence de Marie s’en étonna auprès de Maud.

Roger : C’est bizarre que ta maman ne soit pas encore rentrée. Elle t’a dit où elle allait ?

Maud : Non. Elle ne m’a rien dit.

Roger : Tu ne l’as pas entendu dire qu’elle devait passer quelque part ce soir.

Maud : Non. Pas que je me souvienne.

Roger : En tout cas ce qu’elle avait à faire devait être sacrément important pour qu’elle manque son feuilleton.

La remarque fit tilt dans la tête de Maud tandis que son cœur manquait de s’arrêter. Une telle panique l’envahit qu’elle voulut s’enfuir de la maison et elle l’aurait probablement fait si elle était seule. N’ayant plus d’autre choix, elle s’enferma dans sa chambre, dans l’attente de l’instant fatidique. Mais curieusement, au fur et à mesure que le temps s’écoulait, sa crainte se dissipait  tandis qu’un sentiment de résignation la remplaçait.

Le bruit de la clef dans la serrure réactiva son émoi, l’obligeant à faire un effort pour retenir son souffle afin de mieux capter les bruits venant de la pièce voisine. Mais, comme dans l’œil d’un cyclone, tout paraissait d’un calme que démentait la pression qui s’était installée et qu’elle semblait être la seule à ressentir.

Roger : Où étais-tu passé. Ce n’est pas ton habitude d’entrer à cette heure tardive.

Marie : ???

Roger : Eh bien ?

Marie : J’étais à la rencontre parents professeurs du troisième trimestre.

Roger : Mais tu ne m’as rien dit.

Marie : Maud non plus d’ailleurs.

Roger : Et alors ?

Marie : On parlera de tout ça plus tard, pour le moment j’ai besoin d’une bonne douche.

Roger : Comme tu veux.

Maud avait remarqué qu’elle n’avait même pas demandé de ses nouvelles, un comportement inhabituel qui en disait long sur la tragédie qui s’annonçait. Ne pouvant plus échapper à l’ouragan qui approchait, elle s’allongea sur son lit, ferma les yeux et attendit, résignée.

Elle finit par flotter au-dessus de la réalité jusqu’au moment où son père la sortit brutalement de ce précaire refuge pour l’inviter à venir dîner.

Roger : Maud tu viens manger ?

Maud : Oui Papa, j’arrive.

Elle sortit de sa chambre portée par un sentiment étrange qui lui donnait la fausse impression d’être en dehors de toute cette affaire. Elle embrassa sa mère qui lui tendit sa joue sans chaleur et prit place autour de la table où ses parents étaient déjà installés. Ils mangèrent dans un silence quasi sépulcral que Roger, son assiette vidée, se décida à rompre.

Roger : Eh bien ! On dirait un dîner de fantômes.

Il n’y eut aucune réponse à sa boutade. Maud qui à son tour avait fini son assiette s’apprêtait à se lever mais la voix de sa mère, aussi sèche qu’un feu qui crépite, la cloua sur place.

Marie : Où vas-tu ?

Maud : Mais j’ai fini de manger.

Marie : Moi je n’ai pas fini.

Roger : Mais chéri où est le problème.

Marie : Le problème est que je ne lui ai pas donnée l’autorisation de se lever.

Roger : Chérie si tu as quelque chose à dire, dis-le pour qu’on en finisse.

Marie : Mon pauvre Roger, en finir, ça ne fait que commencer.

Roger : Mais…

Marie : Explique à ton père pourquoi tu nous cachais la date de la rencontre avec tes professeurs.

Maud : Mais … je ne vous la cachais pas. J’ai seulement oublié

Marie : Alors, dis-nous pourquoi on n’a pas reçu ton relevé de notes.

Maud : Mais je n’en sais rien..

Roger : Attendez là ! Je peux savoir ce qui se passe.

Marie : Ce qui se passe … ta fille est non seulement bonne dernière de sa classe mais en plus, elle a le palmarès de l’absentéisme.

Le regard de Roger en un instant passa du sombre funèbre au rouge feu.

Roger:  Bordel de merde !  Ca veut dire quoi tout ça ?

Marie : Interroge ta fille !

Maud se coucha sur la table espérant peut être se mettre à l’abri de la tornade qui la menaçait. Mais c’était sans compter sur la violence des sentiments qui gonflaient dangereusement dans le cœur de son père. L’explosion survint sous la forme d’un coup de poing frappé avec une telle force sur la table qu’il fit chavirer les verres et sautiller les couverts. Marie sursauta tandis que Maud effrayée se redressa d’un coup.

Roger : Tu vas m’expliquer ou faut-il que je vienne t’arracher les mots de la gorge.

Marie : Ce n’est pas comme ça qu’il faut agir. Tu ne …

Roger : Toi, tais-toi !

Ensuite il se jeta sur sa fille, l’arracha de sa chaise, et réitéra sa demande en la secouant violemment

Roger : Tu vas m’expliquer ! Tu vas m’expliquer…

Marie : Roger arrête, arrête je te dis. Tu veux la tuer, ou quoi ?

Maud qui n’avait plus rien à perdre, pour la première fois, fit face à son père et en le défiant du regard lui lâcha froidement.

Maud : T’expliquer quoi ? Si j’ai un homme ? Eh bien oui, j’ai un homme. Et si tu veux tout savoir, il a fait de la prison. Maintenant fais ce que tu as à faire.

Roger eut le souffle coupé et tout ce qu’il réussit à faire ce fut de lui appliquer une gifle magistrale qui l’envoya rouler au sol. Marie se jeta sur Maud pour la protéger des coups de son père mais celui-ci encore sous le choc n’avait pas bougé. Lorsqu’enfin il sortit de son immobilité…

Marie : Arrête Roger ! Arrête je t’ai dit !

Roger : Ne t’inquiète pas je ne vais pas me salir les mains sur une petite merde.

Marie : Roger. Il s’agit de ta fille je te rappelle

Roger : Ma fille tu dis. J’avais une fille, elle est morte ce soir. Je ne veux plus de cette petite garce chez moi.

Il se dirigea vers la porte et sortit en la claquant. Marie, restée seule avec sa fille, la serra dans ses bras en pleurant. Mais cette dernière, dès qu’elle reprit ses esprits, se dégagea.

Marie : Il est fâché. Il ne sait pas ce qu’il dit

Maud : C’est de ta faute si tout cela est arrivé, avec ta manière de fouiner partout. Ta mère sera contente à présent.

Marie : Maud…

Maud : Laisse-moi ! Je te déteste.

La jeune femme voulut répliquer mais sa gorge serrée à l’étouffer ne laissa passer aucun mot. C’est à peine si elle pouvait bouger du sol où elle se tenait toujours assise. Elle vit donc, comme dans un film, Maud s’éloigner, avant d’entendre claquer la porte de sa chambre.

Chapitre 7 (publication le 31/03/2015)

 Phil : Calme-toi maintenant mon bébé.

Maud : Phil, je ne veux plus rester dans cette maison, je veux venir vivre avec toi.

Phil : Ce n’est pas aussi simple ma chérie. N’oublie pas que tu n’es pas encore majeure.

Maud : Ce n’est pas ce que tu me disais l’autre jour quand tu me demandais d’assumer mon âge. Maintenant que je l’ai fait, serais-je devenue encombrante ?

Phil : Non Maud. Tu ne m’as pas compris. Ce que je veux te dire, c’est que si tu veux partir avec moi, pour ne pas avoir d’ennui avec tes parents et avec la justice, il nous faudra disparaître.

Maud : Disparaître ?

Phil : Oui !  Il nous faudra probablement quitter la Guadeloupe pour être vraiment en sécurité

Maud : Quitter la Guadeloupe. Mais pour aller où ?

Phil : En métropole par exemple où j’ai de solides amitiés. Nous n’aurons aucun mal à trouver des gens pour nous accueillir et nous héberger le temps de nous installer pour enfin vivre librement notre amour.

            Cet événement auquel elle avait si souvent pensé et qui maintenant se présentait à elle l’effrayait tout à coup. Fuguer, partir en métropole, aller on ne sait où, c’en était beaucoup trop pour son éducation qui à ce stade décisif tentait de refaire surface. Phil, la sentant troublée, lui prit la main et lui dit.

Phil : C’est à ton tour d’hésiter mon bébé mais rassure-toi je te comprends. C’est une décision importante pour laquelle il faut être réellement prêt. Si tu ne l’es pas encore, il vaut mieux attendre.

Maud : Attendre ! Non, je ferai comme tu voudras

Phil : Bon cela demande une certaine préparation. Il me faudra environ un mois pour tout organiser.

Maud : Tout ça ?

Phil : Oui car il me faut des papiers d’identité, des billets et …

Maud : Mais des papiers d’identité, pourquoi ? J’ai mon passeport.

Phil : Pour ne pas laisser de traces il nous faudra brouiller nos pistes et pour cela il faut commencer par changer d’identité. Mais ne t’inquiète pas, tout se passera bien.

             Comme il savait si bien le faire, pour la rassurer, il continua à lui parler tout en la caressant tendrement. Au bout de quelques minutes, Apaisée, elle s’abandonna complètement dans les bras de son amour.

             Une vingtaine de jours plus tard, ils étaient fins prêts pour le départ dont la date avait été fixée au dix-sept juillet, c’est-à-dire le jeudi suivant, en milieu de semaine.  Cela devait  ainsi faciliter la fuite de la jeune fille, en principe seule à la maison ce jour là, ses parents étant au travail.

            L’ambiance chez elle s’était beaucoup dégradée depuis ce fameux soir et si elle parlait encore un peu à sa mère c’était juste pour lui dire bonjour ou au revoir. Quant à son père, tenant parole, il l’ignorait désormais et entre ses parents eux-mêmes un tel froid s’était installé que tout réchauffement de leur relation paraissait définitivement impossible. Ce climat ne pouvait que faciliter sa fuite.

            La veille de son départ elle ne dormit que pour faire d’affreux cauchemars, desquelles elle sortait avec un sentiment de culpabilité qui ne cessait de lui coller à l’âme. Son inconscient  lui renvoyait ce que sa conscience s’efforçait de rejeter, son éducation et l’amour qu’elle avait pour ses parents.

            Ces derniers, comme d’habitude, s’en allèrent de bon matin, la laissant seule à la maison. Elle put ainsi durant toute la matinée organiser son départ sans trop s’inquiéter. Le décollage était prévu à dix-huit heures mais elle quitta chez elle vers douze heures pour rejoindre Phil car elle devait notamment changer de tête pour se rapprocher de la photo du faux passeport qui avait été conçue à l’aide d’un ordinateur. Nat et Lily  devaient l’aider à se préparer. Elles mirent deux heures à la maquiller et à la coiffer pour obtenir à la fin une originale tout à fait conforme à la copie. Avec les cheveux coupés courts et teints en roux, les sourcils finement taillés, les cils relevés, un piercing dans le nez et un maquillage discret pour garder un ton naturel, elle était méconnaissable. Le pantalon taille basse et le haut court qu’elle portait lui donnait l’allure d’une jeune fille dont l’âge pouvait être estimé entre dix-sept et vingt ans ce qui convenait parfaitement à celui figurant sur le passeport et qui la vieillissait de trois ans.

            Les deux passagers avaient convenu de se séparer avant d’arriver à l’aéroport pour ne pas être vus ensemble. Dans la voiture de Phil conduite par Marco, assis à l’arrière, ils mettaient les dernières touches à leur plan  afin que tout se passe sans la moindre anicroche

Phil : Une fois dans le parking de l’aéroport, on se sépare et on ne se connait plus.

Maud : C’est quand même dommage que pour notre premier voyage, on soit obligé de partir chacun de son côté.

Phil : Nous n’avons pas le choix pour cette fois, mais je te promets mon Bébé que cela ne se reproduira plus.

Maud : Je t’aime Phil.

Phil : Moi aussi je t’aime mon Bébé. Bon, nous arrivons.

Maud : J’ai la trouille.

Phil : Ne t’inquiète pas mon amour tout se passera bien et de toute façon je ne serai jamais très loin de toi.

Maud : On ne va même pas pouvoir se parler dans l’avion ?

Phil : Nous pourrions mais il vaut mieux l’éviter. Enfin … nous verrons quand nous serons là-haut.

            Dans le grand hall de l’aéroport Pôle Caraïbes, bondé de monde en cette période de vacances, elle croisa plusieurs personnes qu’elle connaissait mais qui ne la reconnurent pas. Encouragée  par ce constat et entraînée par les évènements qui s’enchaînèrent naturellement, elle effectua toutes les opérations d’enregistrement et les formalités douanières jusqu’à l’embarquement sans la moindre hésitation, ce qui lui valut un clin d’œil approbateur de Phil quand dans l’avion leurs regards se croisèrent.

            Un moment pendant le vol elle se leva pour aller aux toilettes et en regagnant sa place elle sursauta en sentant une main se poser sur son épaule. Elle se retourna promptement et fut soulagée de rencontrer le charmant sourire de Phil qui lui fit signe de le suivre. Ils se retirèrent à l’arrière de l’appareil :

Phil : Ça marche comme sur des roulettes. Et toi comment tu te sens ?

Maud : Jusqu’ici ça va.

Phil : Nous aurons encore une petite phase sensible en arrivant Orly.

Maud : De quoi s’agit-il ?

Phil : Ben nous aurons à subir notre dernier contrôle. Mais ne t’inquiète pas. Il n’y a aucune raison pour que ça se passe mal.

Maud : Je te fais confiance.

Phil : C’est bien mon Bébé. Une fois cette dernière barrière franchie, à nous la liberté et la belle vie.

Maud : Je t’aime à la folie Phil.

Phil : Je t’aime moi aussi. Il faut maintenant que l’on regagne nos places respectives pour ne pas attirer l’attention sur nous.

Maud : D’accord. A toute à l’heure Phil.

Phil : A tout à l’heure Maud et… Force

            Elle regagna sa place en faisant attention de ne pas déranger ses voisins de siège, un couple de personnes âgées.

            L’avion atterrit vers neuf heures et les formalités douanières effectuées, les deux jeunes gens se retrouvèrent, comme prévu, à la récupération des bagages. Ils observèrent encore une certaine discrétion jusqu’au hall d’arrivée où les attendait Jeannot, un Antillais d’une trentaine d’années :

Jeannot : Alors les tourtereaux, ça va ?

Phil : Impeccable. Je te présente Maud que tu devras supporter quelques temps avec moi.

Jeannot : Bonjour Maud. Les amies de Phil sont mes amies

Maud : Bonjour Jeannot.

Phil : Ici Jeannot est mon meilleur ami. Il va nous loger un jour où deux le temps que l’appart qu’ils nous à trouver soit prêt.

Jeannot : On se dépêche car je suis garé en double file, là dehors.

Phil : Ok ! On y va !

Ils montèrent dans une grosse berline. Ils s’éloignèrent de l’aéroport et se dirigèrent vers une cité de la banlieue Nord, d’après les explications que lui donnait son compagnon.

            Le quartier où ils arrivèrent était tout délabré et au simple coup d’œil on pouvait se faire une idée de la population qui y résidait, des étrangers dans leur grande majorité. Les murs délavés étaient couverts de graffitis. Il n’y avait pas d’ascenseur  et ils durent gravir les six volées d’escaliers qui menaient au sixième étage. En montant, ils croisèrent des types que ses parents auraient jugés « pas fréquentables » mais que Jeannot et Phil saluèrent chaleureusement. L’appartement était à l’image de la cité, sombre, froid et sous équipé. Leur hôte leur laissa la pièce qu’il considérait comme sa chambre et dans laquelle un lit en fer tordu émergeait d’un bric-à-brac. Pendant qu’ils s’installaient, Jeannot parti acheter des pizzas. Voyant l’air déçu de Maud, Phil s’efforça de la rassurer :

Phil : Ne t’inquiète pas mon Bébé. On ne restera pas longtemps ici.

Maud : J’espère parce que je m’attendais à autre chose

Phil : Que veux-tu ? Les hommes ne savent guère entretenir une maison

Maud : Il vit seul ici Jeannot.

Phil : Sa compagne l’a quitté le mois dernier pour un autre. J’espère que ce n’est pas ce qui m’attend ?

Maud : Je ne quitterai jamais Phil…

Phil : Je te taquinais mon amour. Je sais que tu m’aimes.

Jeannot : Phil je suis de retour avec les pizzas.

Phil : D’accord on arrive.

            Après avoir mangé, les garçons s’absentèrent. Une fois dehors, ils commencèrent à s’entretenir de leur business.

Jeannot : Alors comment les choses se sont déroulées ?

Phil : Pas un grain de sable pour contrarier la machine et Maud a parfaitement joué son rôle.

Jeannot : Elle est certes  mignonne, mais je trouve qu’elle fait encore enfant.

Phil : C’est à cause de son éducation. Un cordon ombilical que j’ai dû d’abord couper pour l’arracher à ses parents.

Jeannot : J’espère que cela ne va pas nous attirer des ennuis.

Phil : Ne t’inquiète pas. Je contrôle la situation. Et puis j’ai prévu  de rester auprès d’elle, le temps qu’elle s’adapte.

Jeannot : Tu ne nous avais pas habitués à une telle compassion. Cette jeune fille ne t’aurait-elle pas …

Phil : C’est la deuxième fois que j’entends cette ânerie. Les ados sont fragiles et cette petite encore d’avantage. Je suppose que tu ne voudrais pas te retrouver avec un cadavre sur les bras dès que j’aurais tourné le dos.

Jeannot : Ce serait dommage en effet de perdre un tel investissement.

Phil : Et après tout le mal que je me suis donné.

Jeannot : Maintenant, si on allait voir le boss ? Je crois qu’il a un petit service à te demander.

Phil : Eh  bien, allons-y !

Pendant ce temps, restée seule, Maud avait de plus en plus de mal à résister aux reproches de sa conscience.

Qu’est-ce qu’elle faisait dans ce taudis quand elle devrait être en sécurité dans le nid familial ?

Elle n’aimait ni le trou dans lequel ils avaient échoué et ni les fréquentations de Phil.

Pour la première fois elle eut le sentiment de ne pas être en sécurité auprès de celui qu’elle aimait pourtant passionnément. Mais l’amour comme souvent finit par avoir le dernier mot et elle trouva refuge dans les promesses de quitter bientôt ce taudis pour s’installer dans leur propre nid. Elle ferma alors les yeux et laissa dériver son esprit dans l’univers enchanteur des aurores de l’amour.

Chapitre 8 (publication le 07/04/2015)

On était vendredi. La veille Marie n’était pas rentrée car elle avait dû quitter son travail en milieu d’après-midi pour se rendre chez sa mère qui avait eu un malaise dans la matinée. Elle avait cherché à joindre Maud au téléphone pour la prévenir qu’elle ne rentrerait pas. N’ayant pas réussi à l’avoir, elle lui avait laissé un message sur son répondeur et avait quand même prévenu son père qui s’était contenté d’écouter.

En rentrant donc de Pointe-Noire vers les onze heures, elle alla tout de suite frapper à la porte de la chambre de sa fille.

Marie : Maud !

Maud s’il te plait, ouvre-moi !

N’obtenant pas de réponse elle s’acharna sur la porte, sans succès. Au bout d’un moment elle s’inquiété et prit peur. Elle décrocha alors son téléphone :

Marie : Allo Roger. C’est moi Marie

Roger : Je sais. Qu’est-ce qui se passe encore ?

Marie : Je suis rentrée ce matin comme je t’avais dit et je trouve la porte de la chambre de Maud fermée à clef. Jai beau frapper personne ne répond.

Roger : Et que veux-tu que je fasse.

Marie : Je ne sais pas moi. C’est quand même ta fille.

Roger : Ma fille ? Je n’ai aucune fille qui s’appelle par ce prénom et s’il te plait, abstiens-toi de me déranger pour cette Maud..

Marie : Que tu le veuilles ou non c’est ton enfant… Notre enfant, tu entends ?

Mais Roger ne l’écoutait plus car il avait déjà raccroché. Marie ne vit donc qu’une solution, ouvrir cette porte coûte que coûte. Elle commença par chercher les doubles de clef. Mais plus le temps passait, plus son inquiétude grandissait, générant toute sorte d’idées sombres dont une finit par s’imposer. Et si Maud s’était suicidée dans la chambre ? Perdant tout contrôle d’elle-même, elle entreprit de défoncer cette porte. Usant de tous les outils qu’elle avait pu trouver dans l’atelier de Roger, elle en vint à bout après un quart d’heure d’efforts désordonnés. Elle s’engouffra dans la pièce comme une tornade et fut d’abord soulagée de la trouver vide. Elle eut à peine le temps de se reprendre  pour aussitôt se rendre compte que, chose rare, la chambre était rangée. Elle ouvrit l’armoire et faillit tomber sous le choc. Elle comprit immédiatement que sa fille avait fugué. Sa déduction fut vite confirmée par le petit billet qu’elle remarqua enfin sur son bureau. Il disait :

Maud : Chère maman. Mon père m’ayant rejetée, c’est donc à toi que je m’adresse. Ne te culpabilise surtout pas car tu n’es en rien responsable de ce qui arrive. J’ai seulement grandi trop vite. Avant on grandissait dans le monde, aujourd’hui on grandit avec le monde et les générations contemporaines sont comme des civilisations étrangères qui se partagent le même territoire à la même époque. Man Ya, toi et moi appartenons donc à des cultures différentes et il est normal que nous ayons des difficultés à nous comprendre. La vie est courte, incertaine et je ne crois pas dans l’au-delà. Je veux donc vivre maintenant avec le garçon que j’aime, peux importe qui il est et ce qu’il a fait avant.

Profite de ta vie. Apprends à être heureuse sans moi et aussi sans papa

Marie, assommée, s’assit sur le lit sans lâcher le petit bout de papier comme si celui-ci était le dernier lien matériel qui l’attachait à sa fille. Sa peine enfla jusqu’à ce qu’elle creva et se déversa en torrent de larmes pendant près d’une heure. Lorsque la source qui alimentait ses pleurs tarit, la jeune femme reprit son souffle et quitta la chambre  sans savoir ce qu’elle allait faire. Plus d’une fois elle voulut appeler Roger puis finit par renoncer craignant  de sa part une réaction désagréable qui lui aurait encore fait plus de mal. Elle ne voulut pas, d’avantage, appeler sa mère après son malaise de la veille. Elle se laissa tomber dans un fauteuil et au bout de quelques instants le poids de la solitude sur son âme devint insupportable et  le besoin d’appeler quelqu’un se fit pressent. Elle téléphona à sa grande sœur, qui vivait en région parisienne.

Marie : Allo Mona. Je ne te dérange pas ?

Mona : Non pas du tout. Qu’est-ce qui se passe.

Marie : Rien ! Ce n’est pas la peine de t’affoler.

Mona : Rien ? Il est arrivé quelque chose à Maman, j’en suis sûre.

Marie : Non. C’est de Maud qu’il s’agit.

Mona : Maud ? Qu’est-ce qui lui est arrivée.

Marie : Elle a quitté la maison.

Mona : Mais pour aller où.

Marie : Je ne sais pas. Elle m’a laissé un billet pour me dire qu’elle était partie avec un garçon.

Mona : Mon Dieu ! Comment réagit Roger ?

Marie : Roger ? Il n’est pas en encore au courant car ça ne va pas du tout entre nous. Nous en parlerons une autre fois.

Mona : Je ne veux pas savoir ce qu’il ya entre vous. Mais pour l’heure il faut absolument que tu le mettes au courant. Et Maman tu l’as déjà appelée.

Marie : Je n’ai pas voulu l’angoisser avec ça vu la situation.

Mona : Tu as eu raison. Je m’en charge. Je te laisse pour que tu appelles Roger tout de suite.

Sa sœur, malgré la distance, avait réussi à la remonter suffisamment pour qu’elle se reprît en main. Roger, malgré lui, pressentant quelque drame après le premier appel de sa compagne accepta de décrocher.

Marie : Allo Roger, Maud est partie.

Roger : Comment ça partie ?

arie : Elle a vidé sa chambre et m’a laissé un message pour me dire qu’elle était partie.

Roger : Mais où est-elle allée ?

Marie : Elle ne dit rien à ce sujet. Elle évoque tout juste un garçon qu’elle aime.

Roger : Bon j’arrive

Un quart d’heure plus tard, il était là ;

Roger : Fais voir le billet !

Marie : Tiens !

Roger : …

 Il faut que l’on aille tout de suite à la gendarmerie.

Marie : Qu’est-ce que je prends

Roger : Prends ce que tu as comme papier et surtout une photo récente d’elle

Puis ils se rendirent à la brigade de gendarmerie où l’entretien dura plus d’une heure. Ce fut l’occasion pour eux de se rendre compte qu’ils en savaient très peu sur les relations extérieures de leur fille. Dès qu’ils eurent fini Roger ramena Marie à la maison et repartit au travail. Marie se jeta dans un fauteuil et se prit la tête entre les mains. Elle resta dans cette position jusqu’à ce qu’elle y soit arrachée par la sonnerie du téléphone. Elle se précipita sur l’appareil en pensant d’abord à sa fille. C’était Man Ya, qui dès qu’elle eut la nouvelle n’a pu s’empêcher de l’appeler :

Man Ya : Marie oh Marie. Il te faut tenir bon. Dieu te donneras la force. Je prie pour toi ainsi que pour elle

Marie : Pardon Maman. Pardon

Man Ya : Pourquoi pardon ?

Marie : Tu n’avais pas besoin de ça dans ton état

Man Ya : Mais ce n’est pas de ta faute. Et ce n’est pas le moment de t’inquiéter pour moi. Il faut d’abord penser à elle. Qu’est-ce que tu as déjà fait ?

Marie : Je suis allée faire une déposition à la gendarmerie avec Roger.

Man Ya : C’est bien. C’est pour cela que je ne réussissais pas à t’avoir tout à l’heure.

Marie : Tu avais déjà appelé ?

Man Ya : Dès que Mona m’a informé. Je te rejoindrai dans l’après midi.

Marie : Non Maman je ne préfère pas car j’aurais à m’occuper de beaucoup choses.

Man Ya : Eh bien, raison de plus.

Marie : Franchement je ne veux pas. En plus avec Roger ce n’est pas le grand amour et l’on va avoir certainement des choses à se dire.

Man Ya : Bon c’est toi qui vois. Evites de vous disputer car  vous aurez besoin de vos forces pour votre fille.

Marie : Merci Maman et prends soins de ta santé car j’aurai besoin de toi aussi.

Man ya : Sois forte ma fille. Je vais prier pour vous trois

En se remémorant les fréquents remarques de sa mère à propos de Maud elle secoua la tête avant de se lever résolument. Elle se changea puis commença à s’occuper de sa maison. Un message fut diffusé au journal de vingt heures mais elle fit comme si cette information ne la concernait pas. Celle-ci entraîna néanmoins bon nombre d’appels qui malgré leur bonne intention, furent comme des braises posées sur une vilaine blessure.

Une semaine s’écoula, puis deux, et l’enquête sur la disparition de Maud était toujours au point mort. La gendarmerie   n’avait pas réussi à trouver le moindre indice. Entre temps la relation dans le couple s’était franchement dégradée. Ils se parlaient à peine et ne risquaient même pas  de se disputer. Cela finit, tout de même, par arriver, une fois où Roger déclara  que Maud salissait la renommée de sa famille. Marie, ce jour là, volant au secours de son enfant  s’était vue, à son tour, accuser de tous les maux hérités de sa mère. La rupture étant devenue inévitable, la jeune femme préféra rentrer à Kòlbo tous les soirs.

A presque quatre-vingt ans Yaya qui croyait avoir soldé tous ses comptes, se retrouvait une nouvelle fois face à dureté de l’existence. Un soir où Marie n’était pas descendue assise sous sa véranda, sous le ciel étoilé de Kôlbo, elle veilla tard et dans une société en déclin elle craignit le pire pour sa petite fille.

Man Ya :

Seize ans,

Un bourgeon qui éclot,

Un soleil qui s’étire au-dessus de la Pointe des Châteaux,

Un manguier qui fleurit.

Mais que se passe-t-il dans ce monde,

Pour que les bourgeons se détachent avant les feuilles,

Pour que le soleil se couche au pied de la Pointe des châteaux,

Pour que les manguiers perdent leurs fleurs sans jamais porter de mangues ?

Seize ans,

Un âge où l’enfant passe à peine la porte de l’adulte,

Un âge où l’on ne voit pas encore le bout de la vie,

Un âge qui se situe au matin de la vie.

Mais que se passe-t-il dans ce monde

Pour que l’enfant n’arrive même plus à passer la porte de l’adulte,

Pour que l’enfant voit déjà le bout de la vie,

Pour que la vie s’arrête au matin ?

Avant les mères pouvaient compter les cheveux sur la tête de leur fille.

Elles pouvaient ressentir une douleur dans le cœur de leur fils

Avant, les pères savaient lire dans les yeux de leurs filles.

Ils savaient parler la langue de leur fils.

Aujourd’hui, les mères et les pères courent sans cesse après le temps.

Ils ne s’arrêtent plus pour écouter.

Ils ne s’arrêtent plus pour parler.

Ils ne s’arrêtent même plus pour regarder.

Ils dérobent du sommeil à la nuit.

Ils sautent des repas.

Ils sacrifient à leur course même le temps consacré au bon Dieu.

Mais où passent-ils leur temps ?

Devant une boite magique à gober des sottises.

Avec des amis à refaire le monde à coups de langue.

Dans de grosses voitures à parader comme des roitelets dans leur carrosse.

Au travail à se battre pour monter les uns sur les autres.

Dans des salons de beauté à se transformer en poupée tout en se racontant des contes de fée.

Dans leur maison de Barbie à lustrer leurs jouets.

Sur des terrains de jeux à semer de l’argent dans l’espoir de le voir germer.

C’est là qu’ils perdent leur temps pendant que leurs enfants s’en vont librement par les chemins où rode la mort.

Chapitre 9 (publication le 14/04/2015)

Un mois s’était écoulé depuis qu’ils avaient échoué dans cette obscure cité où la vie semblait se terrer le jour et s’animer la nuit pour se manifester sous des formes les plus troublantes : murmures, hurlements, fracas, crissements de pneus, détonations,  râles, etc… L’humeur de Maud s’était sérieusement détériorée tandis que  les mots d’encouragement et les caresses de Phil perdaient peu à peu leur effet. Ils en étaient même venus, parfois,  à se disputer. Mais le garçon, soucieux de préserver l’essentiel, parvenait toujours à contrôler leurs différends.

Pour ne rien arranger à la situation la petite piaule semblait être un lieu de passage d’un tas de gens à l’aspect peu recommandable. Phil avait beau lui dire que l’habit ne faisait pas le moine et que l’on ne pouvait pas comparer le paisible quartier de La Jaille à une cité de la banlieue parisienne, elle n’arrivait pas à contenir le dégoût qui s’était emparé d’elle et la pressante envie d’être ailleurs. Elle devait en outre lutter contre sa conscience afin de tenir à distance toute autocritique qui entraînerait inévitablement l’extinction de tout espoir. Ainsi, en se mentant à elle-même elle parvenait à grignoter au temps des périodes de folles espérances.

Un matin en se réveillant elle trouva son compagnon, assis, en pleine réflexion.

Maud : Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle

Phil : Je dois m’absenter un jour ou deux.

Maud : T’absenter ! Tu ne vas pas partir et me laisser toute seule dans ce trou à rat avec tous les serpents qui s’y promènent.

Phil : Il le faut mon bébé, si l’on veut quitter cet endroit au plus vite.

Maud : On ne devait y rester que deux jours, tu avais dit. Et cela fait un mois que nous sommes enterrés ici.

Phil : Mais je t’ai expliqué ce qui s’est passé. On ne va pas revenir là-dessus.

Maud : En tout cas je ne reste pas ici un jour sans toi.

Phil : Si je pouvais t’emmener tu sais bien que je n’hésiterais un seul instant.

Maud : Et pourquoi tu ne peux pas m’emmener ?

Phil : Chérie je ne peux pas toujours tout te dire, tu dois parfois me faire confiance.

Maud : Mais moi je n’ai aucun secret pour toi.

Sur ces mots elle fondit en larmes car cette nouvelle fut la goutte qui fit déborder son cœur. Phil la laissa pleurer toute sa souffrance et lorsqu’elle finit par se calmer, il l’enlaça affectueusement et, l’amour aidant, il réussit une fois de plus à gagner sa confiance.

Un instant plus tard.

Phil : Mon amour, crois moi s’il y avait une autre solution je la prendrais car ce n’est pas de gaieté de cœur que je m’éloigne de toi, même pour une si courte absence. Je serai de retour avec un peu de chance demain même ou dans le pire des cas dans deux jours. Mais ne crains rien, ici tu seras en sécurité avec Jeannot

Maud : Quand pars-tu ?

Phil : Demain matin

Comme il le lui avait annoncé, Phil  partit le lendemain, le vendredi vingt-deux août à neuf heures du matin. Il avait promis à Maud de lui donner de ses nouvelles toutes les heures. Mais lorsque la jeune fille vit passer midi sans avoir eu le moindre appel,  elle chercha de son côté à le joindre avec le téléphone qu’il lui avait laissé. Elle composa son numéro des dizaines de fois avec l’espoir d’entendre autre chose qu’un répondeur qui lui disait que son correspondant était inaccessible. Au fur et à mesure que le temps passait, son cœur grossissait et la gênait au point, parfois, de lui faire manquer de souffle. Le garçon finit par appeler en début de soirée :

Phil : Je t’appelle du téléphone d’un ami qui, me loge pour la nuit.

Maud : Oh Phil, je suis si malheureuse sans toi. Pourquoi tu n’as pas appelé plus tôt.

Phil : Mon téléphone s’est cassé en tombant malencontreusement. C’est pour cette raison que toi non plus tu n’arrivais pas à me joindre.

Maud : Il faut que tu fasses quelque chose. Ne pas t’avoir à mes côtés c’est déjà dur mais ne pas t’entendre m’est insupportable.

Phil : Demain dès les premières heures de la matinée j’irai m’en acheter un nouveau téléphone..

Maud : Mais pour ce soir, on pourra utiliser celui de ton copain ?

Phil : Malheureusement non. D’ailleurs je ne pourrai pas rester longtemps avec toi car mon ami doit partir travailler.

Maud : Mais Phil comment je vais faire ?

Phil : Allez ! Sois courageuse. Une nuit est vite passée.

Maud : Pour toi mais pas pour moi.

Phil : Je dois maintenant te laisser car son heure est vraiment arrivée. Je t’aime pour toute la nuit et pour toujours.

Maud : Phil je t’aime.

La première nuit sans son ami fut d’autant plus difficile que Jeannot ne trouva rien d’autre à faire que d’emmener des filles et des garçons dans l’appartement. Ils burent et s’amusèrent pendant des heures. Enfermée dans la chambre, rien ne lui échappa. Le lendemain Jeannot, la mine vicieuse, lui demanda si elle n’avait pas été dérangée et d’ajouter dans la foulée « j’ai pensé à te proposer de te joindre à nous ». Il ne lui laissa même pas le temps de réagir car il s’éclipsa tout de suite.

Tant que Phil avait été là, malgré leur look  de voyou aucun de ses amis ne lui avait manqué de respect, pas même à travers un regard osé. Le comportement de Jeannot la surprit donc et l’inquiéta. Dans la journée son moral fut au plus bas car elle ne reçut aucun appel de son ami et ne réussit davantage à le joindre. Avec la tombée de la nuit l’angoisse vint s’ajouter au doute et à la déprime si bien qu’elle se coucha sans avoir rien avalé. Elle eut du mal à trouver le sommeil et à peine s’était-elle endormie qu’elle se réveilla en sursaut avec le sentiment d’une présence dans la pièce.

Jeannot : Je ne voulais pas te réveiller…

Maud : Qu’est-ce que tu veux ?

Jeannot : Je n’ai pas sommeil et je voulais bavarder un peu avec toi.

Maud : Avec moi ! Pas à cette heure-ci. J’ai sommeil et je ne me sens pas très bien.

Jeannot : As-tu eu les nouvelles de Phil aujourd’hui ?

Maud : Je l’entends plusieurs fois par jour.

Jeannot : As-tu déjà pensé à ce que tu ferais s’il ne revenait pas ?

Maud : Il sera là demain, tu verras !

Jeannot : On verra bien

Maud : J’en suis sûre.

Jeannot : Bonne nuit et à demain.

Elle ne répondit pas et Jeannot quitta la chambre. Elle ne parvint plus à fermer l’œil à cause des mauvaises pensées qui la tourmentaient et de la crainte que lui inspirait maintenant cet appartement. Une nouvelle journée passa sans qu’elle ait eu la moindre nouvelle de Phil et la nuit tomba transformant ses peurs en véritable cauchemar. Elle veilla jusqu’à l’aube mais ne fut point dérangée et crut même avoir été seule durant toute la nuit.

Deux jours plus tard, toujours sans nouvelles de son copain, l’inimaginable qu’elle avait jusque là réussi à repousser s’imposa avec d’autant plus de force qu’elle n’avait plus aucune résistance à lui opposer.

Maud : Mon Dieu Phil après avoir abusé de ma confiance m’a abandonnée dans cet enfer. Mais pourquoi ? Qu’avais-je fait ? Ou que n’avais-je pas fait ?

Dans ma tête c’est un seul brouhaha… les reproches de man Ya… les inquiétudes de Maman… le reniement de Papa.

Perdue, perdue, oui je suis perdue.

Je n’ai même pas la force de d’essayer de m’échapper. Et puis de toute façon je ne sais même pas où aller. Quand au téléphone que m’a donné Phil il ne marche plus.

Oh Phil Oh Phil Pourquoi m’as-tu fais ça. Je t’aime tellement mon amour. Où es-tu ? Reviens je t’en prie.

Cette nuit là, elle se coucha, épuisée, car elle mangeait mal et ne dormait presque pas. L’appel de son nom lui vint d’abord de loin, le temps pour elle de sortir de son sommeil et de prendre conscience d’une présence qui cette fois ne cherchait même pas à se dissimuler. Jeannot et deux autres garçons se tenaient debout en face du lit.

Jeannot : Je t’avais bien dit que Phil ne reviendrait pas.

Maud : Allez-vous-en !

Jeannot : Pas cette fois car tu m’appartiens maintenant. J’ai remis une belle somme à Phil pour ça.

Elle ne dit rien et puis, tout à coup, bondit en hurlant comme un fauve, stupéfiant les garçons dont l’un parvint tout de même à la rattraper au passage et à la rejeter sur le lit. Les autres se précipitèrent à leur tour et l’immobilisèrent.

Jeannot : J’ai quelque chose là qui t’obligera à être plus coopérant.

Il brandit une seringue et tandis que les deux autres la maintenaient fermement, il lui injecta une petite dose  de la drogue que contenait l’instrument.

Jeannot : Juste ce qu’il faut pour te calmer.

Ils la tourmentèrent toute la nuit et ne la laissèrent tranquille qu’au lever du jour.

En ayant vaguement conscience de la main qui prenait soin d’elle, elle fit un effort pour ouvrir les yeux et murmura.

Maud : Maman, Maman, pardonne moi

Elle replongea aussitôt dans son état précédent. Il fallut de longues minutes de tendresse pour lui donner envie de revenir à elle. En découvrant l’inconnue qui prenait soin d’elle, elle voulut protester mais la jeune femme la rassura et elle, s’abandonnant, fondit en larmes.

L’inconnu : Ça va aller ma chérie, ça va aller.

Maud : Qui… qui êtes-vous ?

L’inconnu : J’habite la cité et je connais bien Jeannot. Je sais ce qu’ils t’ont fait. Je suis aussi au courant pour ce Phil, un beau salop. Je ne peux malheureusement pas te sortir de ce guêpier. La cité a ses lois et les transgresser peut coûter cher. En revanche ils m’ont permis de venir te tenir compagnie.

Maud : Qu’est-ce qu’ils vont faire de moi ?

L’inconnu : Ils vont te faire travailler pour eux.

Maud : Mais je ne sais rien faire

L’inconnue : Ma chérie, lui dit son interlocutrice, avec compassion, tu n’as pas besoin de savoir.

Maud avait compris ce qu’elle voulait dire et ses yeux se remplirent à nouveau avant de déverser leur trop plein.

Maud : Je veux partir d’ici !

L’inconnue : C’est malheureusement impossible. Tu es tombée dans le pire endroit que l’on puisse imaginer. Cette cité est aux mains de bandes redoutables et fonctionne comme une jungle. La civilisation s’arrête à ses portes. Ici on ne voit passer ni facteur, ni releveur, ni policier, ni ambulancier, rien, …, rien d’autre que des proies et des prédateurs.

Maud : Je peux appeler sur mon portable.

L’inconnue : Hélas ma chérie, ils t’ont tout pris. Tu n’as plus ni portable, ni papiers d’identité. Tu es complètement coupée du monde.

Maud n’y tenant plus, cette fois, pleura à chaudes larmes. La jeune femme la prit dans ses bras en murmurant.

L’inconnue : Je suis désolée, je suis vraiment désolée.

Zaina, vingt et un ans, d’origine africaine, était elle-même prise dans cet engrenage depuis des années. Elle accueillit ainsi Maud dans sa minuscule piaule. Elle fut alors le témoin direct de sa détresse et la soutînt de son mieux pour l’aider à supporter cette cruelle situation. Les premiers jours furent terribles pour une jeune fille que rien ne préparait à un tel plongeon.  Elle ne savait se défendre qu’avec les armes de son éducation mais qui dans un tel enfer était non seulement inopérantes mais en plus se retournaient contre elle en déclenchant les représailles de ses bourreaux. 

Des jours puis des mois passèrent avec des hauts et des bas. Pour exorciser ses souffrances, l’adolescente avait pris l’habitude de les mettre sous forme de poèmes sur du papier avant de les déchirer en répétant toujours

Maud : Je déchire ma vie.

Petit à petit il s’était établi une grande affection doublée d’une certaine complicité entre ces deux jeunes filles prises dans le violent courant d’un monde à la dérive. L’amour que les religions disent venir de Dieu, semblait pouvoir naître, même en enfer.

Maud, au fil des jours, avait réussi à ériger un mur entre son enfance heureuse et son existence dans cet abîme. Quant à son amour pour Phil, elle l’avait enseveli avec toute la répugnance que lui inspiraient désormais les hommes. Elle avait fini par se convaincre qu’il y avait qu’une seule porte pour échapper à ce royaume d’Hadès des temps modernes.

Zaina, petit à petit, avait réussi à constituer un fragile réseau dans lequel elle pouvait parfois trouver un soutien ou à défaut une consolation dans les rares occasions où cela pouvait être possible. C’est ainsi que, Ritchy, un garçon d’origine italienne qui appartenait au réseau de Jeannot lui manifestait une certaine sympathie. Il la considérait un peu comme sa copine. Ils échangeaient parfois quelques  mots pour partager tel ou tel événement survenu dans la cité.  Et c’est ainsi qu’un jour il lui fit cette confidence.

Ritchy : Ta copine va partir pour le Sud

Zaïna : Quoi ?

Ritchy : Jeannot pour une raison que j’ignore veut la vendre aux Albanais de Marseille qui, pense-t-il, sauront mieux la dompter.

Zaïna : Je ne vais pas laisser faire ça !

Ritchy : Allons ! Tu sais bien que tu n’y peux rien.

Zaïna : Mais toi Ritchy, tu peux faire quelque chose.

Ritchy : Tu connais les règles de la cité. Je n’aurais même pas dû t’en parler. J’aime encore trop la vie pour signer mon arrêt de mort.

Zaïna : Mais elle est si fragile…

Ritchy : N’en parlons plus et si j’ai un conseil à te donner ne tente rien d’irréfléchi. Tu ne réussirais qu’à vous perdre tous les deux.

Elle voulut encore insister mais le garçon partait déjà. Et puis, elle savait bien qu’il avait raison. Pourtant pour la première fois, elle éprouva un sentiment de révolte à l’égard de ce système qui réduisait les femmes en esclavage. Mais cette petite flamme n’était pas de taille à lutter contre le souffle infernal qui régnait dans ce lieu maudit. Vaincue par l’impuissance, Zaina n’eut d’autre choix que de préparer sa compagne à affronter cette terrible épreuve.

Après moult hésitations, un matin, alors qu’elles étaient encore au lit, elle lui annonça la nouvelle.

Zaïna : Jeannot veut nous séparer. Il pense à t’envoyer dans le Sud.

Maud : Cela m’est bien égal. Qu’ils fassent comme ils veulent !

Zaïna : Il ne faut pas baisser les bras Maud. Il faut survivre,

Maud : Survivre ! A quoi cela sert-il de survivre en enfer ? Non Zaina il n’y a qu’une seule façon de sortir d’ici.

Zaïna : Maud tais-toi ! Tu ne sais pas ce que tu dis. … Aux pires moments de ma servitude, submergée par des vagues de sentiments amers, l’envie d’en finir m’a plus d’une fois effleurée. Mais toujours  je me suis ressaisie. Pour tenir, j’ai fini même par dépouiller mon âme de toute émotion pour ne laisser s’exprimer que mon seul instinct de survie. Oui, j’ai du régresser jusqu’au stade animal. Et c’est bien ce qu’ils veulent. Faire de nous des animaux, leurs animaux. Curieusement c’est toi qui as fait revivre en moi un sentiment d’humanité, une nouvelle raison d’être. Séparées ou pas, nous devons continuer à nous battre pour ne pas perdre cet ultime rempart.

Maud : Nous battre ? Tu trouves que nous nous battons ?

Zaïna : Il y a plusieurs façons de se battre. Si nous ne sommes pas de taille à nous opposer à nos bourreaux, nous pouvons néanmoins lutter contre les sentiments qui nous poussent à l’anéantissement.

Maud, dès lors, se tut et Zaina ne put savoir quels effets ses paroles avaient eu sur elle. Une semaine angoissante s’écoula dans l’attente de l’exécution de la terrible sentence. Elle constata de fréquents changements d’humeur chez sa jeune compagne. Elle pleurait, parfois riait ou alors s’enfermait dans un silence quasi sépulcral. Elle  écrivait et déchirait plus que d’habitude. La jeune africaine elle-même, très affectée, mit ses sautes d’humeur sur le compte de leur proche séparation.

Une dizaine de jours après cet entretien elle rentra au petit matin et trouva Maud au lit. Elle s’étonna de son silence inhabituel mais ne s’en inquiéta pas d’avantage. Mais juste avant de se coucher, comme une grande sœur,  elle se pencha sur sa cadette pour lui faire un petit câlin. C’est alors là qu’elle comprit qu’il se passait quelque chose d’anormal. N’arrivant pas à la réveiller, malgré les appels, les gifles et les secousses dont elle fit usage, elle sonna Ritchy qu’elle venait de quitter. Ce dernier très contrarié consentit cependant à leur venir en aide et trois quarts d’heure plus tard il les déposa devant une clinique avant de s’éclipser.

Chapitre 10 (publication le 21/04/2015)

Six mois s’étaient écoulés depuis la disparition de Maud bouleversant la vie des siens. Marie et Roger avaient fini par se séparer. La jeune femme était partie en laissant tout derrière elle car désormais elle n’avait plus qu’une seule préoccupation : retrouver sa fille. Roger, quant à lui, avait été doublement touché, d’abord dans son amour car Maud, sa seule enfant, lui était, malgré tout, chère, mais également dans son orgueil car il était issu d’une famille au fonctionnement tribal qui tenait à son image. Le clan n’avait jamais complètement accepté Marie. La beauté et la douceur de la jeune femme avaient seulement permis de tolérer sa liaison avec un de ses membres dans une union libre. En revanche la famille de la jeune femme avait été tenue à distance. Une situation qui avait beaucoup pesé sur l’équilibre du couple, contrariant son plein épanouissement. L’amour cependant avait réussi à combler ce handicap, et le temps qui s’était écoulé en roulant son cortège d’évènements ne leur avait pas laissé trop de cicatrices. Roger avait plutôt bien géré cette ambivalence jusqu’au coup de massue qui avait tout fait basculer. Le délicat équilibre, alors rompu, il laissa tomber la charge qui le tirait vers le bas et trouva pendant quelques temps une sorte de soulagement dans cet abandon. S’il avait laissé le temps faire son œuvre, il se serait certainement remis de ce choc et aurait fini par reprendre sa place dans son ménage. Mais, instinctivement, il se rapprocha de sa famille et celle-ci faisant fonctionner ses grands principes de sauvegarde jugea de tels évènements, auxquels elle associa mère et fille, incompatibles avec ses propres valeurs. Roger, placé sous cet éclairage, se devait de choisir son camp une fois pour toute. Tiraillé entre deux logiques il finit par s’installer dans la sécurité de son clan plutôt que d’aller affronter la vie aux côtés de sa compagne.

Supportée par sa mère, c’est donc seule que Marie se battit sans jamais baisser les bras. Après s’être d’abord reposée sur la brigade en charge de l’enquête, elle s’inquiéta en ne voyant pas celle-ci avancer et décida de s’impliquer personnellement. Elle commença par entrer en contact avec les associations qui s’occupaient de personnes disparues. On l’écouta, on la conseilla et surtout on diffusa des communiqués sur tous les médias locaux. Alors elle s’engagea un peu plus et cette après-midi-là elle était invitée par un média local.

L’animateur : Bonjour Marie et merci pour votre visite.

Marie : Bonjour c’est moi qui vous remercie de m’avoir invité

L’animateur : Voilà six mois que votre fille a disparu. Ou en êtes-vous aujourd’hui ?

Marie : Aujourd’hui, je n’ai toujours aucune nouvelle d’elle.

L’animateur : Et récemment une association a émis l’hypothèse qu’elle soit tombée dans les filets d’un réseau de prostitution.

Marie : En effet et depuis, la gendarmerie a confirmé cette hypothèse mais plus inquiétant encore c’est qu’elle n’écarte pas l’idée qu’elle ait quitté la Guadeloupe dans la foulée.

L’animateur : Pour aller où ?

Marie : N’importe où. Et c’est précisément là que réside la difficulté.

L’animateur : Marie, votre visite ce soir n’est pas tant pour aider à retrouver votre fille mais aussi pour mettre engarde les parents contre de tels menaces.

Marie : En effet je n’ai rien vu venir. Maud a du se laisser piéger par un premier amour.

L’animateur : Qui en définitive n’était pas un. Comment vous vous expliquez que vous n’ayez rien vu venir.

Marie : Comme beaucoup de gens je me suis laisser aveuglé par l’illusion d’un pays prospère dans lequel la classe moyenne à la quelle j’appartiens n’était pas concerné par tous ces faits divers qui jalonnent notre société.  En quelque sorte cela ne pouvait pas m’arriver.

            Après une demi-heure d’émission.

L’animateur : Nous vous remercions Marie d’être venue nous parler  de la disparition de votre fille et plus généralement des menaces qui planent sur les jeunes de notre pays.

 Marie : C’est moi qui vous remercie ainsi que vos auditeurs qui ont accepté de réagir en direct.

             Yaya n’avait pas perdu une miette de l’émission et quand sa fille rentra elle la félicita chaleureusement.

Man Ya : Ma fille tu as été formidable. Le bon dieu était avec toi ? J’en suis sûre.

Marie : Maman n’exagère pas quand même !

Man Ya : Je n’exagère pas du tout. D’ailleurs je sens il ne tardera pas à répondre à nos prières.

Marie : Qu’il t’entende ! Ce dont je suis sûre c’est que ton petit bain et ta tisane m’ont fait du bien car j’étais très détendue.

Man Ya : Oh ma chérie Man Ya fait ce qu’elle peut mais c’est Dieu fait la plus grosse part. En tout cas c’est une excellente chose que tu sois retournée dans ton nid  où le fait de retrouver des objets qui ont accompagné ton enfance, ont sans doute un effet bienfaisant sur ton âme.

Marie : Maman demain Maud aura dix-sept ans, je voudrais marquer l’évènement par un jeune et de la prière.

Man Ya : Oh ma petite Marie c’est une très bonne idée. Demain nous allons passer toute une journée avec Dieu. Tu peux compter sur ta maman pour ça.

            Une semaine plus tard, un mercredi, elle ne l’oubliera jamais, Marie s’apprêtait à partir travailler lorsque son portable sonna. Elle sursauta et comme toutes les autres fois, fouilla nerveusement son sac, mit la main sur l’appareil, hésita avec le pouce en l’air pour ne pas se tromper et finit par appuyer fermement sur la touche « décrochez » 

Marie : Allô, j’écoute !

L’interlocuteur : Ici clinique « Sainte Mère de Dieu » Ne quittez pas.

Marie : D’accord…

L’interlocuteur : Bonjour madame, votre numéro nous a été communiqué par l’une de nos patientes.

Marie : Mon Dieu ! Maud. C’est elle j’en suis sûre.

L’interlocuteur : Pardon ?

Marie : Vous pouvez me la décrire Madame.

L’interlocuteur : C’est une jeune fille, une métisse, teint clair, cheveux châtain et yeux noirs. Elle doit avoir entre seize et dix-sept ans. Elle a …

Marie : Maud, mon Dieu Maud, oui c’est Maud, hurla-t-elle.

L’interlocuteur : Qui est Maud madame ?

Marie : C’est ma fille. Elle a disparu il y a sept mois. Mon Dieu, Comment va-t-elle ?

L’interlocuteur : Ne quittez pas, je vais vous passer un de nos médecins.

Marie : je reste en ligne.

L’interlocuteur : Bonjour madame, je suis le docteur Bare. Si vous êtes la mère de notre jeune patiente, rassurez-vous,  elle va de mieux en mieux.

Marie : Qu’est-ce qu’elle a docteur ?

L’interlocuteur : Je ne peux pas vous expliquer ça au téléphone. Vous vous trouvez où exactement ?

Marie : A Kòlbo

L’interlocuteur : A Kòlbo ! C’est où exactement ?

Marie : Oui… à Pointe-Noire

L’interlocuteur : Pouvez-vous me préciser le département s’il vous plaît ?

Marie : Mais… je ne comprends pas, en Guadeloupe bien sûr.

L’interlocuteur : En Guadeloupe ! Ah bon ? Nous sommes en région parisienne.

Marie : En région parisienne !!!

L’interlocuteur : Oui c’est ça. Avez-vous de la famille en Métropole ?

Marie : Euuuh. Oui bien sûr.

L’interlocuteur : Eh bien demandez-leur  de se mettre en contact avec nous. Je vous repasse le secrétariat pour avoir nos coordonnées.

Marie : Bien docteur, je …

             Sa mère qui n’avait rien perdu de la conversation alla lui chercher de quoi écrire. Elle releva la précieuse information avant de raccrocher. Yaya la prit dans ses bras et sans aucune parole elle se laissa aller comme lorsqu’elle était toute petite. Après qu’elle se soit apaisée, elle écarta doucement sa mère et lui dit :

Marie : Maman, il me faut appeler Mona et partir tout de suite pour Pointe à Pitre. Je n’irai pas travailler aujourd’hui car il me faut préparer mon départ pour la Métropole. J’espère trouver facilement de la place

Man Ya : Je comprends ma chérie. Sois forte ! Mes prières te soutiendront.

            En ce moment si important, Roger lui manqua et elle aurait probablement cherché à le joindre si elle n’avait pas su qu’il était parti s’installer aux Etats-Unis après leur séparation.

*

            Mona avait rendu visite à Maud et avait trouvé sa nièce assez mal en point. Elle s’était gardée de décrire le spectacle à sa sœur  en lui donnant les nouvelles de sa fille en espérant que d’ici sa venue Maud aurait repris un peu.

             Marie ne put partir que le vendredi soir. L’avion décolla à dix-neuf heures et atterrit à Orly le lendemain à huit heures. Sa sœur l’étreignit longuement et elles ne purent retenir leurs larmes.

Marie : Comment va-t-elle ?

Mona : Beaucoup mieux mais elle est encore faible et un peu amaigrie.

Marie : Qu’est-ce qui s’est passé Mona ?  Où l’a-t-on trouvée ?

Mona : …

Marie : Mona, je suis prête à tout entendre et je m’attends au pire

Mona : Elle a été emmenée dans cet hôpital suite à une tentative de suicide par injection de produits toxiques.

Marie : Elle se droguait alors ?

Mona : Non pas forcément, elle a pu faire ça pour en finir.

Marie : Pour en finir avec quoi ?

            Mona chercha une réponse qui tarda à venir. Sa sœur coupant sa réflexion lui ordonna.

Marie : Conduis-moi tout de suite auprès d’elle

Mona : Ma chérie il vaut mieux qu’on aille d’abord à la maison pour te remettre du voyage et …

Marie : Non, Mona, il faut que je la voie tout de suite.

Mona : Bon d’accord.

            Quarante cinq minutes plus tard, elles étaient dans l’ascenseur qui les conduisait au cinquième étage de la clinique.

Mona : Marie. Tu perds ton souffle. Tu es sûre que ça va aller ?

Marie : C’est l’angoisse qui m’étreint le cœur. Mais je tiens bon.

Mona : Laisse-toi aller avant de la voir.

Marie : Non ! Ça ira. Merci Mona

Mona : Il faut que tu sois forte car elle aura besoin de toi

Marie : Je sais… je sais… ne t’inquiète pas !

Il était dix heures quinze lorsqu’elles pénétrèrent dans la chambre. Maud dormait et Marie dont l’émotion était à son maximum ne put se retenir malgré ses promesses. Elle sortit précipitamment de la pièce, se dirigea vers un petit salon d’accueil situé au bout du couloir et s’effondra sur un siège. Mona qui l’avait suivie s’assit à côté d’elle et sans prononcer un mot la prit dans ses bras jusqu’à ce qu’elle finisse par se calmer.

Marie : Excuse-moi mais c’était plus fort que moi.

Mona : Il vaut mieux que tu te soulages ainsi. Maintenant prends le temps de retrouver tes forces.

Marie : Je n’ai pas pu supporter la voir dans cet état.

Mona : Je te comprends Marie. C’est normal. Vas-y soulage-toi !

Marie : Ça va mieux maintenant. Merci … Merci pour tout ce que tu fais pour nous.

Mona : Marie tu es la seule sœur que j’aie. Sois certaine que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir… Surtout dans un pareil moment.

Marie : Je sais… Il faut que je retourne auprès d’elle.

            Maud dormait toujours. Marie tira un fauteuil pour se rapprocher du lit et lui prit la main délicatement en murmurant :

Marie : Ma petite fille

Le contact et la voix de sa mère lui traversèrent le corps pour atteindre son âme arrachant péniblement de ses lèvres :

Maud : Maman ?

Marie : Je suis là ma chérie.

Maud : Pardonne … moi … je t’en prie.

Marie : Ne dis rien ma chérie, ne dis rien.

Elle se mit à lui masser la main en s’efforçant de cacher sa souffrance. Maud avait presque instantanément ressenti la paix et la sécurité qu’apportait la présence de sa mère.  Ses larmes coulaient abondamment soulageant dans le même temps son cœur des douleurs qui s’y logeaient. Et sa mère ne put que l’accompagner.

Si depuis son admission, son état physique s’était légèrement amélioré, elle n’avait jamais quitté la bulle mentale dans laquelle elle s’était réfugiée et qui la maintenait coupée du monde extérieur. Seuls les liens qui unissaient une mère à son enfant pouvaient ainsi permettre un tel échange de sentiments. Marie resta toute la journée auprès de sa fille dialoguant avec elle sans jamais avoir besoin d’utiliser le moindre mot. Mona qui s’était absentée les rejoignit en fin d’après-midi et les deux sœurs quittèrent, enfin, l’hôpital dans la soirée.

Marie logea chez sa sœur qui la soutint du mieux qu’elle put. Mona finit par lui dire tout ce qu’elle avait appris de Zaïna qui n’avait pu s’empêcher malgré les risques qu’elle encourait de venir s’informer de l’état de celle qu’elle considérait comme sa petite sœur. Elles s’étaient rencontrées devant le lit de la jeune fille.

Le docteur qui soignait Maud reçut sa mère quatre jours après son arrivée.

Le docteur : Bonjour Madame. Ça va mieux pour vous

Marie : Ce n’est pas facile Docteur mais je tiens le coup.

Le docteur : Il le faut Madame car elle aura besoin de vous.

Marie : Qu’est-ce que vous voulez dire Docteur ?

Le docteur : Elle a beaucoup souffert, physiquement et mentalement. C’est beaucoup pour une jeune fille de son âge.

Marie : Je sais Docteur.

Le docteur : Il lui faudra beaucoup de temps et beaucoup d’amour.

Marie : Je serai entièrement à sa disposition.

Le docteur : Pourquoi son père n’est-il pas avec vous ?

Marie : Nous ne vivons pas ensemble et je n’ai pas réussi à le joindre.

Le docteur : Je dois malheureusement vous annoncer une nouvelle peu réjouissante.

Marie : Je suis prête à tout entendre Docteur.

Le docteur : Votre fille a contracté le virus du VIH

Marie : Ah…

Le docteur : Gardez confiance, car aujourd’hui la trithérapie permet sérieusement d’espérer.

Marie : Mon Dieu !

Le docteur : Ça va aller Madame ?

Marie : Oui Docteur.

Le docteur : Si vous avez encore besoin de moi… une information où n’importe quoi d’autres. N’hésitez pas !

Marie : Merci Docteur. Merci.

Elle prit congés sans laisser voir la profondeur de son trouble. Comment allait-elle apprendre cette terrible nouvelle à sa fille qui avait déjà tant souffert ? Et sa mère, comment allait-elle réagir ? Mona et ses deux enfants l’entourèrent encore un peu plus.

 Zaïna réapparut la veille de la sortie de son amie. Marie la rencontra et lui témoigna sa profonde reconnaissance pour l’aide qu’elle avait apportée à sa fille et pour lui avoir sauvé la vie.

La jeune africaine lui remit ensuite trois feuilles qu’elle avait réussies à sauver, des poèmes qu’écrivait Maud pour exorciser son séjour au royaume d’Hadès.

Mona avait sérieusement espéré que sa sœur se serait installée pendant quelques temps en Métropole pour d’une part permettre à Maud d’avoir des soins de meilleure qualité et aussi pour la protéger de la possible méchanceté des autres. Mais Marie ne voulant  abandonner ni sa mère, ni sa fille choisit de rentrer en Guadeloupe et de faire face  à son destin.

Dans l’avion qui les ramenait, pendant que Maud dormait, elle sortit les feuilles que Zaîna lui avait remises et plongea dans le cauchemar de sa fille.

Maud :

Errance Pour évoquer mon chaos

Dans les brumes du soir,

Je me suis enfoncée

Noyant dans la nuit noire

Mon âme et mes pensées.

 

Enfant, pétrie de foi

Mon pain venait de Dieu.

Au rang des hors-la loi,

Je soupe avec les gueux.

 

Un univers funèbre

Où domine la peur

Où règnent les ténèbres

M’impose son horreur.

 

Cette funeste nuit,

Est comme un purgatoire

Que m’impose la vie

Pour m’être laissée choir.

 

J’ai gardé en mémoire,

Une histoire sacrée

Où Job fût mis à part

Et ensuite comblé.

 

Peut-être qu’à mon tour

Du fond de mon trou noir,

Verrais-je, enfin, un jour

Briller l’astre du soir.

Tourments Pour évoquer mes souffrances

Au matin, mes douleurs

Ternissent les couleurs

Si belles de la vie.

 

Mais faut-il que je pleure

Sous le poids du malheur

Quand coupable, je suis ?

 

A Dieu même, j’ai peur

De confesser pour l’heure

Le pêché qui me nuit.

 

Il faut bien que mon cœur,

Cependant au seigneur,

S’ouvre et se purifie.

 

Mon bonheur fut un leurre.

Qui s’est mu en horreur

Après m’avoir séduit.

Clair-obscur

Pour évoquer mes sursauts d’espoir

 

Dans le séjour des morts,

Depuis le temps des gnomes,

Vit, sans âme, mon corps

Loin de Dieu,  loin des hommes.

 

Damnée, j’erre la nuit

Et la journée me terre,

M’empiffrant de mes fruits,

Au goût âcre et amer.

 

Coupable, j’accepte

De Dieu mon châtiment

Mais aux hommes conteste

Ma vie de chien errant.

 

Dans mes sursauts d’espoir

Je vois une aube au loin,

Compatissant regard

Qu’émet un œil divin.

 

Réduit en mort-vivant,

Tel Lazare, jadis

Dans ma tombe j’attends,

L’appel d’un divin fils.

 

Publié dans : 1 Lecture theatrale | le 3 février, 2015 |Pas de Commentaires »

La Luciole 1964-2014, 50 ans de lumière.

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Au temps où les dieux aménageaient la Terre, tandis que l’Amérique s’étirait entre les deux pôles, telles des épines dorsales d’un poisson corallien, un chapelet d’îles se dressa à la surface des eaux pour former le bassin des Caraïbes.

 2

Papillon sculpté par quelque sirène amoureuse, Karukéra déploya ses ailes exhibant aux yeux des mondes la corniche d’or, étrenne du Dieu Soleil. Des roches couleurs d’ébène, semence de volcans en chaleur, s’incrustèrent dans l’écrin forestier riche des essences telles que, mahogany, acajou rouge, courbaril, résolu, laurier rose qui en nombre se dressaient majestueusement pour recevoir l’élixir solaire. Une eau cristalline émergeant des entrailles de la terre donna naissance à une palette de rivières qui de Petite-Anse à Colas s’évertuèrent à rendre la terre fertile. La mer pour se reposer enchâssa dans la côte rocheuse des lits de sable fin. L’Eden pointe-noirien était prêt à accueillir ses premiers hôtes. Le tapé et le scieur de long s’installèrent en maître des lieux.

3

Une myriade de lunes plus tard à la faveur des tsunamis historiques sur les rives de l’île aux belles eaux, des hommes furent rejetés. Amérindiens échoués, Européens accostés, Africains déchargés, Indiens transportés. Un « zagalakatéléman » racial que le temps s’échina à mélanger pour former un peuple métissé. Pointe-Noire, Eden pour certains, Hadès pour d’autres mais Terre Promise pour tous se mit en quatre pour accueillir tous ses enfants.

4

A force d’agitations le mélange finit par se dissoudre dans une vapeur post-esclavagiste et forma ici et là quelques lueurs évanescentes. Quelques « sosyétés » telles que l’holliday’s club, l’aurore, le Foyer culturel, la société sportive pointe-noirienne et quelques autres eurent le mérite de jeter sur  des consciences groggys les premiers éclats lumineux sans toutefois provoquer l’aurore culturelle espérée.

5

Au début des années soixante tandis qu’à l’Ouest une étoile se levait pour guider quelques pionniers de la communauté sportive, un klendenden monta de la savane. Il jetait tout autour de lui des étincelles de culture créoles perforant l’obscurité coloniale et annonçant l’aube culturelle que tous inconsciemment attendaient. Ainsi naissait La Luciole.

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Comme pour tout nouveau né, il fallut des géniteurs. Louise Perrier-Latour, Yves Rémy, René Philogène, André Garnier, Max Rancé avec d’autres prirent conscience de la nécessité d’agir pour tenter d’homogénéifier cette société composite. Ils imaginèrent un liannaj culturel et devinrent ainsi les parents fondateurs de la Luciole. L’acte de naissance fut dressé le 11 juillet 1964.

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Encouragé par ses pères, la nouvelle venue s’anima et vola de création en création pour tantôt adoucir les cœurs, tantôt éclairer les esprits. Ceux qui l’avaient conçu espéraient dissiper l’obscurantisme qui parfois enveloppait les communautés. Des activités culturelles virent le jour. Après-midis récréatives, soirées dansantes, défilés carnavalesques et sorties, surprirent plus d’un puis émerveillèrent bon nombre avant d’entraîner la foule. La Luciole devenant populaire s’émancipa. Des expositions mettant en lumière l’artisanat local telles que la peinture, la photographie d’art où même le journalisme, réveillèrent des talents jusque là en hibernation dans des âmes assoupies.

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Si la Luciole est le fruit d’une réflexion commune, un homme va particulièrement contribuer à sa réussite. De Président il devint père en faisant d’elle sa fille. Pendant plus de trente ans il l’accompagna à tous ses rendez-vous, aussi bien culturels que sportifs, en se dépensant sans compter pour l’emmener de succès en succès. Vous l’avez tous reconnu. Il s’agit bien sûr du Président Yves Rémy qui nous accueille et auquel on ne peut s’empêcher de faire un petit clin d’œil.

9

Yves REMI et René PHILOGENE firent de l’émancipation de l’homme guadeloupéen la raison d’être de la Luciole. Hommes aux tempéraments complémentaires ils s’employèrent à sortir des sentiers battus en innovant avec des actions qui pouvaient déranger quelques uns, confortablement installés sur leur chaise à porteurs. Ce fut particulièrement le cas dans le domaine culturel où il fallut défricher la pensée collective pour planter de nouvelles idées. C’est ainsi qu’à une époque où nous étions encore arrière petit-fils de gaulois, ils contribuèrent à faire entrer l’histoire de la Guadeloupe dans la société à travers des manifestations telles que le théâtre. La pièce  « Menm baye, menm konba », écrite et produite par René PHILOGENE en est une vivante illustration. Cette pièce qui relate une période majeure de l’histoire de la Guadeloupe arracha de l’ombre de la colonisation la figure emblématique du colonel Delgrès  dont l’épopée en émut plus d’un. Des représentations telles des coups de projecteur sur la conscience collective furent données dans diverses villes du département. Le succès finit par déborder notre île pour atteindre les rives de la Martinique. Au fil des représentations des anecdotes avaient fleuri, certaines plus pimentées que d’autres, surtout lorsqu’elles tournaient autour des feu Gros Jacques ou autre Bardochan.  Aujourd’hui encore, il n’est pas rare qu’un reflux fasse remonter de quelque entraille un hoquet picotant.  Nos défricheurs de conscience avaient fait d’une pierre deux coups. Par le truchement du théâtre, ils avaient sortis des sous bois coloniaux les pères mêmes de la liberté, et de la rue, les anonymes qui allaient les représenter. Quelques années plus tard avec « Sonjé », autre interprétation historique, de nouvelles graines d’acteurs sont venues enrichir le terroir. C’est ainsi que Laura PERRIER-LATOUR fut révélée au public dans le rôle de la « Mulâtresse Solitude ». Mais emportés par leur élan, nos pionniers n’en restèrent pas là. Avec d’autres ils caressèrent l’idée de faire sortir la Guadeloupe de son isolement dans la Caraïbe. A une époque où la plupart des chemins qui partaient de Guadeloupe menaient non pas à Rome, mais à Paris, ils prirent l’initiative de tracer quelques raccourcis dans le bassin caribéen. Des barrières artificielles, tombèrent le temps d’une rencontre sportive ou culturelle avec un voisin anglophone. Dans le même temps des passerelles relièrent les imaginaires permettant de découvrir à travers l’adaptation théâtrale une œuvre telle que « Gouverneur de la rosée » de l’Haïtien Jacques Roumain.

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Mais la Luciole, esprit précoce après une émancipation culturelle rapide dévoila très tôt ses capacités physiques à travers l’expression sportive. Dans sa frénésie elle toucha à différents ballons mais se saisit d’un seul. Guidée sans doute par quelque dieu du sport elle préféra le basket à d’autres disciplines telles le volley-ball ou le hand-ball. Dès 1967, la première équipe masculine voyait le jour avec des joueurs tels que Gérard Perrier-Latour, Edouard Rousseau, Roland Désirée, Max Rancé, Alain Rancé, Guy Haguy, Julan Jolo surnommé Poppy, Georges-Henri Iscaye dit Toto, Jacques Labry et quelques autres. José MISHER qui ne craignait sans doute pas d’incarner l’esprit du kledenden accepta de prendre la direction de ce rassemblement pour le mener vers des lendemains qui chantent. Et de fait, gravissant les marches plus vite que prévue l’équipe, l’année suivante remporta un tournoi organisé par la ligue de basket et passa dans la division supérieure. Peu de temps après une équipe féminine lui emboita le pas. Mesdemoiselles Marie-Cécile Cayol, Jacqueline Rousseau, Josiane Perrier-Latour, Marie-Louise Rousseau pour ne citer que celles-là expérimentèrent à leur tour l’ivresse de la compétition.

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S’abreuvant des années qui s’égouttaient la Luciole s’épanouit jusqu’à s’imposer dans le paysage du basket-ball guadeloupéen, jalousement gardé par une élite citadine. Dans les années quatre-vingt, les frères Rousseau imposèrent leurs empreintes au club. Celui-ci alors tutoya les sommets avant de s’y poser en 1988, année où il gagna tout ce qui tout ce qui avait été organisé. Le championnat de la Guadeloupe, la coupe de la Guadeloupe et la coupe France-Antilles étant parmi les plus convoités. Un des joueurs emblématiques « Bozo » alla même jusqu’à déclarer « menm sé on pòt a yaout yo mèt en jé nou sèten gagné-y ». C’est d’ailleurs cette année-là que, pour la première fois, une équipe antillaise remportait une victoire sur le territoire national à Saint-Aman Les Eaux. Il s’agissait de la phase finale du championnat de France de national 4. La Luciole sortit à la troisième place et ouvrit du même coup un passage transatlantique au basket-ball guadeloupéen.

Entretemps José MISHER  appelé à d’autres occupations avait été remplacé par Calvin BRYANT mais les victoires telles des perles continuèrent à s’enfiler dans le temps qui s’allongeait tandis que la vitrine du club s’emplissait de l’éclat des mille feux que projetaient les coupes qui se multipliaient avec les années.

En ce cinquantième anniversaire voulant sans doute nous rassurer quant à l’avenir du club, les équipes sportives ont marqué la saison 2013 – 2014 d’un faisceau d’empreintes victorieuses. Chacun est allé de son éclat lumineux, de l’école de basket masculin jusqu’aux séniors qui sous la direction de Guy Rousseau ont terminé premier du championnat de deuxième division et ont signé d’ores et déjà leur retour en division excellence.

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La maturité culturelle atteinte, ses créations se diversifièrent allant jusqu’à déborder Pointe-Noire pour se répandre dans l’archipel guadeloupéen. Entretiens-débats, rencontres littéraires, dîner poétique ont été créés, imprégnant espaces public et privé d’un halo culturel. Mais dans ce foisonnement artistique le théâtre se maintint toujours à la bonne place. Au milieu d’une riche production, « La vie en face », une adaptation du roman de Charles-Henri MARICEL-BALTUS par René PHILOGENE connut en 2010 un succès régional. Avec une pièce en moyenne par an et un accompagnement privilégié de l’Artchipel, la Luciole devint une pépinière de nouveaux talents. Aux côtés des comédiens se sont élevés des écrivains et des metteurs en scène telles Ghislaine BISSECK ou Nelly BOROMEE-MIGEREL.

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Après une trentaine d’année passée à la tête de la Luciole et 2 faux départs Yves REMY, sans doute la mort dans l’âme choisit de se mettre en retrait. Et la Luciole, telle une orpheline dut s’habituer, non sans mal, aux  successeurs de son père de président, près d’une dizaine en 20 ans. Parmi eux Lucette COGNET, la seule femme qui en exerçant de 1994 à 1996 resta dans la moyenne et marqua de son empreinte féminine son passage à la tête de l’association.  D’autres nous regardent aujourd’hui de loin. C’est le cas de Jean-Elie BARDOCHAN et de Claude GAUTHIER qui cheminent dans l’autre monde aux côtés d’Yves REMI … Joseph SALMIER, Raoul CETOUT, Josée NEREE, Michel GREGOIRE, Tony SINIVASSIN et Xavier DESPLAN viennent compléter une enfilade de Présidents qui, chacun à son rythme, a su mener contre vents et marées, la Luciole jusqu’en 2014 pour nous faire vivre ce cinquantième anniversaire.

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50 ans c’est l’occasion pour nous de marquer le pas et de prendre un temps de réflexion. En1964, l’année de naissance de notre association l’homme guadeloupéen avait un impérieux besoin de se construire. Arrière petit fils d’esclave il avait, malgré lui, accumulé beaucoup de retard par rapport à la marche du monde. Sachant assez mal d’où il venait, il lui était alors impossible de connaître où il était et encore moins où aller. Aujourd’hui il a résolu deux de ses problèmes. Il sait d’où il vient et à peu près où il est. Dans cette nécessaire quête identitaire, la Luciole peut se réjouir de lui avoir donné un discret « palkonduit »

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Si aujourd’hui notre passé s’est éclairci, notre futur est toujours aussi opaque qu’au début si ce n’est davantage. Pris dans la dynamique d’un monde en déboulé nous fonçons à tombeau ouvert vers on ne sait quelle destination. Etourdit par les plats de pacotille qui nous sont servis à tour de bras, nous semblons aveugle à nos richesses naturelles et encore davantage aux menaces qui pèsent sur elles. Dans notre Eden créole où à l’origine le fruit défendu ne semble pas avoir pris racine, il est grand temps de nous lancer dans une chasse au trésor afin de cueillir les merveilles de la vie qui pourraient largement suffire à notre bonheur.

Si le klendenden veut bien nous servir de guide dans l’exploration de notre Cité d’Or, par ces temps d’éblouissement virtuel, ses petits éclats lumineux naturels seront la bienvenue.

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Programme

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Charles-Henri MARICEL-BALTUS (04/07/2014)

Contribution photographique: Edouard P-LATOUR

 

 

Publié dans : 7 Evenement | le 12 juillet, 2014 |Pas de Commentaires »

Biography

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Native of Guadeloupe, I lived abroad some years. Came back in my country, besides my professional activities I cultivated three passions, walking in forest, travelling and, of course, writing. First, I visited the Caribbean area and Haiti with its culture and its hard social realities marked me a lot. My interest for philosophy and history of religions led me to Greece, to Turkey and to the Holy Land. Later I discovered through Léon Tolstoï the Russian literature and in 1998, I visited Moscow and Sint-Petersburg. In 1999, I visited the south of USA.

Sensitive at the education of young people, with the cooperation of libraries, primary schools and associations of district I created some competes of poetry.

I already published four books in French. A collection of poems in which I celebrate the beauty of the nature while evoking the human poverty. In my trilogy (3 novels) about life and identity I tell the life of a character from his birth to his death.

On my blog (this one),  I regularly publish poems, short stories and tales which allow to discover Guadeloupe through its culture and its natural heritage. I created an english page where, I post, occasionally, english texts.

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Publié dans : 6 English creations | le 12 juin, 2014 |Pas de Commentaires »

Climate impacts ‘overwhelming’ – UN

G W 1

The impacts of global warming are likely to be « severe, pervasive and irreversible », a major report by the UN has warned. Scientists and officials meeting in Japan say the document is the most comprehensive assessment to date of the impacts of climate change on the world. Some impacts of climate change include a higher risk of flooding and changes to crop yields and water availability. Humans may be able to adapt to some of these changes, but only within limits …

Our health, homes, food and safety are all likely to be threatened by rising temperatures, the summary says. This latest Summary for Policymakers document highlights the fact that the amount of scientific evidence on the impacts of warming has almost doubled since the last report in 2007.

G W 2

« Nobody on this planet is going to be untouched by the impacts of climate change, » IPCC chairman Rajendra Pachauri told journalists at a news conference in Yokohama. …

After 2050, the risks of more severe yield impacts increases, as boom-and-bust cycles affect many regions. All the while, the demand for food from a population estimated to be around nine billion will rise. Many fish species, a critical food source for many, will also move because of warmer waters. In some parts of the tropics and in Antarctica, potential catches could decline by more than 50%.

G W 3

While the poorer countries are likely to suffer more in the short term, the rich won’t escape. « The rich are going to have to think about climate change. We’re seeing that in the UK, with the floods we had a few months ago, and the storms we had in the US and the drought in California, » said Dr Huq. « These are multibillion dollar events that the rich are going to have to pay for, and there’s a limit to what they can pay. »…

But it is not all bad news, as the co-chair of the working group that drew up the report points out. « I think the really big breakthrough in this report is the new idea of thinking about managing climate change as a problem in managing risks, » said Dr Chris Field « Climate change is really important but we have a lot of the tools for dealing effectively with it – we just need to be smart about it. »

BBC 31 March 2014 (http://www.bbc.com/news/science-environment-26810559)

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Bibliographie

Life in her show on Earth, such as an excellent director, has not probably used up all the possibilities that offers him the youngest and the most promising of these actors. But if our performance continues to harm her rather than to serve her, contributing to her destruction rather than to her construction, our part could disappear from the play well before the end of the performance. We should maybe think of it before acting.

Charles-Henri MARICEL-BALTUS

Version française

Publié dans : 6 English creations | le 2 avril, 2014 |Pas de Commentaires »

A stay in Saint-Thomas

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As any treasure, the access to this natural jewel box is protected by an administrative net and strict controls on the borders to try to discourage pirates and other immigrants who desire it. For the French visitors a simplified visa is required to transform the dream into project which a passport up to date allows to realize. To customs you must show credentials and refrain from any vegetable or culinary present. These obligations filled you can finally take advantage freely of this small brightness of precious earth of 83 km2 for 57800 inhabitants.

Solsberg

If you arrive in the daytime one of the first meetings that you make is the light. As on all the islands of the Caribbean it crosses your body until it reaches your heart which begins to shine with a contagious happiness.

We  climbed to Solsberg where we were going to stay. At a glance, from the balcony where my look took off, I realized that we had landed in a tropical Eden. I thought this treasure which was going to offer itself to us during  our entire stay had to have aroused keen interests for centuries. I experienced the strange feeling that it was entirely up to us and that nobody could steal it from our view during our stay. The next days from the sunrise to the night, insatiable, I drank pictures of this source which like a fountain of youth refreshed my soul and mysteriously cleared my body of all tensions. In the natural settings have been added, here and there, some jewels worked by man’s hand, such these cruise ships parked along the quay or this small seaplane which made turnover between Saint Thomas and the nearby islands. The sea was also strewed with a wide variety of sailboats.

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The accommodation in private homes offered us the advantage of not being contented with common holidays but getting absorbed in a cultural exploration of one of the communities which makes up the population of this american Island. This community, native of the French island of Saint-Barthelemy, is established since the 19th century at Frenchtown, a district situated on the West of Charlotte-Amalie, the capital. Most of these immigrants were fishermen. A small fishing port with its fleet still testifies of the place of this activity within the community. The women originally made straw hats and brooms.

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These « Frenchies » try to protect some of their customs. Families make traditional cakes to mark life events such as weddings, births or some holidays of the calendar. So you can occasionally savor « Black cake »,  » Rum cake « , or  » Viana cake « . The oldest people can still  express themselves, with difficulties sometimes, in French or in Creole dialect. The chapel saint-Anne set up in the 1920s on a mound in the middle of Frenchtown welcomes and keeps an eye on the faithful, Catholic in their great majority in a country where other confessions such as Lutheran, Anglican or those came from the USA are also present on the island. A museum, since 2004 grouping paintings, potteries, furniture but also photos and manuscripts offers to Saint Thomas a showcase to expose its French inheritance.

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Charlotte-Amalie is essentially turned to business. Numerous alleys cross the city and are marked out by jewelry and leather stores or by alcohol and souvenir shops. We must add peddlers coming from all over the caribbean and which are settled on a place which looks like a tent village. All these storekeepers try to draw the attention of thousands of visitors coming from the cruise ships which in high season can go up to seven. Lead by a beam of pleasant aromas and a palette of varied colors we roamed in a rather clean city, despite the liveliness, in turning into the slightest way. We went along an artists’ path where we were able to admire the work of the local painters and more. We stopped to admire taxis in the varied colors. Their original shape offers to the passengers a panoramic vision during the ride. Finally we ended up at the foot of the “99 steps” dating from the 18th century that we climbed one by one up to the summit on where we lingered before taking the way back.

Paradise

At the EAST of the city, a cable railway takes you to « Paradise Point ». With the port sheltering three huge cruise ships in our feet and the city stretching along the bay which opens on the Caribbean Sea, this point of observation offered us the most beautiful view of the island. Shops, a bar and a restaurant complete the setting.

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Inside the island there are many points of view and the panoramas are breathtaking. Two places however hold the attention of the visitor.  First, the beach of Magens Bay which has the reputation to be one of the most beautiful of the Caribbean. Its shape reminds one of a heart, which is a very original way of welcoming the visitors. White sand and turquoise blue water, sun but also shade under coconut palms, make a dream landscape which transported us, the time of a bathing, to another universe.

Then Mountain Top situated on the highest summit of the island is a pleasant place which offers among others a panoramic view on Magens Bay. The gift shop with a large collection of articles eased our choice of presents to offer when going back home.

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For the one who wants to push his curiosity beyond Saint Thomas and to soak in the jewels of this archipelago a little more, ferries allow to go from an island to the other. We chose to offer ourselves Saint-John, 52 km2 for 4100 inhabitants. After a turbulent crossing we arrived on an island wrapped in luxuriant vegetation which makes it, a wilder nature than Saint Thomas but an ideal place for hiking. A crossing of the island by local taxi revealed us some visual treasures, throughout the ballad. A stop at Annaberg Sugar Mill, the ruins of an old sugar farm dating from the colonial period, offered us a page of history close to ours. Our visit ended where it began, at Cruz Bay, the main city which still served us gift shops. In this town, we enjoyed a local bokit which we found very tasty.

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To end the stay our guests drove us to the university campus. We discovered on this occasion that the « University of the Virgin Islands », one of the most important of the Caribbean, welcome students coming not only from the Caribbean space and the USA but from the whole world. The taught program is highly varied and covers almost all of fields of activity such as business, technology, biology, law, literature, human sciences, art, environment, etc.

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The time always acting on impulse, it sped and the end of our stay came more quickly than felt. We spent a doping fifteen days which made a deep impression on us. We shall not forget those who sympathetically crossed their time with ours and let us as souvenir, either one moment, or a present. We thank more specifically our guests who by their dedication and their way of life, obviously, brought us the main part of our wonderful stay.

Friends of Saint Thomas we thank you for your welcome. Your lovely island helps to do Caribbean the most beautiful place of the world. Please protect-it!

Version française

Charles-Henri MARICEL-BALTUS

Publié dans : 6 English creations | le 28 février, 2014 |Pas de Commentaires »

Dédicaces

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Ma première rencontre avec le public des librairies a eu lieu le samedi 7 juillet à la « librairie Encre Marines » à Basse-Terre.

J’ai fait le choix de démarrer la promotion et la diffusion de mes livres en pleines vacances scolaires, plutôt que d’attendre la rentrée littéraire au mois d’octobre. Il est vrai qu’à cette période de l’année, en général, les gens sont attirés par des manifestations plus festives ou sont davantage préoccupés par l’achat des livres scolaires, mais je crois qu’il n’y a pas de temps pour les livres. Les séances de dédicace se poursuivront durant le mois d’août, le 4 à la librairie Antillaise au centre commercial Destreland et le 11 à la papeterie Perrier-Latour dans la commune de Pointe-Noire.

Ces ouvrages qui complètent ma trilogie sur la vie et la société sont porteurs d’idées nouvelles qui contribuent à la construction de la pensée guadeloupéenne et j’espère à notre devenir.  Il convient, dès à présent, de leur tracer un chemin pour qu’ils soient aux rendez-vous de la prochaine année littéraire.

Comme il fallait s’y attendre, il n’y avait pas foule, mais en regardant les choses du bon côté, ce débit a favorisé l’échange entre l’auteur et les visiteurs.

Les photos qui immortalisent cet évènement sont l’œuvre d’Héric Richard de StudioH.

RETOUR

 

 

Publié dans : 7 Evenement | le 6 août, 2012 |Pas de Commentaires »

Manman limyè pou-w

 (A lire de bas en haut)

Manman limyè pou-w dans 5 Kreyol bougie-300x224

Men manman mwen.

Men manman lanmou.

Men manman kouraj.

  livre_coeur-300x204 dans 5 Kreyol

Ti bòn atoufouni.

Ti nègrès bwa.

Ti fi bitasyon.

Ti moun bitako.

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Charles-Henri 

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Publié dans : 5 Kreyol | le 31 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

The transit of Venus

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A transit of Venus in front of the Sun occurs during the passage of the planet between the Earth and our star, darkening a small part of the solar disk. During the transit, Venus can be observed since the Earth under the shape of a small black disk moving in front of the Sun.

Transits take place by pairs (8 years of distance) and are separated by an interval of more than a century. The transit of Venus on 05 and 06 June 2012 is thus the second of the short cycle (8 years), before a wait of 105 years.

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In the Caribbean area, the emerging of Venus on the solar disk, the June 5th will be observable at about 18:00, very low on the western horizon, just before the sunset. Over there, have a look on the map.

It is imperative to equip itself with glasses « special darken », available at the opticians or the pharmacists. Without these glasses we expose ourselves to corneal hurts or to retinal burns which can lead to a definitive change of the sight.

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Venus being symbol of love, we can be also exposed to some overflowing. It is recommended to have some verses inside your heart to declaim to your lover.

If I was a poet,
You would be my Cassandre.
If I was a singer,
You would be my Marinella.
If I was a sculptor,
You would be my Pieta.
If I was a painter,
You would be my Mona Lisa.
If I was Romeo,
You would be my Juliette.
But God made me sun,
So that you  are my Venus.

If you were river,
I would be your bed.
If you were flower,
I would be your sepal.
If you were dove,
I would be your nest.
If you were siren,
I would be your ocean.
But God made you Venus,
So that I am your sun

Publié dans : 6 English creations | le 27 mai, 2012 |2 Commentaires »
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