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  AOUT 2014

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La Luciole 1964-2014, 50 ans de lumière

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Si le klendenden veut bien nous servir de guide dans l’exploration de notre Cité d’Or, par ces temps d’éblouissement virtuel, ses petits éclats lumineux naturels seront la bienvenue.

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Au Chevet de la Guadeloupe

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Une interrogation sur le devenir de la Guadeloupe et une réponse singulière dans une trilogie romanesque qui traverse la société des années 1960 aux années 2030.

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 PRESENTATION DU BLOG 

  (Vie, nature, mémoire, devenir)

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Ce blog littéraire célèbre la vie et met en valeur le patrimoine naturel et culturel de mon île, la Guadeloupe. Chaque mois qui passe emmène ses nouveaux articles et ainsi s’élève sur la toile, un monument intemporel qui sublime le réel.

Montez sur cette pirogue, et prenez les liens ci-contre qui tels des canaux vous permettront de naviguer à travers mes textes. Engagez-vous d’abord dans les pages qui présentent ma biographie et mes ouvrages publiés sans manquer le passage par la philosophie qui sous-tend mon œuvre.

Ensuite, vous pourrez vous enfoncer dans la forêt d’articles et parcourir mes créations inédites sur la nature et la mémoire. Un balisage des évènements influençant mon existence et ma pensée peut vous conduire, par moments, à traverser mon intimité. Vous déboucherez enfin sur une savane où à l’ombre d’un baobab feuillu d’épopées et de lyrismes, poètes disparus et poètes en herbe palabrent pour tenter de sauvegarder le lien intergénérationnel.

Qui que vous soyez, ce site vous offre une réelle occasion d’évasion dans un Eden tropical au passé tourmenté et à l’avenir incertain. Naviguer à votre guise en choisissant, ci-contre, votre ballade. Il vous suffit de prendre le lien qui vous tente. Il n’y a aucun risque de vous égarer car une boucle de retour vous permet de revenir, à tout moment, au point de départ.

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Publié dans : 0 ACCUEIL | le 12 août, 2009 |5 Commentaires »

La Luciole 1964-2014, 50 ans de lumière.

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Au temps où les dieux aménageaient la Terre, tandis que l’Amérique s’étirait entre les deux pôles, telles des épines dorsales d’un poisson corallien, un chapelet d’îles se dressa à la surface des eaux pour former le bassin des Caraïbes.

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Papillon sculpté par quelque sirène amoureuse, Karukéra déploya ses ailes exhibant aux yeux des mondes la corniche d’or, étrenne du Dieu Soleil. Des roches couleurs d’ébène, semence de volcans en chaleur, s’incrustèrent dans l’écrin forestier riche des essences telles que, mahogany, acajou rouge, courbaril, résolu, laurier rose qui en nombre se dressaient majestueusement pour recevoir l’élixir solaire. Une eau cristalline émergeant des entrailles de la terre donna naissance à une palette de rivières qui de Petite-Anse à Colas s’évertuèrent à rendre la terre fertile. La mer pour se reposer enchâssa dans la côte rocheuse des lits de sable fin. L’Eden pointe-noirien était prêt à accueillir ses premiers hôtes. Le tapé et le scieur de long s’installèrent en maître des lieux.

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Une myriade de lunes plus tard à la faveur des tsunamis historiques sur les rives de l’île aux belles eaux, des hommes furent rejetés. Amérindiens échoués, Européens accostés, Africains déchargés, Indiens transportés. Un « zagalakatéléman » racial que le temps s’échina à mélanger pour former un peuple métissé. Pointe-Noire, Eden pour certains, Hadès pour d’autres mais Terre Promise pour tous se mit en quatre pour accueillir tous ses enfants.

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A force d’agitations le mélange finit par se dissoudre dans une vapeur post-esclavagiste et forma ici et là quelques lueurs évanescentes. Quelques « sosyétés » telles que l’holliday’s club, l’aurore, le Foyer culturel, la société sportive pointe-noirienne et quelques autres eurent le mérite de jeter sur  des consciences groggys les premiers éclats lumineux sans toutefois provoquer l’aurore culturelle espérée.

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Au début des années soixante tandis qu’à l’Ouest une étoile se levait pour guider quelques pionniers de la communauté sportive, un klendenden monta de la savane. Il jetait tout autour de lui des étincelles de culture créoles perforant l’obscurité coloniale et annonçant l’aube culturelle que tous inconsciemment attendaient. Ainsi naissait La Luciole.

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Comme pour tout nouveau né, il fallut des géniteurs. Louise Perrier-Latour, Yves Rémy, René Philogène, André Garnier, Max Rancé avec d’autres prirent conscience de la nécessité d’agir pour tenter d’homogénéifier cette société composite. Ils imaginèrent un liannaj culturel et devinrent ainsi les parents fondateurs de la Luciole. L’acte de naissance fut dressé le 11 juillet 1964.

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Encouragé par ses pères, la nouvelle venue s’anima et vola de création en création pour tantôt adoucir les cœurs, tantôt éclairer les esprits. Ceux qui l’avaient conçu espéraient dissiper l’obscurantisme qui parfois enveloppait les communautés. Des activités culturelles virent le jour. Après-midis récréatives, soirées dansantes, défilés carnavalesques et sorties, surprirent plus d’un puis émerveillèrent bon nombre avant d’entraîner la foule. La Luciole devenant populaire s’émancipa. Des expositions mettant en lumière l’artisanat local telles que la peinture, la photographie d’art où même le journalisme, réveillèrent des talents jusque là en hibernation dans des âmes assoupies.

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Si la Luciole est le fruit d’une réflexion commune, un homme va particulièrement contribuer à sa réussite. De Président il devint père en faisant d’elle sa fille. Pendant plus de trente ans il l’accompagna à tous ses rendez-vous, aussi bien culturels que sportifs, en se dépensant sans compter pour l’emmener de succès en succès. Vous l’avez tous reconnu. Il s’agit bien sûr du Président Yves Rémy qui nous accueille et auquel on ne peut s’empêcher de faire un petit clin d’œil.

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Yves REMI et René PHILOGENE firent de l’émancipation de l’homme guadeloupéen la raison d’être de la Luciole. Hommes aux tempéraments complémentaires ils s’employèrent à sortir des sentiers battus en innovant avec des actions qui pouvaient déranger quelques uns, confortablement installés sur leur chaise à porteurs. Ce fut particulièrement le cas dans le domaine culturel où il fallut défricher la pensée collective pour planter de nouvelles idées. C’est ainsi qu’à une époque où nous étions encore arrière petit-fils de gaulois, ils contribuèrent à faire entrer l’histoire de la Guadeloupe dans la société à travers des manifestations telles que le théâtre. La pièce  « Menm baye, menm konba », écrite et produite par René PHILOGENE en est une vivante illustration. Cette pièce qui relate une période majeure de l’histoire de la Guadeloupe arracha de l’ombre de la colonisation la figure emblématique du colonel Delgrès  dont l’épopée en émut plus d’un. Des représentations telles des coups de projecteur sur la conscience collective furent données dans diverses villes du département. Le succès finit par déborder notre île pour atteindre les rives de la Martinique. Au fil des représentations des anecdotes avaient fleuri, certaines plus pimentées que d’autres, surtout lorsqu’elles tournaient autour des feu Gros Jacques ou autre Bardochan.  Aujourd’hui encore, il n’est pas rare qu’un reflux fasse remonter de quelque entraille un hoquet picotant.  Nos défricheurs de conscience avaient fait d’une pierre deux coups. Par le truchement du théâtre, ils avaient sortis des sous bois coloniaux les pères mêmes de la liberté, et de la rue, les anonymes qui allaient les représenter. Quelques années plus tard avec « Sonjé », autre interprétation historique, de nouvelles graines d’acteurs sont venues enrichir le terroir. C’est ainsi que Laura PERRIER-LATOUR fut révélée au public dans le rôle de la « Mulâtresse Solitude ». Mais emportés par leur élan, nos pionniers n’en restèrent pas là. Avec d’autres ils caressèrent l’idée de faire sortir la Guadeloupe de son isolement dans la Caraïbe. A une époque où la plupart des chemins qui partaient de Guadeloupe menaient non pas à Rome, mais à Paris, ils prirent l’initiative de tracer quelques raccourcis dans le bassin caribéen. Des barrières artificielles, tombèrent le temps d’une rencontre sportive ou culturelle avec un voisin anglophone. Dans le même temps des passerelles relièrent les imaginaires permettant de découvrir à travers l’adaptation théâtrale une œuvre telle que « Gouverneur de la rosée » de l’Haïtien Jacques Roumain.

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Mais la Luciole, esprit précoce après une émancipation culturelle rapide dévoila très tôt ses capacités physiques à travers l’expression sportive. Dans sa frénésie elle toucha à différents ballons mais se saisit d’un seul. Guidée sans doute par quelque dieu du sport elle préféra le basket à d’autres disciplines telles le volley-ball ou le hand-ball. Dès 1967, la première équipe masculine voyait le jour avec des joueurs tels que Gérard Perrier-Latour, Edouard Rousseau, Roland Désirée, Max Rancé, Alain Rancé, Guy Haguy, Julan Jolo surnommé Poppy, Georges-Henri Iscaye dit Toto, Jacques Labry et quelques autres. José MISHER qui ne craignait sans doute pas d’incarner l’esprit du kledenden accepta de prendre la direction de ce rassemblement pour le mener vers des lendemains qui chantent. Et de fait, gravissant les marches plus vite que prévue l’équipe, l’année suivante remporta un tournoi organisé par la ligue de basket et passa dans la division supérieure. Peu de temps après une équipe féminine lui emboita le pas. Mesdemoiselles Marie-Cécile Cayol, Jacqueline Rousseau, Josiane Perrier-Latour, Marie-Louise Rousseau pour ne citer que celles-là expérimentèrent à leur tour l’ivresse de la compétition.

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S’abreuvant des années qui s’égouttaient la Luciole s’épanouit jusqu’à s’imposer dans le paysage du basket-ball guadeloupéen, jalousement gardé par une élite citadine. Dans les années quatre-vingt, les frères Rousseau imposèrent leurs empreintes au club. Celui-ci alors tutoya les sommets avant de s’y poser en 1988, année où il gagna tout ce qui tout ce qui avait été organisé. Le championnat de la Guadeloupe, la coupe de la Guadeloupe et la coupe France-Antilles étant parmi les plus convoités. Un des joueurs emblématiques « Bozo » alla même jusqu’à déclarer « menm sé on pòt a yaout yo mèt en jé nou sèten gagné-y ». C’est d’ailleurs cette année-là que, pour la première fois, une équipe antillaise remportait une victoire sur le territoire national à Saint-Aman Les Eaux. Il s’agissait de la phase finale du championnat de France de national 4. La Luciole sortit à la troisième place et ouvrit du même coup un passage transatlantique au basket-ball guadeloupéen.

Entretemps José MISHER  appelé à d’autres occupations avait été remplacé par Calvin BRYANT mais les victoires telles des perles continuèrent à s’enfiler dans le temps qui s’allongeait tandis que la vitrine du club s’emplissait de l’éclat des mille feux que projetaient les coupes qui se multipliaient avec les années.

En ce cinquantième anniversaire voulant sans doute nous rassurer quant à l’avenir du club, les équipes sportives ont marqué la saison 2013 – 2014 d’un faisceau d’empreintes victorieuses. Chacun est allé de son éclat lumineux, de l’école de basket masculin jusqu’aux séniors qui sous la direction de Guy Rousseau ont terminé premier du championnat de deuxième division et ont signé d’ores et déjà leur retour en division excellence.

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La maturité culturelle atteinte, ses créations se diversifièrent allant jusqu’à déborder Pointe-Noire pour se répandre dans l’archipel guadeloupéen. Entretiens-débats, rencontres littéraires, dîner poétique ont été créés, imprégnant espaces public et privé d’un halo culturel. Mais dans ce foisonnement artistique le théâtre se maintint toujours à la bonne place. Au milieu d’une riche production, « La vie en face », une adaptation du roman de Charles-Henri MARICEL-BALTUS par René PHILOGENE connut en 2010 un succès régional. Avec une pièce en moyenne par an et un accompagnement privilégié de l’Artchipel, la Luciole devint une pépinière de nouveaux talents. Aux côtés des comédiens se sont élevés des écrivains et des metteurs en scène telles Ghislaine BISSECK ou Nelly BOROMEE-MIGEREL.

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Après une trentaine d’année passée à la tête de la Luciole et 2 faux départs Yves REMY, sans doute la mort dans l’âme choisit de se mettre en retrait. Et la Luciole, telle une orpheline dut s’habituer, non sans mal, aux  successeurs de son père de président, près d’une dizaine en 20 ans. Parmi eux Lucette COGNET, la seule femme qui en exerçant de 1994 à 1996 resta dans la moyenne et marqua de son empreinte féminine son passage à la tête de l’association.  D’autres nous regardent aujourd’hui de loin. C’est le cas de Jean-Elie BARDOCHAN et de Claude GAUTHIER qui cheminent dans l’autre monde aux côtés d’Yves REMI … Joseph SALMIER, Raoul CETOUT, Josée NEREE, Michel GREGOIRE, Tony SINIVASSIN et Xavier DESPLAN viennent compléter une enfilade de Présidents qui, chacun à son rythme, a su mener contre vents et marées, la Luciole jusqu’en 2014 pour nous faire vivre ce cinquantième anniversaire.

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50 ans c’est l’occasion pour nous de marquer le pas et de prendre un temps de réflexion. En1964, l’année de naissance de notre association l’homme guadeloupéen avait un impérieux besoin de se construire. Arrière petit fils d’esclave il avait, malgré lui, accumulé beaucoup de retard par rapport à la marche du monde. Sachant assez mal d’où il venait, il lui était alors impossible de connaître où il était et encore moins où aller. Aujourd’hui il a résolu deux de ses problèmes. Il sait d’où il vient et à peu près où il est. Dans cette nécessaire quête identitaire, la Luciole peut se réjouir de lui avoir donné un discret « palkonduit »

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Si aujourd’hui notre passé s’est éclairci, notre futur est toujours aussi opaque qu’au début si ce n’est davantage. Pris dans la dynamique d’un monde en déboulé nous fonçons à tombeau ouvert vers on ne sait quelle destination. Etourdit par les plats de pacotille qui nous sont servis à tour de bras, nous semblons aveugle à nos richesses naturelles et encore davantage aux menaces qui pèsent sur elles. Dans notre Eden créole où à l’origine le fruit défendu ne semble pas avoir pris racine, il est grand temps de nous lancer dans une chasse au trésor afin de cueillir les merveilles de la vie qui pourraient largement suffire à notre bonheur.

Si le klendenden veut bien nous servir de guide dans l’exploration de notre Cité d’Or, par ces temps d’éblouissement virtuel, ses petits éclats lumineux naturels seront la bienvenue.

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Programme

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Charles-Henri MARICEL-BALTUS (04/07/2014)

Contribution photographique: Edouard P-LATOUR

 

 

Publié dans : 1.2 Mes échos | le 12 juillet, 2014 |Pas de Commentaires »

Au chevet de la Guadeloupe

 LA MALADIE 

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Il est inquiétant de constater, à quel point, le devenir de la Guadeloupe, est absent des fréquentes joutes politiques et sociales qui rythment notre société. Cependant vu les menaces économiques, sociales et environnementales,  qui pèsent sur nous on aurait tort de ne pas nous en inquiéter.

Si les mouvements sociaux permettent de faire remonter des problèmes dissimulés derrière une façade d’aisance, ils ne sont que les symptômes d’une société en mal d’être qui a besoin d’un traitement de fond. Celui-ci ne pourra être élaboré qu’à l’issue d’un large et franc débat entre tous les représentants de la société et en y mettant au centre que le seul intérêt du pays. Il faudrait donc oublier, pour un temps, les enjeux de pouvoirs qui dominent notre société et être animé que par la seule volonté de construire un avenir pour nos enfants. On ne peut faire l’économie de ce consensus  si l’on veut réellement trouver une solution à ces crises larvées qui cachent en réalité un malaise institutionnel, voire existentiel. Si le statut départemental  répondait aux préoccupations du début du siècle dernier, il y a bien longtemps qu’il a montré ses limites dans des territoires dont les pouvoirs de décision sont certes artificiellement  proches mais restent naturellement et culturellement éloignés. De plus la société n’a pas cessé d’évoluer depuis 1946 et aujourd’hui nous vivons  dans un monde en pleine mutation et dans lequel les équilibres séculaires s’effondrent les uns après les autres. Pour survivre il faudra s’adapter en privilégiant des bases locales plutôt que nationales. La république nous offre quelques outils ? Article 73 ou article 74 ? Le premier modifie la posologie sans changer le traitement tandis que le second établit une nouvelle ordonnance et force le malade à devenir acteur de sa santé.

La société guadeloupéenne est multiethnique et multiculturelle. Elle baigne en outre  dans une atmosphère où persiste encore un relent de colonialisme qui imprègne les esprits et affecte les comportements. Une population existe certes, mais un peuple est à construire en marge des oripeaux et des paillettes.

Si la Guadeloupe « sé tan nou », la Guadeloupe de demain « sé ké ta ti moun an nou » et nous avons la responsabilité de construire un pays qui leur garantit durablement le gîte et le couvert avant les fioritures. Comprenez donc, que si le présent s’impose à nous, demain sera encore plus important. C’est donc lui qui doit d’abord inspirer nos comportements et orienter nos choix dans un monde où l’on assiste à l’émergence d’un nouvel ordre économique.

LE DIAGNOSTIC

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La trilogie qui est présentée ici traverse la société guadeloupéenne des années 1960 aux années 2030. Elle jalonne la vie d’un personnage, Taali, et entraîne le lecteur dans un voyage spatio-temporel qui l’emmène de  Kòlbo à Kòlbo, petite communauté rurale en Guadeloupe. On voit évoluer les mentalités tandis que l’enfant puis l’homme prend conscience peu à peu de la complexité de la vie et de la fragilité de son pays.

L’œuvre comprend trois romans: « D’une vie à l’autre », « La vie en face » et  «  La vie au fil des temps ».

D’une vie à l’autre

(Paru aux Editions Nestor en 2012 est une réédition de Face à la mort)

La communauté de Kòlbo dans laquelle Taali naît et grandit paisiblement est de temps à autre le siège d’évènements mystérieux qui ne manquent pas d’interroger la curiosité de l’enfant. Mais c’est surtout la mort de sa grand-mère qui va, comme une lame de fond, soulever une vaste interrogation mystico-religieuse et identitaire. Celle-ci entraine un premier bouleversement des croyances du jeune garçon, avant que le destin ne l’emmène à percer de nouvelles niches culturelles. Avec son ami Pa Jo l’haïtien, adolescent,  il découvre les traditions africaines mais aussi l’esclavage des peuples dont il est issu. Un peu plus tard Julie, son premier amour, lui fait faire une incursion dans la pensée orientale à travers le bouddhisme. Ces deux rencontres vont le bouleverser et provoquer l’effondrement de ses certitudes. Dès lors une double quête s’impose à lui.

La vie en face

(Paru aux Editions Ibis Rouge en 2009)

Ce deuxième roman a pour toile de fond les menacent qui pèsent sur nos plus jeunes dans un environnement étiré démesurément par la dimension virtuelle. Dans le même temps Taali après 30 ans d’errance existentielle regagne la Guadeloupe où  il trouve asile chez Yaya, une ancienne connaissance de sa grand-mère. Le drame qui frappe Maud, la petite fille de cette dernière, celui de toute une jeunesse et le mode de vie des habitants du quartier lui font très vite prendre conscience qu’en marge de la vitrine dans laquelle s’affiche ostensiblement l’image d’une société prospère, se joue une réalité bien différente. Il lutte pour rétablir le lien intergénérationnel et s’acharne à faire de Kòlbo une communauté multiethnique.  Il cherche à faire partager ses inquiétudes sur le devenir d’un territoire qui dépend entièrement de l’extérieur pour sa survie.

La vie au fil des temps

(Paru aux Editions Nestor en 2012)

Avec ce roman d’anticipation l’auteur boucle sa trilogie. En partant de nos réalités économiques, sociales et environnementales, il imagine un scénario d’avenir pour la Guadeloupe dans les années 2030. C’est une période troublée où la France, elle-même, confrontée à des crises multiples et sans précédent, délaisse ses filles d’outre-mer, au moment où celles-ci font face à des évènements naturels d’ampleur. A quatre-vingt ans passés, après un mystérieux et édifiant voyage dans le futur à des centaines d’années de son époque, Taali va reprendre son bâton de pèlerin pour guider la communauté de Kôlbo à travers les débris d’un monde qui s’effondre. Il s’agit d’un pèlerinage sur la voie de son propre destin. Dans le même temps le patriarche arrive au bout de sa quête.

  LA VOIE DE LA GUERISON

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Je viens d’une communauté rurale de la Côte Sous le Vent où la tradition a su attacher les hommes à l’histoire et à la géographie de leur pays. C’est la raison pour laquelle, en dépit de mon parcours, j’ai su rester attentif au pouls de la Guadeloupe, cette terre qui m’a vu naître et que j ’aime comme une véritable mère nourricière. Depuis longtemps déjà je m’inquiète pour sa santé, dans sa marche forcée à l’occidental. Mais les poussées de tension qui l’affectent aujourd’hui, me font craindre le pire pour ce papillon qui a trop longtemps caché ses blessures.  L’île d’émeraude qui avec sa beauté naturelle ne manque pas d’atouts, souffre aujourd’hui de multiples maux : l’empoisonnement de ses terres, la pollution de ses eaux et de son air, le malaise de sa jeunesse, son isolement dans la Caraïbe, la fréquence des conflits sociaux et, pardessus tout, l’absence de maîtrise de son destin. C’est dire qu’elle a plus que jamais besoin de tous ses enfants pour la sortir de cette mauvaise passe. Le temps presse et il faut compter avec la menace écologique planétaire, la crise économique mondiale, et l’inévitable séparation avec la mère patrie qui en dépit des volontés artificielles entre dans l’ordre naturel des choses. Ceux qui l’aiment vraiment doivent faire passer sa survie avant tout autre intérêt personnel ou communautaire, aussi légitime qu’il puisse paraître. Comprenons tous que notre pseudo niveau économique et social est purement artificiel et que dès maintenant il nous faut avoir le courage de regarder la réalité en face, celle de la Caraïbe, et apprendre à modérer notre mode de vie à l’occidental, basé sur une consommation effrénée.

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Publié dans : 1.1 Mes chroniques litteraires | le 4 mai, 2014 |Pas de Commentaires »

Génocides

tête de mort

Témoignage d’une rescapée, Jocelyne (ONU programme de communication sur le génocide au Rwanda)

Une dizaine de milliers de personnes avaient fui vers l’église… Après une semaine, les milices ont commencé à nous attaquer… Ils sont entrés avec des machettes, des haches, des grenades et des fusils… Ils se sont rués dans la foule. Après avoir tué les gens pendant environ huit heures, ils ont dit qu’ils étaient fatigués, qu’ils avaient besoin de quelque chose pour les aider à retrouver leur énergie. Donc, ils ont choisi les filles qui étaient encore en vie et les ont violées. Puisque les cadavres n’ont pas été retirés, nous avons dû dormir dans l’église à côté d’eux, même quand ils ont commencé à pourrir. Le troisième jour, ils n’ont pas tué mais passé la journée entière juste à violer des femmes dans les différents coins de l’église… Ils m’ont violée pendant que tous mes enfants regardaient. Je ne me souviens que des cinq premiers hommes. Après cela, j’ai commencé à perdre connaissance. Même inconsciente ils ont continué à me violer… J’ai eu un pressentiment que je pourrais survivre si je prenais un enfant et m’enfuyais. J’ai regardé mes trois enfants, et ils étaient tous si gentil avec moi que je ne pouvais pas en choisir un. Mais je savais aussi que je ne pouvais pas courir avec les trois. Finalement, mon cœur me dit de prendre l’ainé, alors j’ai couru vers la porte de l’église avec lui. Beaucoup d’autres gens couraient aussi, et je suis tombée. J’ai mis mon corps sur mon fils pour le protéger.

Pendant ce temps, les gens tombaient sur moi, sur quatre couches, et les milices ont commencé à réduire en morceaux ceux d’en haut. Ils ont coupé et ont tué la première couche, la deuxième couche la troisième couche. J’ai réalisé que j’étais la prochaine. Alors qu’ils coupaient les gens, le sang tombait sur nous. J’avoue que j’avais tellement soif que lorsque le sang coulait dans ma bouche, que je l’ai bu… Quand mon tour est arrivé, les miliciens ont dit,  » Je pense que ceux-ci sont déjà morts.  » J’ai fait semblant de l’être… J’ai attendu, puis me suis réveillé autour de 03h00, je ne savais pas où j’étais, mais je me suis souvenue de l’église et des cadavres. Je me suis déplacée lentement, pas à pas, sur les morts et les blessés, totalement désorientée. Mon fils était en vie, mais j’ai appris plus tard que mes deux autres enfants avaient été tués après que je les eu laissés derrière dans l’église. Tous les survivants ont des problèmes, mais les survivants qui ont vécu ce que j’ai vécu ont de plus grands défis encore. J’attends la mort bientôt…

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Xavier Lassalle Médecins Sans Frontières (Témoin du génocide Rwandais)

Il y a très peu de choses qui peuvent retenir les instincts de folies. Je pense que quand sous la pression d’une autorité ou d’un groupe, ici les miliciens hutus, les gens sont poussés à commettre des atrocités, ils transgressent des interdits très forts. Après la première transgression, c’est fini, les repères sont  perdus et on est prêt à faire n’importe quoi pour sauver sa vie ou celle de ses proches. Cette folie collective, instrumentalisée, quand elle s’embrase, même les plus machiavéliques ne se doutent  pas de jusqu’où ça peut aller. On est face à des fous furieux, aveuglés de haine mais aussi de peur.  Je n’ai jamais retrouvé ça ailleurs à cette échelle.

C’est là qu’on se rend compte de l’extrême fragilité de la civilisation. J’y crois, mais c’est très fragile. Les garde-fous que pourraient être la culture, les valeurs sociales, humaines ou la religion sont balayés. Même des ecclésiastiques ont tué à la machette… Je me souviens d’une personne africaine qui était sur place avec moi, qui m’a aidé à soigner des patients qui a pris des risques pour cela, qui a été témoin des mêmes atrocités que moi et qui m’a ensuite écrit pour me demander de ne pas croire tout ce qui était publié sur ce génocide car pour elle c’était faux et que les « méchants » n’étaient pas ceux que l’on croyait. Le niveau d’intoxication, de violence et de folie était tel que les gens sont capables de nier l’évidence.

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Génocides du 20ème siècle (grand Atlas de l’histoire du monde)

1915-1917: Massacre systématique de la population arménienne par les Turcs, 1 500 000 victimes

1941-1945: Mise en œuvre de la « solution finale » processus d’élimination des juifs d’Europe par les nazis (Holocauste ou shoah) 5 000 000 à 6 000 000 de victimes

1941-1945: Extermination des populations tsiganes d’Europe dans les camps nazis, 800 000 victimes

1967-1970: Hécatombe au sein de la minorité Ibo du Biafra, en guerre contre L’armée fédérale du Nigéria, 1 000 000 de victimes

1975-1979: Elimination massive de civils cambodgiens sous le régime des Khmers rouges 2 000 000 de victimes

1985-1999: Destruction de villages kurdes par les forces irakiennes 400 000

1992-1999: En ex-Yougoslavie, persécution des Bosniaques puis des Kosovars par les Serbes, dans le cadre de la « purification ethnique » 200 000 à 250 000 victimes

1994: Massacres des représentants du groupe ethnique Tutsi par les Hutu au Rwanda 500 000 à 800 000 victimes

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Civilisation ? (Charles-Henri MARICEL-BALTUS)

On pourrait tenter de se donner bonne conscience en se persuadant qu’il s’agit d’actes primitifs isolés. Mais ce serait comme se voiler la face, car bien au contraire les nations dites civilisées quand elles ne sont pas directement concernées ne sont jamais très loin. Mais pour moi le plus important n’est pas de chercher les responsabilités d’untel ou de tel groupe. C’est la tâche des tribunaux et des historiens. Si la réalité des faits dépasse en horreur l’imagination, leurs productions devraient générer la plus grande des inquiétudes, s’agissant du devenir de l’humanité. Une pensée effrayante me colle à l’esprit. « Des centaines de million d’années d’évolution biologiques et des dizaines de milliers d’années d’évolution culturelle pour en arriver là ». Car il n’y a pas de doute. Il n’y qu’un seul et même responsable. C’est l’homme bien entendu.

Comment concevoir sans effroi que dans un environnement approprié l’intelligence peut se mettre au service de l’instinct et satisfaire aveuglément à ses besoins les plus primaires. Ce qui est encore plus incroyable, c’est la rapidité avec la quelle peut se produire ce que nous appelons « la régression ». Cependant quand on analyse la vie en profondeur et que l’on comprend que la survie est conditionnée par l’instinct qui satisfait en priorité aux 3 besoins primaires que sont « se nourrir », « se protéger » et se reproduire », il ne faut pas s’étonner de le trouver agissant dans nos civilisations à travers homo sapiens sapiens. Ce dernier lui offre, pour le meilleur ou pour le pire, toute une panoplie de moyens modernes d’expression. Ce sont par exemple toutes les armes policées que l’ont utilise en milieu aseptisé pour s’arroger le pouvoir et qui font dans nos sociétés modernes, des victimes d’une autre nature.

Il me paraît indispensable de s’interroger sur la façon d’éviter de telles horreurs qui peuvent survenir n’importe où et à n’importe quel moment. On doit se rappeler que chez l’homme l’acte est généralement précédé par le verbe, un couteau à double tranchant qui se met insidieusement au service de la propagande. Il convient de dénicher très tôt les graines de xénophobie et de racisme semées dans les terreaux culturels afin de les extirper  avant qu’ils ne croissent dangereusement sur des terres politiques préparées. Davantage que des gouttes dans un océan elles peuvent être les étincelles qui provoquent l’incendie.

Publié dans : 1.2 Mes échos | le 11 avril, 2014 |Pas de Commentaires »

Rapport accablant sur le réchauffement climatique – l’ONU

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Un rapport majeur de l’ONU avertit que les conséquences liées au réchauffement climatique seront sans aucun doute  « graves, profondes et irréversibles ». Des scientifiques et des dirigeants réunis à Yokohama au Japon publient dans un rapport, le  plus complet jusqu’à présent, les impacts du changement climatique dans le monde. Inondation, affectation du rendement des récoltes et difficultés d’accès à l’eau constituent quelques-uns des graves menaces énumérées dans ce rapport. L’humanité pourra sans doute s’adapter à ces changements, mais seulement dans certaines limites. …

Notre santé, notre habitat, notre nourriture et notre sécurité seront probablement menacés, dit ce rapport. Ce dernier souligne que les preuves scientifiques des impacts liés au réchauffement climatique ont presque doublé depuis celui publié en 2007.

G W 2

« Personne sur cette planète ne sera épargnée par ces bouleversements » a déclaré aux journalistes lors de la conférence de presse RAJENDRA PACHAURI  le Président IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change). …

Après 2050, les risques les plus sévères sur le rendement des récoltes s’accroitront et beaucoup de régions auront une croissance en dents de scie. Pendant ce temps, la demande en nourriture d’une population évaluée à neuf milliards augmentera. Beaucoup d’espèces de poisson, source vitale d’alimentation pour un grand nombre, migreront à cause de l’élévation de la température des eaux. Dans certaines régions des tropiques ou de l’Antarctique, les potentiels de pêche pourraient diminuer de moitié.

G W 3

Tandis que les pays plus pauvres vont à court terme souffrir le plus, les riches n’y échapperont pas. » Ces derniers temps les inondations aux Royaume-Uni, les tempêtes en Europe et la sécheresse en Californie ont coûté des milliards aux nations concernées. Seront-elles toujours en mesure de faire face à de telles dépenses ? S’interroge Dr Huq …

Mais il n’y a pas que des mauvaises nouvelles a indiqué  le co-président du groupe de travail qui a rédigé ce rapport. « Je pense que la vraie grande percée lors de cette réunion a été de reconnaître dans le réchauffement climatique, la nécessité de manager les risques » a souligné le Dr Chris Field et d’ajouter  » le Changement climatique est vraiment important mais nous pouvons y faire face. Il nous faudrait juste agir intelligemment.

BBC 31 March 2014 (http://www.bbc.com/news/science-environment-26810559)

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Bibliographie

La Vie, à l’instar d’un excellent metteur en scène, n’a probablement pas épuisé pour son spectacle terrien, toutes les possibilités que lui offre le plus jeune et le plus prometteur de ces comédiens. Mais si notre prestation continue à la desservir plutôt qu’à la servir, contribuant à sa destruction plutôt qu’à sa construction, notre rôle pourrait disparaître du jeu bien avant la fin de la représentation. Nous devrions peut-être y penser avant d’agir.

Charles-Henri MARICEL-BALTUS

English version

Publié dans : 1.4 Ma terre (nature, environnement) | le 2 avril, 2014 |1 Commentaire »

Climate impacts ‘overwhelming’ – UN

G W 1

The impacts of global warming are likely to be « severe, pervasive and irreversible », a major report by the UN has warned. Scientists and officials meeting in Japan say the document is the most comprehensive assessment to date of the impacts of climate change on the world. Some impacts of climate change include a higher risk of flooding and changes to crop yields and water availability. Humans may be able to adapt to some of these changes, but only within limits …

Our health, homes, food and safety are all likely to be threatened by rising temperatures, the summary says. This latest Summary for Policymakers document highlights the fact that the amount of scientific evidence on the impacts of warming has almost doubled since the last report in 2007.

G W 2

« Nobody on this planet is going to be untouched by the impacts of climate change, » IPCC chairman Rajendra Pachauri told journalists at a news conference in Yokohama. …

After 2050, the risks of more severe yield impacts increases, as boom-and-bust cycles affect many regions. All the while, the demand for food from a population estimated to be around nine billion will rise. Many fish species, a critical food source for many, will also move because of warmer waters. In some parts of the tropics and in Antarctica, potential catches could decline by more than 50%.

G W 3

While the poorer countries are likely to suffer more in the short term, the rich won’t escape. « The rich are going to have to think about climate change. We’re seeing that in the UK, with the floods we had a few months ago, and the storms we had in the US and the drought in California, » said Dr Huq. « These are multibillion dollar events that the rich are going to have to pay for, and there’s a limit to what they can pay. »…

But it is not all bad news, as the co-chair of the working group that drew up the report points out. « I think the really big breakthrough in this report is the new idea of thinking about managing climate change as a problem in managing risks, » said Dr Chris Field « Climate change is really important but we have a lot of the tools for dealing effectively with it – we just need to be smart about it. »

BBC 31 March 2014 (http://www.bbc.com/news/science-environment-26810559)

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Bibliographie

Life in her show on Earth, such as an excellent director, has not probably used up all the possibilities that offers him the youngest and the most promising of these actors. But if our performance continues to harm her rather than to serve her, contributing to her destruction rather than to her construction, our part could disappear from the play well before the end of the performance. We should maybe think of it before acting.

Charles-Henri MARICEL-BALTUS

Version française

Publié dans : 2.6 English creations | le 2 avril, 2014 |Pas de Commentaires »

Paradis créole / Creole heaven

Eden tropical

La Guadeloupe est un petit coin de paradis qui rappelle la terre au commencement. Mais pour combien de temps encore ? S’il vous plaît, protégeons-là de notre appétit de vivre !

Guadeloupe is a little piece of heaven which reminds Earth at first. But how long still ? Please let us protect-it from our zest for life !

Publié dans : 1.4 Ma terre (nature, environnement) | le 10 mars, 2014 |1 Commentaire »

Un séjour à Saint-Thomas

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Comme tout trésor, l’accès à ce petit écrin caribéen est protégé par un filet administratif et des contrôles stricts aux frontières pour tenter de décourager flibustiers et autres clandestins qui le convoitent. Pour les visiteurs français un visa simplifié est requis afin de transformer le rêve en projet qu’un passeport à jour permet de réaliser. A la douane, il faut montrer patte blanche et s’abstenir de tout présent végétal ou culinaire. Ces obligations remplies, on peut enfin profiter librement de ce petit éclat de terre précieuse de 83 km2 pour 57800 habitants.

Solsberg

L’une des premières rencontres que l’ont fait si on arrive de jour, c’est celle avec la lumière. Comme dans toutes les îles de la caraïbe, elle vous traverse le corps jusqu’à atteindre votre cœur qui se met à rayonner d’un bonheur contagieux.

Nous grimpâmes jusqu’à Solsberg où nous nichions. D’un coup d’œil, depuis le balcon d’où mon regard prit son envol, je compris que nous avions atterri dans un Eden tropical. Ce trésor qui allait s’offrir à nous durant tout notre séjour, pensais-je, avait du être des siècles durant, l’objet de nombreuses convoitises. J’éprouvai l’étrange sentiment qu’il nous appartenait tout entier et  que personne ne pourrait le dérober à notre vue pendant notre séjour. Les jours suivants du lever du soleil à tard dans la nuit, insatiable je m’abreuvai des images de cette source qui tel un élixir de jouvence rafraîchissait mon âme et débarrassait  miraculeusement mon corps des tensions installées. Au décor naturel venaient s’ajouter, par-ci, par-là, quelques bijoux travaillés à la main d’homme, tels que ces bateaux de croisière à quai ou ce petit hydravion qui faisait des rotations entre Saint-Thomas et les îles voisines. La mer était également parsemée d’une grande variété de voiliers.

Un séjour à Saint-Thomas dans 1.3 Mes coups de coeur frenchtown-300x225

Le logement chez l’habitant nous offrit l’avantage de ne pas nous contenter de rester à fleurs d’île mais de plonger dans une exploration culturelle de l’un des groupes qui forment la population de cette île américaine. Cette communauté, originaire de l’île de Saint-Barthélemy, est établie depuis le 19è siècle à Frenchtown, un quartier situé à l’Ouest de Charlotte Amalie, la capitale. La plupart de ces immigrants étaient des pêcheurs. Un petit port de pêche avec sa flotte témoigne encore de la place de cette activité au sein de la collectivité. Les femmes à l’origine fabriquaient des chapeaux de paille et des balais.

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Ces « Frenchies » ont la volonté de sauvegarder certaines de leurs coutumes. Des familles fabriquent des gâteaux traditionnels pour marquer les évènements de la vie tel que le mariage, la naissance où certaines fêtes du calendrier. Ainsi peut-on à l’occasion déguster « Black cake », « Rum cake », ou « Viana cake ». Les plus anciens savent encore s’exprimer, avec difficultés parfois, en français ou en créole. La chapelle Sainte-Anne érigée dans les années 1920 sur un mamelon au milieu de Frenchtown accueille et veille sur les fidèles, catholiques dans leur grande majorité dans un pays où sont présentes d’autres confessions telles que les luthériens, les anglicans ou celles venues des USA. Un musée depuis 2004 regroupant peintures, poteries, meubles mais aussi photos et manuscrits offre à Saint-Thomas une vitrine pour exposer son héritage français.

Ch-Amalie

Charlotte Amalie est essentiellement tournée vers le bisness. De nombreuses ruelles sillonnent la ville et sont jalonnées de bijouteries, de maroquineries et de magasins de vente d’alcool ou de souvenirs. A cela s’ajoutent des pacotilleurs venant de tous les coins de la caraïbes et qui sont installés sur une place qui prend l’allure d’un village de toile. Tous ces commerçants tentent d’attirer l’attention des milliers de visiteurs que débarquent chaque jour les bateaux de croisière qui en haute saison peuvent se compter jusqu’à sept. Portés par un faisceau d’arômes agréables et une palette de couleurs variées, nous avons déambulé dans une ville assez propre malgré l’animation, en nous faufilant dans la moindre allée. Nous avons longé un passage où nous avons pu admirer le travail des peintres locaux et d’ailleurs. Nous nous sommes arrêtés pour admirer des taxis aux couleurs variées. Leur forme  originale offre aux passagers une vision panoramique pendant la course. Nous avons enfin échoué au pied des 99 marches, datant du 18è siècle, que nous avons grimpées une à une jusqu’au sommet où nous nous sommes attardés avant de prendre le chemin du retour.

Paradise

A l’Est de la ville, un téléphérique vous emmène à « Paradise Point ». Avec le port abritant trois immenses bateaux de croisières à nos pieds et la ville s’étirant le long de la baie qui s’ouvre sur la mer des caraïbes, ce point d’observation nous a offert la plus belle vue de l’île. Des magasins de souvenirs, un bar et un restaurant complètent le décor.

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A l’intérieur de l’île, les points de vue sont nombreux et les panoramas à couper le souffle. Deux endroits cependant retiennent l’attention du visiteur. D’abord la plage de Megens Bay qui a la réputation d’être l’une des plus belles des Caraïbes. Sa forme rappelle un cœur, ce qui est une façon très originale d’accueillir les visiteurs. Sable blanc et eau turquoise, du soleil mais aussi de l’ombre sous les cocotiers, forment un paysage de rêve qui nous a transportés, le temps d’une baignade, dans un autre univers.

Ensuite Mountain Top  situé sur le plus haut sommet de l’île est un endroit agréable qui offre entre autre une vue panoramique sur Megens Bay. La boutique de souvenir avec une grande variété d’articles nous facilita dans nos choix de présents à offrir à notre retour.

StJohn

Pour celui qui veut pousser sa curiosité au-delà de Saint-Thomas et s’imprégner un peu plus des joyaux de cet archipel, des ferrys permettent de se rendre d’une île à l’autre. Nous avons choisi de nous offrir Saint-John 52 km2 pour 4100 habitants. Après une traversée mouvementée nous mîmes pied sur une île enveloppée dans une végétation luxuriante qui fait d’elle une nature bien plus sauvage que Saint-Thomas mais un endroit idéal pour la randonnée. Une traversée de l’île en taxi local nous permit de découvrir tout au long de la ballade quelques trésors visuels. Une halte à Annaberg Sugar Mill, les ruines d’une ancienne exploitation sucrière datant de l’époque coloniale, nous offrit une page d’histoire que nous n’avions eu aucun mal à rapprocher de la nôtre. Notre visite se termina où elle avait commencé à Cruz Bay, la ville principale qui nous servirent encore des magasins de souvenirs. Nous dégustâmes dans cette ville, un bokit local que nous avons trouvé très appétissant.

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Pour terminer notre séjour nos hôtes nous ont fait faire un détour par le campus universitaire. Nous avons découvert à cette occasion que the « University of the Virgin Island » l’un des plus importants de la Caraïbe accueille des étudiants venant non seulement de l’espace caribéen et des USA mais du monde entier. Le programme enseigné est très varié et couvre la quasi-totalité des domaines d’activités tels que bisness, technologie, biologie, droit, littérature, sciences humaines, art, environnement, etc.

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Le temps faisant toujours à sa tête, il fila à notre insu et vint plus rapidement que perçu, le moment des « au revoir ». Nous avons passé quinze jours qui ont enrichi notre expérience et qui marqueront notre existence. Nous n’oublierons pas ceux qui ont sympathiquement croisé leur temps avec le nôtre et qui nous ont laissé en souvenir, soit un moment, soit un présent. Nous remercions tout particulièrement nos hôtes qui par leur dévouement et leur façon de vivre nous ont incontestablement apporté l’essentiel durant notre merveilleux séjour.

Amis de Saint-Thomas nous vous remercions pour votre accueil. Votre belle île contribue à faire des Caraïbes, le plus bel endroit du monde. S’il vous plait, protégez-la !

English version

Charles-Henri MARICEL-BALTUS

Publié dans : 1.3 Mes coups de coeur | le 28 février, 2014 |Pas de Commentaires »

A stay in Saint-Thomas

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As any treasure, the access to this natural jewel box is protected by an administrative net and strict controls on the borders to try to discourage pirates and other immigrants who desire it. For the French visitors a simplified visa is required to transform the dream into project which a passport up to date allows to realize. To customs you must show credentials and refrain from any vegetable or culinary present. These obligations filled you can finally take advantage freely of this small brightness of precious earth of 83 km2 for 57800 inhabitants.

Solsberg

If you arrive in the daytime one of the first meetings that you make is the light. As on all the islands of the Caribbean it crosses your body until it reaches your heart which begins to shine with a contagious happiness.

We  climbed to Solsberg where we were going to stay. At a glance, from the balcony where my look took off, I realized that we had landed in a tropical Eden. I thought this treasure which was going to offer itself to us during  our entire stay had to have aroused keen interests for centuries. I experienced the strange feeling that it was entirely up to us and that nobody could steal it from our view during our stay. The next days from the sunrise to the night, insatiable, I drank pictures of this source which like a fountain of youth refreshed my soul and mysteriously cleared my body of all tensions. In the natural settings have been added, here and there, some jewels worked by man’s hand, such these cruise ships parked along the quay or this small seaplane which made turnover between Saint Thomas and the nearby islands. The sea was also strewed with a wide variety of sailboats.

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The accommodation in private homes offered us the advantage of not being contented with common holidays but getting absorbed in a cultural exploration of one of the communities which makes up the population of this american Island. This community, native of the French island of Saint-Barthelemy, is established since the 19th century at Frenchtown, a district situated on the West of Charlotte-Amalie, the capital. Most of these immigrants were fishermen. A small fishing port with its fleet still testifies of the place of this activity within the community. The women originally made straw hats and brooms.

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These « Frenchies » try to protect some of their customs. Families make traditional cakes to mark life events such as weddings, births or some holidays of the calendar. So you can occasionally savor « Black cake »,  » Rum cake « , or  » Viana cake « . The oldest people can still  express themselves, with difficulties sometimes, in French or in Creole dialect. The chapel saint-Anne set up in the 1920s on a mound in the middle of Frenchtown welcomes and keeps an eye on the faithful, Catholic in their great majority in a country where other confessions such as Lutheran, Anglican or those came from the USA are also present on the island. A museum, since 2004 grouping paintings, potteries, furniture but also photos and manuscripts offers to Saint Thomas a showcase to expose its French inheritance.

Ch-Amalie

Charlotte-Amalie is essentially turned to business. Numerous alleys cross the city and are marked out by jewelry and leather stores or by alcohol and souvenir shops. We must add peddlers coming from all over the caribbean and which are settled on a place which looks like a tent village. All these storekeepers try to draw the attention of thousands of visitors coming from the cruise ships which in high season can go up to seven. Lead by a beam of pleasant aromas and a palette of varied colors we roamed in a rather clean city, despite the liveliness, in turning into the slightest way. We went along an artists’ path where we were able to admire the work of the local painters and more. We stopped to admire taxis in the varied colors. Their original shape offers to the passengers a panoramic vision during the ride. Finally we ended up at the foot of the “99 steps” dating from the 18th century that we climbed one by one up to the summit on where we lingered before taking the way back.

Paradise

At the EAST of the city, a cable railway takes you to « Paradise Point ». With the port sheltering three huge cruise ships in our feet and the city stretching along the bay which opens on the Caribbean Sea, this point of observation offered us the most beautiful view of the island. Shops, a bar and a restaurant complete the setting.

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Inside the island there are many points of view and the panoramas are breathtaking. Two places however hold the attention of the visitor.  First, the beach of Magens Bay which has the reputation to be one of the most beautiful of the Caribbean. Its shape reminds one of a heart, which is a very original way of welcoming the visitors. White sand and turquoise blue water, sun but also shade under coconut palms, make a dream landscape which transported us, the time of a bathing, to another universe.

Then Mountain Top situated on the highest summit of the island is a pleasant place which offers among others a panoramic view on Magens Bay. The gift shop with a large collection of articles eased our choice of presents to offer when going back home.

StJohn

For the one who wants to push his curiosity beyond Saint Thomas and to soak in the jewels of this archipelago a little more, ferries allow to go from an island to the other. We chose to offer ourselves Saint-John, 52 km2 for 4100 inhabitants. After a turbulent crossing we arrived on an island wrapped in luxuriant vegetation which makes it, a wilder nature than Saint Thomas but an ideal place for hiking. A crossing of the island by local taxi revealed us some visual treasures, throughout the ballad. A stop at Annaberg Sugar Mill, the ruins of an old sugar farm dating from the colonial period, offered us a page of history close to ours. Our visit ended where it began, at Cruz Bay, the main city which still served us gift shops. In this town, we enjoyed a local bokit which we found very tasty.

UVI

To end the stay our guests drove us to the university campus. We discovered on this occasion that the « University of the Virgin Islands », one of the most important of the Caribbean, welcome students coming not only from the Caribbean space and the USA but from the whole world. The taught program is highly varied and covers almost all of fields of activity such as business, technology, biology, law, literature, human sciences, art, environment, etc.

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The time always acting on impulse, it sped and the end of our stay came more quickly than felt. We spent a doping fifteen days which made a deep impression on us. We shall not forget those who sympathetically crossed their time with ours and let us as souvenir, either one moment, or a present. We thank more specifically our guests who by their dedication and their way of life, obviously, brought us the main part of our wonderful stay.

Friends of Saint Thomas we thank you for your welcome. Your lovely island helps to do Caribbean the most beautiful place of the world. Please protect-it!

Version française

Charles-Henri MARICEL-BALTUS

Publié dans : 2.6 English creations | le 28 février, 2014 |Pas de Commentaires »

Le paradis de Montallègre

Le paradis de Montallègre dans 1.3 Mes coups de coeur imag1818-001-150x150

En dehors du domaine religieux, le mot paradis est parfois utilisé pour exprimer un lieu à la fois naturellement beau et agréable à vivre. On a coutume de dire par exemple que la Guadeloupe est un petit paradis. Ce serait plus vrai si on enlevait la violence qui la gangrène et les décharges sauvages qui parfois la défigurent. Mais pourrait-on alors imaginer la Guadeloupe en jardin d’Eden sans la présence des lointains descendants d’Adam et Eve ?  Une question qui vaudrait pour toute la planète bleue dont l’intégrité originelle est aujourd’hui menacée par son benjamin. Mais supprimer l’homme du tableau de Dieu ne paraît pas entrer dans le schéma de la vie. Heureusement en Guadeloupe, comme sans doute ailleurs, il existe un petit nombre qui par leur courage et leur investissement parviennent à créer et à entretenir, ici et là, des ilots de vie dans ce désert de modernité où la consommation telle une nuée de sauterelles détruit tout sur son passage. Le cas de Lucien MATHURIN avec son paradis de Montallègre mérite que l’on si attarde car chez lui le terme paradis semble avoir trouvé sa juste place.
Jugez-en vous-même !

Les lieux

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L’ilot en question se situe sur le territoire de Port-Louis. Pour l’atteindre il faut passer le bourg et suivre sur la N6 la direction Anse-Bertrand. Roulez ensuite sur environ deux kilomètres et demi avant de prendre la route de Bellevue sur votre droite. Suivez-la jusqu’à ce que vous tombiez sur une pancarte maison, fichée sur un support qui vous invite à une halte  au Paradis de Montallègre.

L’accueil

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L’homme vient à votre rencontre de la manière la plus simple qui soit. Malgré sa tenue décontractée, tee-shirt, jean et basket qui lui donne l’allure d’un sportif encore jeune, il doit avoir un âge certain mais difficile à évaluer. Dès les premiers mots il vous met à l’aise et vous fait sentir que chez lui vous êtes comme un peu chez vous.

Le fameux protocole si cher à certains commerciaux qui sont toujours prêt à emballer du vide dans du papier cadeau n’est pas de mise au Paradis de Montallègre. Les formules de politesse et autres recettes pour touriste sont remplacées par une brochette de mots préparée à la façon bònmanman. Elle peut être aussi bien servie à la sauce créole qu’avec une crème exotique pour ceux qui ne sont pas habitués aux condiments locaux.

Le tour du propriétaire

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La visite débute devant une grande case ouverte qui rappelle la maison commune des villages polynésiens. Sur quatre hectares en zone sèche Lucien a aménagé son jardin d’Eden en y introduisant de nombreuses espèces d’arbres qu’il présente avec un plaisir contagieux. Il va des plus rares au plus connus. On y découvre parmi tant d’autres le dengdé, le baobab, le jacquier, l’olivier, la chandelle noire et même un bananier original appelé « main de la vierge », sans oublier les petits arbres fruitiers dont les fruits sont généreusement distribués tout au long de la visite. On peut ainsi déguster goyaves, caramboles, surettes, raisins pays, cocos… Ces arbres, affirme-t-il, porte en plus grande quantité lorsqu’ils sont mélangés.

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Au cours de la balade, on tombe par moment sur une case inspirée soit par un refuge de nèg mawon, soit par un abri d’esclaves sur une bitasyon. Ce regard  intime sur l’esclavage offre aux âmes sensibles l’occasion d’un recueillement sur cette tragédie qui a laissé de profonds stigmates dans la mémoire collective. Profitant d’une halte l’homme évoque les motivations qui l’ont entraîné dans une telle aventure et les écueils qu’il rencontre sur son chemin. Avec ce parc hors du commun, il veut offrir aux visiteurs et d’abord aux Guadeloupéens, loin de l’agitation urbaine, une authentique promenade dans la vie d’antan, la vie des bitasyon. Il résume ses difficultés par une maxime créole dont il est probablement l’auteur: « Pa tini lajan, tout moun fen é manjé ka gaspiyé » ( Il n’y a pas d’argent, tout le monde a faim et nombre de produits pays gaspillent ). Après la promenade il sera tentant de se retirer en solo ou par petits groupes sur l’un des espaces sommairement aménagés, ça et là, à l’ombre d’un quelconque arbre feuillu pour une détente ou même une méditation.

Les offres

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En famille ou en groupe on peut venir y passer une journée détente. Petits et grands pourront bouger en toute sécurité ou se retirer en toute quiétude pour soit se reposer, soit s’adonner à quelque activité individuelle ou de société. Le repas pourra être tiré du sac pour ceux qui voudront manger sur le pouce afin de profiter au maximum de la journée. Ceux qui voudront cuisiner trouveront des installations pour préparer leur mets. Il sera aussi possible de bénéficier d’un service complet avec repas fourni à la demande. Pour les journées de travail ou les activités culturelles les groupes utiliseront la grande case. Ils pourront y tenir des réunions où toute autre activité  accueillant un public et nécessitant un espace d’animation. L’électricité est mise à disposition au moyen de générateur. Les groupes religieux y trouveront le lieu idéal pour une halte spirituel sur le chemin des cieux.

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Quant à moi c’est à l’occasion d’une journée culturelle inoubliable, un déjeuner en poésie, organisée en 2009 par l’association ALLIAGE que j’ai découvert ce diamant vert. Quatre ans plus tard, lors d’une tournée en Grande Terre entre amis, guidés par mes sens qui avaient miraculeusement mémorisé ce petit coin de paradis, mes pas ou plutôt mes roues, m’ont ramené comme par magie sur les lieux. Ce moment d’abandon charma jusqu’à l’extase ceux qui m’accompagnaient et qui venaient pourtant de la Côte sous le vent où la nature ne ménage point ses efforts pour exprimer ses talents.

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Gwadloupéen, bay la vwa. Menné tout moun a zot. Ki sa ki an frans, ki sa ki ja an karayb-la. Lisyen ka atann zot o « Paradis de Montallègre » Zòt,pé kriyé’y o 0590223743 ou o 0690588346.

Charles-Henri MARICEL-BALTUS 

Publié dans : 1.3 Mes coups de coeur | le 30 septembre, 2013 |1 Commentaire »

Guadeloupe : monstre chimique

 

Guadeloupe : monstre chimique dans 1.4 Ma terre (nature, environnement) chloredecone1

 

 LE MONDE | 16.04.2013 à 16h30 • Mis à jour le 17.04.2013 à 15h10

Martine Valo

Bas du formulaire

A la Martinique, lundi 15 avril, plus d’une centaine de marins pêcheurs ont manifesté dans les rues de Fort-de-France. En janvier déjà, ils avaient bloqué l’accès du port jusqu’à ce que le gouvernement leur accorde 2 millions d’euros – qu’ils attendent toujours. La contamination due au chlordécone a rendu leurs langoustes impropres à la consommation. A la Guadeloupe, l’exaspération monte pour la même raison. Après avoir pollué les sols, ce pesticide poursuit ses dégâts en mer. Une catastrophe écologique qui prend la dimension d’un désastre économique aux Antilles françaises.

« Des pesticides, j’en avale depuis trente ans et je continue de manger mon poisson. Mais mes petits-enfants, qu’est-ce qu’il va se passer pour eux ? », soupire Franck Nétri, pêcheur depuis toujours sur la côte sud-est de la Guadeloupe. A 46 ans, il ne voit pas comment il pourra se reconvertir. Il sait qu’il n’a pas le choix : la zone où la pêche est interdite va encore être étendue. Un arrêté préfectoral de 2010 l’avait fixée à 500 mètres du rivage, elle doit passer à 900 mètres. Les derniers arbitrages en cours avec les experts et la préfecture ne laissent guère de doute.

Le chlordécone est un perturbateur endocrinien avéré, un neurotoxique classé cancérogène possible en 1979. Le littoral est l’ultime territoire contaminé : la molécule est arrivée progressivement dans l’eau des rivières. Vouée à la culture de la banane d’exportation, la région de Basse-Terre est l’épicentre de la pollution au chlordécone. Au fur et à mesure de la contamination, il a fallu stopper des élevages de ouassous – la crevette bleue chouchou de la cuisine caribéenne –, et la pêche en eau douce. Il a fallu cesser de consommer le crabe de la mangrove et les poissons d’estuaire. Le nouvel arrêté précisant quelles seront les espèces autorisées, pêchées au large, n’est pas encore paru.

Lire : L’épandage aérien de pesticides n’aura plus lieu à la Guadeloupe (édition Abonnés)

Dans le petit port de pêche de Bananiers – quelques barques à l’ombre d’un bouquet de cocotiers, des casiers en vrac et une colonie de pélicans –, la consternation le dispute à l’amertume. A 10 heures, pourtant, les clients se pressent devant le poisson frétillant. C’est 10 euros le kilo, quelle que soit l’espèce. Contaminée ou non. Les pêcheurs reconnaissent qu’ils jouent au chat et à la souris avec les représentants des affaires maritimes, qui viennent couper sans ménagement les bouées des casiers. « Ils veulent nous foutre à la porte de la mer, laisser la place aux touristes », grincent-ils.

Environ 70 familles vivent de cette activité. « Il n’y a pas d’amélioration possible, déplore Nicolas Diaz, biologiste pour le comité régional des pêches de Guadeloupe : le chlordécone est piégé dans la vase des estuaires, il va être largué à chaque tempête. Il y en a pour des générations ! » Depuis le 15 février, la préfecture a promis aux pêcheurs de faire réaliser une étude d’impact économique. Ils attendent surtout un dédommagement.

En 2009, l’Etat avait octroyé 10 000 euros maximum à chaque patron de pêche pour solde de tout compte – ces derniers s’étaient imaginé qu’il s’agissait d’une simple aide d’urgence. Leurs bateaux sont trop modestes pour aller travailler au large et Bruxelles, qui ne souhaite pas voir la puissance de la flotte européenne s’accroître, ne leur permettrait pas, de toute façon, d’acquérir des moteurs plus puissants.

Nombre d’Antillais voient comme un scandale d’Etat ce chlordécone épandu pour lutter contre un charançon amateur de bananes, de 1972 à 1993. L’outre-mer avait obtenu une dérogation spéciale, car la métropole avait officiellement banni cet insecticide en 1990, tandis que les Etats-Unis avaient stoppé net sa production et son utilisation dès 1976. Trop dangereux.

TOUTE LA CHAÎNE ALIMENTAIRE EST CONTAMINÉE

Les agronomes relativisent son impact : les sols des plantations n’avaient-ils pas commencé à se gorger de pesticides dès les années 1950 ? Certes, mais le chlordécone se révèle coriace, sa durée de vie est estimée à sept siècles. Il va falloir vivre avec ce « monstre chimique », comme l’avait qualifié Jean-Yves Le Déaut, député PS de Meurthe-et-Moselle, docteur en biochimie et auteur d’un des nombreux rapports sur cette catastrophe.

Avant les rougets barbets, les brochets de mer, les mérous, derniers contaminés, la présence de la molécule a été repérée dans l’eau de source en Martinique en 1999, puis dans les patates douces, les ignames, le manioc. Mais paradoxalement pas dans les bananes. Depuis, on découvre, analyse après analyse que le chlordécone a contaminé toute la chaîne alimentaire, y compris la viande des bovins et des poules – avec une concentration élevée dans les œufs. Le gibier local, la tourterelle à queue carrée et la grive à pieds jaunes, est touché. On voit mal comment le cochon élevé sous le manguier y échapperait. Chaque fois qu’on la cherche, on la trouve. Même dans le lait maternel.

Les familles modestes qui tirent une partie de leurs revenus de la vente informelle ou du troc des produits de leur jardin ont vu leur mode de vie bouleversé. Après deux années de diagnostic pour délimiter les zones les plus contaminées, l’équipe chargée du programme Jardins familiaux (JAFA) mène depuis 2009 une intense campagne d’information. Messages à la télévision et à la radio, séances théâtrales et « manifestations ludiques et didactiques » se multiplient. Ses membres sont allés rencontrer plus de 10 000 familles chez elles. « On leur dit de ne plus planter de tubercules ni de racines, d’en manger moins. On leur répète qu’ils peuvent cultiver des tomates, des fruits, mais ils ont toujours des doutes », résume Johann Agrapart, un des piliers de l’association.

Le choix d’un modèle intensif largement subventionné de production de bananes destinées à l’exportation a fait de Karukera (« l’Ile aux belles eaux », l’ancien nom de la Guadeloupe) un laboratoire grandeur nature d’une pollution diffuse. Malgré la mobilisation de plusieurs organismes publics de recherche, il ne se dégage aucune solution réparatrice pour la terre et l’eau.

SURRISQUE DE CANCER SIGNIFICATIF

Luc Multigner travaille, lui, sur les effets de l’organochloré sur la santé des populations. Médecin épidémiologiste à l’Inserm, il coordonne une équipe de chercheurs qui a commencé par se préoccuper, en 2002, de la fertilité des travailleurs des bananeraies – sans conclure à un effet manifeste. Sur la fréquence des cancers de la prostate en revanche, les chercheurs ont mis au jour un surrisque significatif lié à une exposition chronique.

Puis ils ont examiné une cohorte de 1 042 femmes et leurs enfants exposés au pesticide in utero. Avec un réseau international de scientifiques, cette équipe a étudié le développement de 153 de ces nourrissons âgés de 7 mois. Les conclusions publiées dans la revue Environmental Research en 2012 sont alarmantes : retard du développement psychomoteur, moindre appétence visuelle pour la nouveauté, réduction de la vitesse d’acquisition de la mémoire visuelle…

Une deuxième série de tests à l’âge de 18 mois a confirmé un retard de la motricité fine de la part des garçons de la cohorte, selon les résultats publiés en janvier par NeuroToxicology. Cette enquête nommée « Timoun » (enfant en créole) a fait beaucoup de bruit aux Antilles. Mais à Paris ?

Dans son bureau de l’université Antilles-Guyane, Luc Multigner attrape un vieux fascicule sur une étagère. « C’est le rapport d’Alain Kermarrec sur la contamination de la faune et de la flore de Guadeloupe. Métaux lourds, organochlorés… tout y est. Il date de 1980 et avait été envoyé entre autres au ministère de l’environnement. » Pourquoi personne n’a-t-il entendu l’alerte ? En 2007, quatre associations et la Confédération paysanne ont déposé une plainte. Après quelques rebondissements judiciaires, une procédure est en cours au pôle santé du tribunal de Paris.

« ÇA VA DURER »

Ce dernier a mandaté Luc Multigner et le toxicologue Jean-François Narbonne comme experts dans cette affaire. L’épidémiologiste, qui doit rendre son mémoire en juin, a d’autres projets d’études sur la santé des enfants, les hépatites, le cancer de la prostate et celui du sein… « Le problème n’est peut-être pas de la même ampleur que la catastrophe de Fukushima, mais il est comparable dans sa complexité, analyse-t-il. Ce n’est pas une crise qu’on peut gérer, résoudre, pour passer ensuite à autre chose. Non, ça va durer. »

S’il a tardé à faire face, l’Etat ne nie pas ses responsabilités. Plusieurs ministères ont concentré leurs actions dans deux plans gouvernementaux et engagé 33 millions d’euros lors de la première période de 2008 à 2010. Ces financements ont permis de mettre en place nombre de recherches, de publications, d’analyses, de contrôles des denrées alimentaires. Le deuxième plan chlordécone court jusqu’à fin 2013, mais rien ne dit qu’il sera suivi d’un troisième. La tentation des autorités est de faire rentrer la catastrophe antillaise dans le rang des programmes communs nationaux, comme les plans Ecophyto et Santé environnement, sans traitement spécifique.

Quelques associations se battent avec persévérance au nom de la santé des habitants ou de la biodiversité exceptionnelle de l’archipel, sans grande mobilisation de la part de la population, apparemment fataliste. Lassés peut-être, les élus locaux ne se font pas davantage entendre, ou alors pour défendre les intérêts des planteurs. Les Antilles expédient 270 000 tonnes de bananes par an en Europe, c’est la seule véritable filière exportatrice. Quant au ministre de l’outre-mer, Victorin Lurel, qui fut directeur de la chambre d’agriculture de la Guadeloupe, il connaît bien le dossier – mais n’est guère bavard.

Martine Valo

 

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