Je vous invite à découvrir “Opale”, une jeune fille pleine de talents, sans doute une brillante écrivaine en devenir. Pour reprendre son expression une « fille de la terre » qui par la symbolique du conte nous entraîne dans une fabuleuse histoire à la saveur des Antilles et au parfum de “tan lontan“. Ce texte a obtenu le troisième prix au concours de nouvelles, “odeur et saveurs pays” organisé par la Bibliothèque départementale, le Rectorat et le CRDP. Une nouvelle, à n'en pas douter, qui régalera petits et grands.
Biographie
Née à Saint-Tropez en 1997, Opale n’a que treize ans. Elle réside actuellement en Guadeloupe, et est élève en classe de 4ème au collège Félix Eboué de Petit Bourg. Attachée à sa terre natale et à la lointaine terre du Liban dont est issue sa mère, ses passions s'articulent autour de la littérature, des arts, de l'histoire plus particulièrement axée sur la compréhension de l'Egypte ancienne. Le dessin éveille l'intérêt d'Opale qui suit régulièrement des cours d'arts plastiques et son goût pour les voyages et l'environnement lui ont fait découvrir l'art de manipuler l'objectif à travers l'apprentissage des techniques d'audiovisuelles.
La perle des Antilles et le coquillage étincelant

Il faisait déjà chaud, les rayons du soleil effleuraient ma peau. J'ouvris un œil, les rideaux étaient tirés, j'aperçus la Soufrière par la fenêtre de la case. Alors, comme tous les jours, je me levai, m'habillai, et me dirigeai vers la cuisine. Debout sur les vieilles dalles de la case, je m'armai d'un coutelas et me tranchai une noix de coco, tout en m'empressant de finir de manger au plus vite.
Car en effet, aujourd'hui étant dimanche, je ne voulais rater pour rien au monde les merveilleuses histoires que venaient narrer chaque dimanche de très vieilles dames dans un village près de la ville de Pointe-à-Pitre.
Mon petit-déjeuner terminé, je me hâtai de m'emparer de mon sac (en bandoulière), et de sortir silencieusement de la maison endormie. Comme j'étais fatiguée, je choisissais le chemin le plus court car en effet ma famille et moi-même habitions sur les pentes d'une montagne qui avoisinait «la Bonne Mère» (et qui donc était très loin de tout).
Sur le chemin, mes pieds martelaient le sol terreux du sentier, et je pouvais sentir sous mes pas la chaleur de la terre, que chaque jour le soleil réchauffait. Ma mère m' avait maintes fois répété qu'il fallait que je mette à mes pieds des chaussures ou même des sandales pour paraître jolie, mais ma grand-mère la contredisait toujours, et très franchement, je me sentais plus proche d' elle que de ma mère.
Car moi Raïssa, 13 ans et Guadeloupéenne bon teint, j'avais toujours eu l'étrange envie, à toutes occasions, d'aller pieds nus. J'avais toujours eu étrangement besoin d'avoir cette connexion avec la terre si belle et si fertile de mon pays.
Mes cheveux flottants au vent, après trois heures de marche à travers les magnifiques forêts, j'arrivai enfin au village des vieilles dames raconteuses d'histoires, dont la plus vieille avait près de cent ans.
– «Tu arrives à temps Raïssa !» lança une voix.
Je me retournai et souris de toutes mes dents:
– «Fanny !»
Je m'élançai vers elle et lui tapai dans la main en imitant les étrangers anglais:
– «My friend !»
Nous éclatâmes de rire et nous prîmes place autour d'un grand manguier. A ce moment là, tous les enfants firent silence et attendirent avec impatience l'arrivée des vieilles dames. Frémissante d'excitation, je chuchotai à Fanny:
– «Aujourd'hui, ce sera conte, mythe ou légende à ton avis ?»
Elle haussa les épaules:
– «Je n'en sais rien, néanmoins, j'aimerais celle avec la sirène qui entraîne le pêcheur au fond de la mer…»
– «Mouais, trop original», soupirai-je.
Tout à coup, une très vieille dame s'avança, s'adossant péniblement à sa canne en bois sculpté. Ses yeux brillaient d'un feu incontrôlé, comme si elle cherchait la meilleure histoire qu' elle connaissait. Elle s'assit sur un vieux tabouret, plissa sa robe en madras et demanda d'une voix remarquablement enjouée :
– «Alors les bambins, quelle histoire aujourd'hui vais-je vous raconter ?»
Tous les enfants se mirent à proposer diverses légendes, et la dame commença à raconter. J'avais beau avoir entendu maintes fois les mêmes histoires, je les écoutai toujours avec la même passion. Après cela, Fanny et moi avons quitté le village pour nous rendre à la plage. Cependant, je voulus m'arrêter en ville, afin d'acheter des accras et une tarte au coco (le dimanche, j'avais toujours un peu d'argent, et je me faisais plaisir en m'achetant diverses choses délicieuses à manger et parfois même … des friandises !).
De retour à la plage, je rejoignis Fanny qui se baignait déjà. Vers onze heures, Fanny partit et moi, profitant de cette absence, m'étendis sur le sable.
Allongée par terre, les yeux fermés, je sentais la douce caresse chaude du soleil sur ma peau. Dans ces moments là, ma vie prenait un sens. J'avais l'impression que derrière mes paupières fermées se déroulaient un long générique d'images: des paysages verts, des forêts, des montagnes, des cascades impressionnantes aux couleurs turquoise, des plages au sable blanc scintillant et immaculé et des spectacles de tradition aux couleurs joyeuses et gaies.
En effet, depuis longtemps déjà, malgré la beauté de l'île, je me sentais seule. Les seuls êtres qui me consolaient étaient la nature, et plus particulièrement, la mer.
Oui, la mer avec ses vagues aux écumes blanches et aux fonds marins si riches et si resplendissants à mes yeux. Poussant un soupir, je me levai et me lançai dans cette eau si claire et si pure que nul autre au monde ne saurait rivaliser avec elle. Soudainement, je sentis quelque chose dans le sable. Je plongeai sous l'eau, le ramassai, et, à vive allure regagnai le rivage. Je m'assis sur le sable et je posai la chose dans la paume de ma main. Je le palpai, le tournai, et le scrutai attentivement, puis enfin je devinai qu'il s'agissait d'un coquillage. Je le regardai de plus près. Il s'agissait là en effet d'un coquillage étincelant dont la face si polie miroitait au soleil.
– «C'est splendide.» soufflai-je perturbée.
En effet, ce coquillage était plus que parfait et certainement pas ordinaire.
– «Une seule personne est capable de me dire de quoi il s'agit réellement.», me dis-je intérieurement, «et cette personne c'est …», je le dis à haute voix, «la plus vieille conteuse du village.»
J'attrapai mon sac, plaçai soigneusement le coquillage à l'intérieur, et m'élançai sous la chaleur tonitruante du soleil vers le village des conteuses. Naturellement, à mon arrivée, il n'y avait plus personne, le village avait retrouvé sa monotonie habituelle. Je courus vers la case de la plus vieille conteuse du village, en espérant qu'elle y serait (j'étais l'une des rares personnes qu'elle voyait car elle aimait le calme de la nature et préférait donc être seule. Pourtant, dès que je venais la voir, elle semblait reprendre des couleurs et me narrait joyeusement les plus vieilles légendes, racontées jadis et maintenant oubliées. C'était d'elle que me venait ma passion pour la nature). Quand je fus arrivée devant la porte, elle lança d'une voix faible:
– «Entrez.»
Quand je passai le seuil de la porte et que je lui racontai ma trouvaille, elle me fixa de ses yeux fatigués (qui semblaient à ce moment empreints d'une étrange gaîté).
– «Tu es jeune et tu ne connais pas encore les lois de la nature et les mystères qu'elle peut y révéler, mais je dois pourtant te l'expliquer.»
– «Oui ?» demandai-je.
– «Vois-tu, il existe une vieille légende, mais tellement inconnue et mystérieuse à ce jour qu'elle va te sembler extravagante.»
Elle raconta:
– «Il y a très longtemps, à l'époque de l'esclavage, une jeune esclave nommée Kida trouva sur la plage un coquillage étincelant, qui ressemblait à celui-ci. Elle sut tout de suite à son aspect que ce coquillage n'était pas banal. Ayant compris que ce présent venait de la nature, elle lui demanda si elle pouvait le garder en échange de quoi elle ne révélerait son existence ni ne le donnerait à quiconque.
– L'accord fut conclu. Mais un jour, un autre esclave le trouva et menaça la jeune fille de la tuer si elle ne lui donnait pas le coquillage. Elle supplia l'esclave de lui faire grâce et, en oubliant sa promesse, le lui donna .C' est alors qu'un brusque orage fit trembler la terre et une mer déchaînée et effroyable entraîna la fille au fond de l'océan tandis que la nature grondait:
– «Va t'en ! Meurs, toi qui oublies ton pays et ta promesse que tu avais faite, toi qui ne penses qu'à ta piètre existence !»
Elle reprit d'une voix douce:
– «Ce coquillage ne t'était donc pas destiné. Ce sera une fille qui aimera la nature de son pays, et son pays lui-même, plus qu'elle même, ce sera… La voix tonna :
LA FILLE DE LA TERRE !!!»
Et la vieille conteuse termina son histoire.
– «Je crois que cette fille c'est toi.»
– «Moi ? Pourquoi?» demandai-je.
– «Tu le sais autant que moi. N'as-tu pas vu ton amour de la terre plus autant qu'à toi même, si on en croit cette légende ?»
Oui, cela je l'avais compris depuis longtemps. Je me levai, embrassai la vieille dame et pris le coquillage entre mes doigts. Je quittai la case, courus vers la forêt, empruntai un sentier et creusai. Je creusai, creusai, creusai et y déposai le coquillage avant de le recouvrir de terre.
– «Sage décision…»
– «Qui a parlé ?» criai-je.
Je regardai partout… Personne !
- «Va ! Continua la voix, ce coquillage te revient de droit, fais-en ce que tu veux, fille de la terre…»
et la voix s'estompa.
Je soufflai: « Merci.»
Durant la semaine des vacances de carnaval, je ne fis que m'amuser de bon cœur. Mais les vacances finies, je venais tous les jours voir si le coquillage étincelant était toujours là. Et chaque fois que je repartais, le sucrier volant à mes cotés et le racoon suivant mes traces, la voix me disait :
– «La sagesse qui émane de toi te donnera toujours courage, car dans la perle des îles, une âme telle que la tienne y pourvoira, ne l’oublie pas.»
Opale
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